Société

Mesurons le bonheur intérieur brut

Une commission, présidée par le Prix Nobel d’économie, propose de changer les indicateurs de progrès sociaux.

Avec la crise, la notion de responsabilité sociale est au cœur des débats au sein des entreprises, mais aussi dans la société tout entière. La richesse d’une entreprise, d’un pays, ne peut plus seulement se mesurer en termes économique et financier. En septembre dernier, une commission présidée par le Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, remettait à Nicolas Sarkozy un rapport destiné à proposer des indicateurs de progrès sociaux plus pertinents que le produit intérieur brut.
Principal baromètre de la richesse, le Pib fait l’objet de critiques de plus en plus virulentes. Il n’évalue la croissance qu’en termes quantitatifs, sans tenir compte des impacts sociaux et environnementaux. Dans son rapport, Joseph Stiglitz propose une évolution des indicateurs économiques vers une mesure du bien-être de la société. Pour dresser un portrait plus exact de la société française pourraient être pris en compte les revenus, la consommation, l’éducation, le travail et les activités de loisirs, les rapports sociaux, l’environnement, l’insécurité sociale et physique. Une révolution.

 

-  [01.12.09]   Anne-Marie Thomazeau

« 95 % des activités ne sont pas comptabilisées »

Patrick Viveret, philosophe, politologue, auteur du rapport « Reconsidérer la richesse ».

Parce qu’ils ne génèrent pas de flux monétaires, les secteurs associatif, domestique, éducatif n’apparaissent pas dans le calcul de la richesse de notre pays. 95  % des activités humaines ne sont pas prises en compte dans les baromètres économiques comme le Pib, parce qu’elles ne sont pas traduisibles en termes financiers.
En revanche, des catastrophes apparaissent comme créatrices de richesse. Après un tremblement de terre, les indemnisations des assurances, les réparations, la reconstruction génèrent des flux monétaires comptabilisés positivement. A l’inverse, de bonnes nouvelles comme l’augmentation de l’espérance de vie, qui accroît le déséquilibre entre prétendus actifs et inactifs, se transforment en sujet d’angoisse économique.

Il faut revenir à l’étymologie du mot «  valeur  », qui signifie « force de vie » comme dans «  valide  ». La valeur ajoutée, c’est la force de vie supplémentaire produite par une activité.
Nul doute qu’avec ce nouveau calcul, France Télécom ne dégagerait pas de valeur ajoutée, mais une moins-value à sanctionner. Si on redonne son sens au mot «  valeur  », on trouve alors les bons indicateurs de richesse à appliquer à une entreprise et à une société.
Mais il faudra du temps pour les mettre en œuvre. Si on ne peut pas chiffrer positivement l’activité, les biens qui n’ont pas de valeur économique en tant que telle, on peut chiffrer ce qui se passerait si l’eau, la garde des enfants par les grands-parents, ou le bénévolat venaient à manquer… Et mettre les comptes sur la table  : l’inaction climatique, cela coûte tant. Alors nous pourrons changer nos indicateurs.
Mais cela ne suffit pas. C’est la question de la démesure qui est au cœur des crises. Et il faut faire très attention à ce que, de l’ultra-capitalisme, on ne passe pas à un ultra-dirigisme, qu’après la captation des richesses, on ne se retrouve pas dans un système de captation du pouvoir autoritarisme) ou du sens (intégrisme).

Aux guerriers puritains qui veulent la mainmise sur le monde politique et économique, je préférerai toujours les coopérateurs ludiques.

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