jeudi 9 février 2012
Les associations qui viennent en aide aux personnes en difficulté le constatent tous les jours : le nombre de précaires augmente en France, et cette précarité touche surtout les jeunes et les femmes seules avec des enfants.
[01.03.10]
Anne-Marie Thomazeau
78 millions d’Européens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et plus de 7 Européens sur 10 ont le sentiment que la précarité est en augmentation dans leur pays. C’est en France que cette augmentation est ressentie de la manière la plus aiguë : 92 % des Français considèrent que la précarité est en hausse. En 2009, près de 1 Européen sur 2 avoue avoir éprouvé des difficultés financières ; 52 % des Polonais ont eu du mal à payer des actes médicaux (33 % des Français, 22 % des Espagnols, 20 % des Britanniques). Et 50 % des Européens redoutent de se retrouver en situation de précarité dans les prochains mois. Les populations jugées les plus vulnérables varient selon les pays : il s’agit des jeunes en France, des personnes sans diplômes au Royaume-Uni, des sans-papiers en Espagne et des personnes âgées en Pologne. Une majorité de Français redoutent de connaître une situation de pauvreté : 53 % en 2009, contre 45 % en 2007. Pire, 85 % estiment que le risque de pauvreté est plus élevé pour leurs enfants que pour leur propre génération. Cette inquiétude se répand surtout dans la classe moyenne, qui se sent menacée par le déclassement. Sondage Ipsos Secours populaire.
Témoignages
Monique, soixante et un ans
Je fais des ménages
J’ai toujours travaillé
comme aide-soignante
dans des hôpitaux. Il y a deux ans,
j’ai divorcé. A la même époque, j’ai été mise en invalidité pour des problèmes
de dos. Le jour de mes soixante ans,
j’ai basculé en retraite. Je pensais avoir des revenus corrects. La surprise a été rude. Je touche 500 euros de retraite
de base et 150 de complémentaire. Ma fille a vingt ans. Elle fait encore des études. Impossible de vivre avec si peu… Aussi, je fais des heures de ménage et je garde des enfants à la sortie de l’école. Cela arrondit un peu les fins de mois.
Maud, trente et un ans
Je retourne chez mes parents
A vingt-trois ans, après
des études de stylisme, j’ai quitté le domicile de mes parents. J’ai enchaîné les petits boulots : vendeuse, serveuse, assistante d’une écrivaine. Rien de très lucratif, mais assez pour pouvoir louer un studio. Il y a deux ans,
j’ai trouvé un Cdi dans une petite société de produits de beauté bio. Mais, avec
la crise, les commandes se sont raréfiées. J’ai dû accepter un temps partiel
pour 600 euros par mois. Je vis seule,
il m’est impossible de continuer à payer un loyer. Je suis retournée chez
mes parents. Sans famille, je serais à
la rue. Psychologiquement, c’est difficile à accepter. Je ne sais pas quand je parviendrais enfin à devenir autonome.
Alain, quarante-cinq ans
J’envisage une colocation
Je suis éducateur auprès d’enfants autistes. Je gagne 1 300 euros par mois. Après mon divorce, j’ai conservé mon deux-pièces à Paris pour un loyer de 650 euros par mois. Chaque mois, je verse 200 euros
de pension alimentaire à mon
ex-femme, qui habite Toulouse,
je paie 300 euros pour un aller et retour en avion à mes deux enfants. Le train,
ça n’est pas possible pour un week-end.
Il me reste 150 euros pour les autres frais : électricité, alimentation, vêtements, loisirs. Je suis complètement endetté. J’envisage aujourd’hui
de vivre en colocation.
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