jeudi 9 février 2012
Où en est-on ?
La première étude française (rendue publique le 18 novembre) sur le traitement hormonal substitutif (Ths) de la ménopause vient de confirmer qu’il augmente les risques de cancer du sein. Plus de 54 000 femmes ménopausées* affiliées à la Mutuelle générale de l’Education nationale (Mgen), parmi lesquelles 30 000 prennent des hormones chimiques, ont été suivies pendant dix ans par une équipe de l’Inserm.
Conclusion : il y a, en moyenne, 20 % de cancers du sein supplémentaires chez les femmes sous traitement. Deux études (américaine et britannique) de grande ampleur avaient déjà révélé un risque accru de cancer du sein, mais également, pour la seconde, un risque plus élevé de problèmes cardio-vasculaires.
Quelles hormones ?
L’étude française apporte un élément totalement nouveau : le risque de cancer survient alors que la durée de traitement est inférieure à deux ans, tandis que, dans les études américaine et britannique, il n’apparaissait qu’au bout de quatre ans.
Autre enseignement fondamental : la menace n’est pas la même selon la nature des hormones. L’association d’œstrogènes et de progestérone de synthèse, utilisée par 65 % des Françaises, est la plus dangereuse : 268 cas de cancer du sein sont apparus avec ce mélange, contre 55 chez les utilisatrices d’œstrogènes et de progestérone micronisés (identiques aux hormones naturelles). Le mode d’application du traitement, que ce soit sous la forme de patchs, de gel ou de comprimés, ne change rien à l’affaire.
Quelles recommandations ?
Actuellement, 1,5 million de Françaises reçoivent un Ths. En décembre 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(Afssaps) avait recommandé que le traitement soit exclusivement prescrit aux femmes souffrant de troubles gênants, notamment de bouffées de chaleur, et non plus en première intention (comme c’était le cas auparavant) à celles qui souffrent d’ostéoporose.
La durée moyenne de traitement conseillée est de cinq ans. Mais, au vu des derniers résultats, d’autres recommandations devraient être émises prochainement, tant sur la durée que sur le type de traitement.
Que faire ?
Selon les gynécologues, entre 2002 et 2003, 30 % des femmes ayant arrêté leur traitement à la suite des études étrangères l’auraient repris car elles ne se sentaient pas bien. En la matière, chaque femme est un cas particulier. Certaines, qui ne sont affectées d’aucun trouble de la ménopause, n’ont pas besoin de Ths. D’autres ont leur vie gâchée par des bouffées de chaleur, et dans ce cas un traitement est indiqué.
Le mieux est d’avoir une discussion avec son gynécologue : si nécessaire, un traitement à faible dose et le plus court possible sera entrepris, puis interrompu un mois ou deux pour voir ce qui se passe. Si les troubles ont disparu, inutile de le reprendre.
De fait, les risques de cancer du sein diminuent dès l’arrêt du traitement. Pour plusieurs femmes, la solution a constitué à remplacer le Ths par des phyto-œstrogènes (soja), mais, à ce jour, il n’existe aucune évaluation scientifique de ces produits. On ne sait donc pas s’ils sont efficaces, anodins ou dangereux.
[20.12.04]
Brigitte Bègue
* Elles étaient âgées en moyenne de cinquante-trois ans au début de l’étude.
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