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Mouvement de grève des médecins, Jean-Paul Benoit : « Nous sommes face à un vrai combat idéologique »
Mutualité

Mouvement de grève des médecins, Jean-Paul Benoit : « Nous sommes face à un vrai combat idéologique »

Que pensez-vous du mouvement de grève que certains syndicats de médecins ont initié à la suite de l'accord sur les dépassements d'honoraires ?

Malgré le caractère « fourre-tout » du mouvement engagé par quelques syndicats ultra-libéraux, c’est avant tout un mouvement minoritaire . Le buzz médiatique disproportionné qu'il a provoqué ne cachera pas longtemps son caractère marginal.

Concernant les revendications, il faut distinguer celles des internes des buts plus ou moins avoués des quelque groupuscules qui essaient de les manipuler.

Les Mutuelles de France partagent la revendication des internes qui demandent des horaires et une charge de travail qui soit compatible avec la sécurité des soins et rémunérée à sa juste valeur. Pour autant, les études médicales, financées par l’Etat, constituent un investissement important pour la collectivité. De plus, leurs revenus seront solvabilisés pendant toute leur carrière par la collectivité. A ce titre les étudiants de médecine lui sont redevables.

D’autres professions médicales libérales sont déjà régulées, pourquoi pas les médecins ?

Sur le rejet, par quelques syndicats minoritaires et non représentatifs, de toute régulation des dépassements de tarifs, c’est une position socialement et économiquement intenable. D’autant plus que les mêmes revendiquent haut et fort la poursuite, et même l’amplification, de la solvabilisation de leurs honoraires par la Sécurité sociale et les mutuelles.

Il faut rappeler à ces tenants du libéralisme qu’ils conservent toujours la possibilité d’une liberté totale de fixation d’honoraires, d’installation et de pratique, tout simplement en ne se conventionnant pas. Mais là, bien sûr, le libéralisme pur et dur les intéresse beaucoup moins. Ils veulent bien d’une liberté totale pour eux-mêmes, notamment celle de s’enrichir sans limites, mais ils entendent bien que les organismes sociaux, obligatoires ou complémentaires, soient contraints à abonder cet enrichissement.

Nous sommes face à un vrai combat idéologique. Warren Buffet, la deuxième fortune du monde, a dit : « Bien sûr que la lutte des classes existe toujours, c’est même devenu une guerre et cette guerre c’est notre classe, celle des riches, qui est en train de la gagner. » Le mouvement des médecins ultra-libéraux est une bataille de cette guerre.



Il existe une véritable fronde de ces mêmes médecins contre le conventionnement mutualiste ? Comprenez-vous leurs inquiétudes ?

Je les comprends très bien et je ne les partage pas du tout. C’est le même rejet de tout ce qui pourrait entraver leur enrichissement sans limite. Ce qui est scandaleux, c’est qu'ils dissimulent leurs intérêts mercantiles, et ceux des marchands de biens médicaux en tout genre, à commencer par les marchands de lunettes, derrière la prétendue liberté de choix des patients. La liberté des patients ne peut s’exercer que quand ils sont bien remboursés, et il n’y a de bon remboursement possible que quand il y a des tarifs opposables. 


Sur la liberté de conventionnement, ce que réclame la mutualité n’est rien de plus que le retour à la situation d’avant 2010, avant que la Cour de cassation ne renverse la jurisprudence par une nouvelle interprétation du Code de la mutualité et interdise ainsi à la mutualité ce qui est autorisé à tous les autres gestionnaires de complémentaires santé. Est-ce qu’avant 2010 nous vivions dans un système de médecine soviétisée ou américanisée ? Il faudrait d’ailleurs que les diafoirus du syndicalisme libéral choisissent une bonne fois leur angle d’attaque : s'ils continuent à dire tout et son contraire, on va finir par s'apercevoir qu'ils disent n'importe quoi !

Heureusement qu’ils sont extrêmement minoritaires parmi les médecins. Nous ne confondrons pas quelques irresponsables avec la très grande majorité des professionnels qui font la qualité de notre système de soins, respectent leur patient et leur métier, et qui, dans bien des cas, ne sont pas rémunérés à hauteur du service qu’ils rendent à la société. C’est pourquoi la mutualité s’engage, y compris financièrement, pour la revalorisation des tarifs conventionnels. Priorité absolue aux 75 % de médecins qui sont en secteur 1 et ne pratiquent aucun dépassement.

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