mardi 22 mai 2012
Sept Français sur dix consultent Internet aujourd’hui pour avoir des informations sur la santé. C’est ce que révèle un sondage Ipsos réalisé par le Conseil de l’Ordre des Médecins (CNOM).
Ces internautes sont plutôt jeunes : 87 % ont moins de 35 ans. Ils recherchent prioritairement des données concernant une maladie ou ses symptômes, un médicament, un traitement, des conseils pratiques pour rester en forme.
Le médecin reste la première source d’information
Plus d’un tiers des patients vont sur la toile pour trouver des témoignages d’autres patients. A noter, seulement 15 % sont en quête de l’avis d’un médecin. De quoi rassurer les professionnels : « Le sondage montre que pour 90 % des personnes interrogées, le médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste, reste la principale source d’information. Les deux-tiers iraient même sur le site de leur médecin s’il en avait un car ils leur font confiance », souligne le Dr Jacques Lucas, vice-président du CNOM.
Pour autant, les patients ne peuvent pas tout dire parfois à leur médecin traitant : « Il y a des personnes qui vont sur le web car ils n’osent pas aborder certaines questions avec leur généraliste comme l’incontinence ou les dysfonctionnements érectiles, note Valérie Brouchoud, présidente de Doctissimo.fr, un des sites santé les plus consultés. Internet permet de casser des tabous et, avec les forums, les patients peuvent échanger des infos et se sentir moins seuls avec leur problème ».
7 200 sites dont 1 600 en France
Reste que tous les sites ne se valent pas et que la qualité de l’information est inégale. Une certification HON, attribuée par la Fondation Health on the Net, garantit qu’ils répondent à certains critères de fonctionnement mais le sondage révèle que 71 % des Français ne connaissent pas son existence.
« Les internautes ne se soucient pas des labels, 74 % d’entre-eux estiment que les informations données sur internet sont fiables. C’est comme avec la télé, les gens se disent "on le dit à télé donc c’est vrai" », déclare Célia Boyer, directrice exécutive de la Fondation Health on the Net. Les risques de dérives commerciales, publicitaires, voire sectaires de certains sites ne sont donc pas exclus.
« Internet est une plateforme facile où on peut racoler », précise Célia Boyer. D’autant plus facilement que l’internaute est parfois fragilisé. « Lorsqu’on est malade, on est en situation de vulnérablité psychologique. Une chose est de chercher de l’information quand on est en bonne santé, cela en est une autre quand on est malade », remarque le Dr Lucas.
Une solution serait que le médecin traitant serve de filtre aux patients. « Une expérience a été menée en Suisse auprès de 200 généralistes, raconte Célia Boyer. La majorité était prêt à prescrire une information internet à leur patient à condition qu’ils puisse les renvoyer sur des sites sérieux ».
Encore faut-il qu’ils soient tous évalués. Et il y en a beaucoup : pour l’heure, la Fondation Health on the Net recense 7 200 sites santé dans 120 pays. Il y en a 1 600 en France dont près de 60 % sont certifiés HON.
En attendant, de plus en plus de médecins créent leur site ou se regroupent pour en créer un. C’est le cas de l’Association des Médecins Maîtres Toile qui rassemblent une cinquantaine de professionnels : « Nous voulons fournir aux gens une information médicale et scientifique validée », résume la présidente, le Dr Marie Thérèse Giorgo.
Une relation médecin-malades enrichie
Une chose est certaine : la toile change la relation médecin-malade. « Interne est une source fabuleuse d’informations qui enrichit le rapport entre les malades qui sont des patients plus informés et les médecins qui vont aussi sur internet pour approfondir ou actualiser leurs connaissances, affirme Gérard Raymond, président de l’Association française des diabétiques (AFD). C’est au médecin de faire le tri dans les informations qu’a trouvé son patient sur internet, il doit être capable de lui dire ce qui est valable ou pas et de l’aider à interpréter les choses. Les médecins ont intérêt à être dans cette nouvelle écoute, cela permet au patient d’être acteur de sa maladie ».
Et si parfois, certains médecins se montrent agacés par les malades qui arrivent en consultation en leur parlant de ce qu’ils ont lu sur Internet, d’autres s’en réjouissent : « Internet est un bon moyen d’engager une conversation avec son patient, explique le Dr François Stéfani, spécialiste de la douleur et vice-président de la section éthique et déontologie au CNOM. Les médecins ne doivent pas avoir peur d’Internet, ils doivent allez voir ce qui se dit sur les forums pour mieux comprendre quelles sont les questions que se posent les malades ».
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