mercredi 23 mai 2012
Avec la crise, les monnaies alternatives ont le vent en poupe. En valorisant plutôt le lien que le bien, les monnaies solidaires facilitent les échanges. Exemple à Mulhouse avec le sol.
Dans le nord de Mulhouse, calée entre les tours d’un quartier populaire et l’usine en briques rouges, La Table de la Fonderie, restaurant à vocation sociale, s’anime à l’heure du déjeuner. Il est midi et le premier service commence à peine.
La salle se remplit doucement. De jeunes étudiants de l’université voisine, des ouvriers, des cadres dynamiques en costume-cravate, des mamans avec leurs bambins… Tous sont accueillis avec le sourire. Tous sont servis avec le même souci de bien faire par l’équipe en contrat d’insertion.
Un euro vaut dix sols
C’est au moment de l’addition que les choses changent. Les plus aisés verront leur menu facturé 10 euros, les personnes en difficulté et les étudiants s’acquitteront de 6 euros. Mais, surtout, ici on peut payer en sols, monnaie solidaire s’appuyant sur les échanges utiles plutôt que sur la spéculation. Comme partout en France où cette monnaie a cours, 1 euro vaut 10 sols.
Karine, mère de deux petits garçons qu’elle élève seule, est venue déjeuner avec une amie. « Ici, je mange bien et équilibré. Je suis plus à l’aise que dans un resto classique. Et surtout, c’est accessible », explique la jeune femme, bénéficiaire du Rsa. Son repas, facturé 6 euros, elle le paie avec sa carte sol. Une carte à puce sur laquelle sont crédités ou débités ses sols.
Le principe est simple : sur une même carte et un même compte figurent trois sortes de sols. Les « sols coopération », qui remplissent un rôle de monnaie d’échange. Les « sols affectés », délivrés par des collectivités partenaires pour développer les politiques sociales – la ville de Besançon, par exemple, offre des sols aux enfants des bénéficiaires du Rsa pour qu’ils accèdent aux activités sportives de la ville. Les « sols engagement », qui permettent un système d’échange de services et de savoirs.
Ainsi, Karine a crédité son compte en enseignant la couture à sa voisine. Une heure de son temps lui a permis de gagner 60 sols. « J’ai participé au nettoyage des berges de l’Ill le mois dernier. Payée en sols, j’ai pu acheter des paniers de légumes bio aux Jardins d’Icare, qui font aussi partie du réseau Sol Alsace », témoigne Karine.
Déjà présent dans 9 Régions
Lancé l’an dernier dans le Haut-Rhin (Alsace), le Sol regroupe déjà une dizaine d’entreprises : des restos, un producteur de légumes bio, un viticulteur, un service d’aide à la personne ou encore un magasin de meubles d’occasion.
L’association Sol est implantée dans huit autres Régions de France (Franche-Comté, Aquitaine, Bretagne, Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charentes et Rhône-Alpes). La monnaie solidaire devrait bientôt faire son apparition en Lorraine.
[03.05.10]
Céline Lutz
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