mercredi 23 mai 2012
Avoir un logement pour s’abriter. Ce droit le plus fondamental de l’être humain est aujourd’hui bafoué en France. 3,6 millions de personnes ne sont pas logées ou le sont très mal… Des millions d’autres se retrouvent en difficulté pour payer des loyers, qui prennent chaque année plus de place dans leurs dépenses.
Les associations et les services sociaux voient arriver dans leurs centres, au côté des plus démunis et des chômeurs en fin de droits, des publics qu’ils ne connaissaient pas. Salariés pauvres (smicards, temps partiels, auto-entrepreneurs, intermittents, commerçants) à qui personne ne veut louer, divorcés qui peinent à retrouver un bail après une rupture, retraités aux pensions trop faibles pour pouvoir conserver leur logement.
Malgré la crise, malgré la vulnérabilité grandissante d’un nombre accru de nos concitoyens, la hausse des prix des loyers se poursuit. Et le moindre incident de vie peut devenir fatal, comme en témoignent les loyers impayés, qui augmentent de 13 % par an, et les expulsions, qui n’ont jamais été aussi nombreuses. Et la loi Dalo, qui devait permettre de reloger les personnes en difficulté, peine à fonctionner en raison de la pénurie de logements sociaux.
Côtés propriétaires la situation n’est guère plus brillante. L’accession à la propriété plonge des ménages économiquement fragiles dans le surendettement. Beaucoup peinent à s’acquitter de charges en constante augmentation et laissent leurs biens se dégrader. Le logement contribue au creusement des inégalités de patrimoine en France, qui sont considérables et bien supérieures aux inégalités de revenus.
Les 10 % des ménages les moins fortunés disposent d’un patrimoine moyen de 810 euros, contre 656 380 euros pour les 10 % des ménages les plus riches. Les 1 % des ménages les plus riches possèdent 13 % du patrimoine national et les 10 % les plus riches en possèdent près de la moitié (46 %), alors que les 50 % les moins riches n’en détiennent que 7 %.
Ces disparités sociales ne concernent pas un pays du tiers-monde. Elles concernent la France. Aujourd’hui.
Christophe Robert, délégué général adjoint
de la Fondation Abbé-Pierre
“La crise du logement a progressivement touché les catégories modestes et les classes moyennes inférieures. Les deux principales difficultés sont l’insuffisance de logements et le prix de ceux qui existent. On a mal intégré dans la statistique les séparations conjugales et les évolutions démographiques, donc ce qui est construit, toutes catégories confondues, est insuffisant pour répondre aux besoins.
Il existe alors un jeu de concurrence qui crée des tensions fortes pour les plus modestes. Le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages : en moyenne, 27 % du budget (et pour beaucoup c’est plutôt 40 à 50 %), contre 13 % pour l’alimentation ; c’était l’inverse dans les années 1980.
[02.01.12]
Anne-Marie Thomazeau
/
Elsa Maudet
La suite du dossier :
Social : ce qui doit changer
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Travail : un monde sans pitié
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