Société

Les naufragés du crédit

De plus en plus de Français sont surendettés. Pas toujours d’ailleurs des personnes issues de milieux modestes. L’accès au crédit facile, un accident de la vie – chômage, divorce… –, et la situation peut se dégrader rapidement. Avec la crise, le nombre de ménages surendettés a explosé. Il existe plusieurs mécanismes pour s’en sortir.
Le principal est le rachat de crédit. Un organisme de crédit règle la dette de l’emprunteur et lui propose des mensualités moins importantes sur une plus longue durée.
Mais, parfois, quand la situation est trop catastrophique, il n’y a pas d’autres solutions que de faire appel à la Banque de France pour remplir un dossier de surendettement. Une commission est chargée d’aider les personnes ne pouvant plus faire face à leurs dettes. La Banque de France peut décider un gel des dettes et mettre en œuvre une procédure de rétablissement personnel, c’est-à-dire déclarer la faillite, comme cela se fait pour une entreprise.
Bien sûr, c’est une solution de la dernière chance. Et si la personne peut recommencer de zéro, tous ses biens sont saisis. Il ne lui reste que le minimum vital  : son lit, un frigo, une cuisinière et sa voiture, si elle lui est nécessaire pour son travail. Ses dettes sont dès lors effacées, mais elle est fichée à la Banque de France et interdite de crédit pendant huit ans.

Les derniers chiffres publiés par la Banque de France sont catastrophiques. Entre juillet 2009 et juin 2010, 218 042 dossiers de surendettement ont été enregistrés. Et les cas sont de plus en plus lourds. Une moyenne de 45 000 euros d’impayés par dossier. Il ne s’agit en plus que de la partie émergée de l’iceberg, car seuls les ménages qui n’ont pas de prêts immobiliers en cours peuvent déposer un dossier auprès de la commission de surendettement.

 

-  [03.11.10]   Anne-Marie Thomazeau

Témoignage

Sophie, 40 ans, 3 enfants, et 15 000 euros de dettes
Sophie a quarante ans… Elle a travaillé pendant vingt ans dans le secteur de la publicité et du marketing.
Puis la crise est passée par là  : «  J’avais déjà connu des périodes de chômage, je n’étais pas stressée.  » Elevant seule ses trois enfants, Sophie n’a pas voulu changer son mode de vie. «  Il fallait bien vivre. J’ai commencé à faire des achats – fournitures scolaires, cadeaux de Noël… – avec les cartes de crédit des grands magasins et de ventes par correspondance. C’est un piège, on ne se rend pas compte de ce que l’on dépense.  » L’étau s’est peu à peu resserré sur elle…
«  J’ai 15 000 euros de dettes. Je suis aujourd’hui en fin de droits au chômage. Je vais basculer dans le Rsa [revenu de solidarité active]. Les remboursements de mes crédits dépassent largement ce que je touche. Plus d’argent pour payer mon loyer… Je vais mettre en œuvre une procédure de faillite personnelle.  »

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