« Les recruteurs sont un peu effrayés »
Un « événement majeur » s’est produit en 2002, qui a profondément affecté Rachida Abslama. Nous n’en saurons pas plus, mais cet épisode l’a conduite à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique et elle suit depuis un traitement. Diagnostiquée bipolaire en 2005, elle est stabilisée depuis 2010.« Ça veut dire qu’on fait moins de crises », explique cette jeune femme de trente et un ans, qui habite la région nîmoise.
Victime d’un licenciement économique en 2011, Rachida Abslama est à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an.« Retrouver un boulot après un licenciement économique, c’est très difficile, mais ça l’est encore plus quand on est travailleur handicapé », lâche cette brune énergique, tout de noir vêtue, un piercing sur la lèvre inférieure.
Son statut de « TH » (travailleur handicapé), elle le mentionne clairement sur son CV. Elle sait que cela peut rebuter des recruteurs, tout comme cela peut lui donner un avantage, les entreprises percevant des primes quand elles embauchent un salarié handicapé.« Je préfère me vendre avec ça plutôt que de le voir comme un frein. Pourquoi je le cacherais ? » interroge-t-elle.
Son statut soulève naturellement des questions de la part des employeurs, et suscite parfois des inquiétudes.« Ils sont un peu effrayés, ils ne savent pas à quoi s’attendre. Quand on leur parle de maladie psychique, ils ne comprennent pas vraiment le terme, ils s’imaginent des arrêts maladie. J’ai l’impression qu’il y a un problème de vocabulaire ou d’information », juge Rachida Abslama.
Pourtant, cette secrétaire commerciale est apte à travailler comme n’importe qui.« Si ce n’est mieux, rectifie-t-elle. J’ai des capacités beaucoup plus importantes que d’autres personnes qui prendraient ça à la légère. On a toujours tendance à se sentir inférieur quand on est handicapé. Alors qu’au contraire on est souvent beaucoup plus pro, assidu, rigoureux. »
De plus, sa maladie ne requiert pas que l’entreprise procède à de grands aménagements de poste : un temps partiel, afin qu’elle puisse un peu souffler en milieu de semaine et ainsi s’épargner du stress, et un minimum d’écoute de la part de son équipe.« Je ne demande pas qu’on fasse de la psychologie au boulot », précise-t-elle. Que faire lors de ses phases dépressives ou maniaques ? « C’est la question qu’on me pose souvent, mais je ne fais pas de crise. Au boulot, il n’y en a jamais eu. Je sais me contenir et rester professionnelle », explique Rachida Abslama.
Reste que les a priori sont là. Lors d’un entretien,« dès que j’ai dit que j’avais la reconnaissance de travailleur handicapé, le visage de la recruteuse s’est décomposé. On aurait dit qu’elle n’avait même pas pris le temps de regarder mon CV », se désole la jeune femme. A l’issue d’un autre entretien, sa candidature a été rejetée « parce que l’employeur croyait que j’allais lui coûter trop cher ».
Rachida a encore confiance en elle, mais a « les boules ».« On est sans cesse jugé, on nous fait beaucoup de mal », lâche-t-elle, en larmes.
Tout s’est toujours bien passé pour elle au travail, mais puisqu’on ne lui laisse plus sa chance, elle a un projet : créer son propre cabinet de coaching. Joli pied de nez à ceux que son handicap psychique dérange.










Réagissez