mardi 7 février 2012
L’utilisation de nano-structures se développe très vite, dans la recherche comme dans l’industrie. Riche de promesses en termes d’emploi et de profit, cette révolution industrielle n’est régie par aucun règlement spécifique. La surveillance de la santé des salariés est inadaptée et l’évaluation des risques très insuffisante. Etat des lieux..
A l’échelle de l’infiniment petit (1 nanomètre [10-9] est 30 000 fois plus fin que l’épaisseur d’un cheveu), les nanoparticules et les nano-objets développent des propriétés aussi fascinantes qu’inquiétantes et touchent aujourd’hui tous les secteurs d’activité, de l’électronique à la pharmacie, en passant par la chimie et la métallurgie.
Selon maints observateurs, ces propriétés exceptionnelles les placent au cœur de la révolution industrielle de ce siècle : On prévoit que les nanotechnologies généreront 1 000 milliards d’euros par an de revenu mondial en 2010-2015, contre 40 milliards en 2001 [1].
Tandis que vont bon train les recherches sur leurs prometteuses applications, on ne sait pratiquement rien de la toxicité des nanoparticules pour l’homme. Appelées aussi « particules ultrafines », elles ne sont pourtant pas tout à fait des « ultra-petites nouvelles » dans le monde du travail. Hormis celles qui sont manufacturées, comme les nanotubes de carbone, certaines sont des résidus de l’activité humaine : on les trouve par exemple dans les fumées de soudage, la minoterie, etc. D’autres enfin sont issues de processus naturels, rejetées par les volcans par exemple.
Certaines ont fait l’objet d’évaluations démontrant leurs effets délétères chez les personnes fragiles. Leur capacité de pénétration dans l’organisme, principalement par l’appareil respiratoire, est telle qu’elles sont capables de franchir les barrières biologiques et de migrer vers différents organes.
Et pourtant, les risques sanitaires que pourraient représenter les nanomatériaux n’apparaissent pas encore comme prioritaires : sur 1,4 milliard d’euros alloués par la Commission européenne aux nanotechnologies, seuls 38 millions sont destinés aux travaux sur les risques pour l’environnement et pour les opérateurs.
Organiser une veille sanitaire
Le Woodrow Wilson Center, aux Etats-Unis, a pour mission d’éclairer les choix politiques et les orientations scientifiques. Il a réuni dans une base de données quelque 350 études internationales concernant les effets de ces matériaux sur la santé humaine et l’environnement. « Il y apparaît un manque majeur en matière de sécurité au travail », souligne Benoît Hervé-Bazin, chargé de mission auprès de la direction scientifique de l’Institut national de recherche et de sécurité (Inrs), qui vient de coordonner dans un rapport les avis d’experts sur le sujet [2]. On retrouve la même indigence s’agissant de la surveillance de la santé des salariés.
« Il faut organiser une veille sanitaire associant les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (Chsct) dans la recherche comme dans l’industrie. Et dès maintenant, pour avoir, si le besoin s’en fait sentir, des éléments pertinents », estime Jacques Borrel, secrétaire général du Speag-Cfdt, regroupant le personnel des sections d’entreprises implantées au Minatec, pôle d’innovation en micro- et nanotechnologies de Grenoble. Il ajoute : « Aujourd’hui, face au déficit de connaissances fondamentales, en l’absence de seuils et de normes, on développe des applications dans un cadre sanitaire inadapté. »
[02.01.08]
Jacqueline Roz-Maurette
[1] Département prospective de la Commission européenne.
[2] « Les nanoparticules. Un enjeu majeur pour la santé au travail ? », Edp Sciences-Inrs, 2007.
A lire également :
Mesurer le risque ? Comment ?
Nanomatériau :
matériau composé de nanostructures d’une taille comprise entre 1 et 100 nanomètres (1 nanomètre = 1 milliardième de mètre). Ces nanostructures peuvent être des nanoparticules, des nanotubes (comme les nanotubes de carbone), des nanocristaux.
Plus d’infos :
www.cite-sciences.fr
www.afsset.fr
www.inrs.fr
www.irsst.qc.ca
www.cnrs.fr/saga.htm
www.vivagora.org
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