Santé

Nanoparticules : les enjeux de l’infiniment petit

Depuis la fin des années 1980, nous sommes entrés dans le nanomonde. Sans le savoir, sans nous en apercevoir. L’infiniment petit, de l’ordre du milliardième de mètre, est en passe de révolutionner la santé et l’industrie. Puisés au cœur de la matière, les nano-objets, fruit de l’extrême miniaturisation ou construits à partir de briques atomiques, sortent des laboratoires. Pour le meilleur comme les institutions scientifiques et les industriels le prétendent ? Pour le pire comme s’inquiètent nombre d’associations environnementalistes et mouvements citoyens qui craignent que nous devenions « les cobayes des nanotechnologies » ? État des lieux et du débat.

L’émergence des nanosciences est en train d’engendrer une nouvelle révolution industrielle qui touche, et pourra toucher des secteurs extrêmement diversifiés.
L’utilisation potentielle des nanoparticules et des nano-objets va de de la médecine à l’électronique en passant par la métallurgie, l’agriculture, le textile, les revêtements, les cosmétiques, l’énergie, les catalyseurs etc.

Le préfixe nano est utilisé lorsque la matière se mesure en milliardième de mètre. Un nano-objet est un objet qui mesure moins de 100 nm. A cette échelle la matière acquiert des propriétés inattendues souvent totalement différentes de celles qu’elle avait à l’échelle micro (un millionième de mètre).
Cette révolution est extrêmement rapide. Richard Feynmann prix Nobel de physique en 1965 fût le premier à imaginer qu’un jour l’Encyclopédie britannique tiendrait sur une tête d’épingle. C’est aujourd’hui chose faite.

Des perspectives médicales alléchantes
Dans le domaine de la médecine plus particulièrement en matière de diagnostic et de pharmacologie les nanotechnologies promettent de belles avancées.
A court terme, en pharmacologie et plus particulièrement en galénique, (sciences de la forme dans laquelle sont enfermés les principe actifs d’un médicament), l’utilisation de nanovecteurs permet d’entrevoir de nouveaux traitements, moins toxiques et plus efficaces. Les molécules actives touchant ainsi directement les cellules malades.
Actuellement en essai clinique de phase 3, l’administration sous forme de nanoparticules d’un médicament anticancéreux tel la doxorubine permet d’espérer traiter de manière efficace des cancers du foie résistants aux chimiothérapies classiques.
Les chercheurs travaillent actuellement sur des nanovecteurs de principes actifs, dits « furtifs » car il déjouent les pièges des macrophages de notre système immunitaire dont le travail consiste précisément à chasser les intrus.

Un risque potentiel de toxicité
Le 2 juin 2006, tout le gratin scientifique et politique était rassemblé pour inaugurer le Minatec, le flambant neuf Centre européen de recherche sur les micro et les nanotechnologies. Las. Dans les rues adjacentes les Crs ont chargés à plusieurs reprises pour disperser le millier de manifestants.
Etaient-t-ils tous des passéistes, des ennemeis du progrès comme l’affirment leurs détracteurs ? Aucun chercheur qui voit plus loin que le fond de son éprouvette ne saurait affirmer que les dangers des nanoparticules sont négligeables.

En effet, si elle sont promises à un grand avenir thérapeutique grâce à leur facultés de franchir les barrières moléculaires, la dispersion de nanoparticules dont l’innocuité n’est pas établie dans l’environnement constitue un risque que les autorités sanitaires commencent seulement à prendre en compte.
Ainsi, en juin 2006, une note de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) estime : « les études toxicologiques in vitro et chez l’animal sont encore très peu nombreuses mais établissent l’existence de risques potentiels de toxicité.

Les petites particules plus toxiques que les grosses
Une étude québecquoise de l’institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité au travail (IRSST) avance : l’ensemble des connaissances démontre clairement une plus grande toxicité des particules nanométriques comparativement aux particules plus grosses, de dimensions micrométriques et ce, pour une même substance.
Ces données soutiennent ainsi certaines recommandations de traiter les nanoparticules d’une substance donnée comme un nouveau produit ayant sa propre toxicité.

Or, selon le toxicologue Patrick Brochard, toxicologue au Chu de Bordeaux au moins « 500 à 700 produits contenant des nanoparticules seraient dans le commerce. Sous forme de cosmétique, par exemple, comme le dioxyde de titane. Considéré comme cancérogène par le Circ qui vient de le classer dans la catégorie 2 B (cancérogène possible pour l’être humain), il devient particulièrement réactif lorqu’il est en dessous de 100 nanomètres.

Les salariés en première ligne
Pour autant, doit-on regarder avec méfiance sa raquette de tennis, ou son vélo dont la solidité est assurée par des nanotubes de carbone, cent fois plus résistants et cent fois plus légers que l’acier ? Non sans doute. Mais qu’en est-il pour ceux qui les fabriquent ?
La principale voie d’absorption en milieu de travail demeure la voie respiratoire, comme pour les autres poussières. Les études toxicologiques démontrent clairement que la très petite taille des nanoparticules est un élément-clé de leur toxicité.
De part leur nature même les nano-objets contrairement aux autres poussières, ont la capacité de franchir les barrières biologiques : nasale, bronchique, alvéolaire, intestinale et placentaire et de migrer vers différents sites de l’organisme.

Les nano-objets peuvent ainsi rejoindre les tissus interstitiels (tissus situés entre les organes et les vaisseaux) des poumons et passer dans le sang et la lymphe.
Ils peuvent alors atteindre divers organes notamment les plus irrigués comme le foie, le cœur ou la rate. S’ils traversent la muqueuse nasale, être transportés via les nerfs jusqu’au cerveau.

« Les données toxicologiques actuelles, bien que souvent contradictoires, incitent à s’interroger sur les risques encourus suite à des expositions aux nano-objets, y compris pour des composés réputés inertes (sans effet spécifique) à l’échelle micro et macroscopique » explique dans un document l’Institut national des la recherche et sécurité (Inrs)
L’Inrs qui met en garde les industriels et les salariés : « un certain nombre d’études démontrent déjà clairement que les objets nanométriques présentent une toxicité plus grande et sont à l’origine d’effets inflammatoires plus importants que les objets micro et macroscopiques de même nature chimique »

Sources
www.cnrs.fr/nanos
www.inrs.fr
www.irsst.cq.ca

Les dossiers de la Recherche de février-avril 2007.

 

-  [26.03.07]   Jacqueline Roz-Maurette

Exposition professionnelle aux nano-objets et aux nanomatériaux

Toutes les étapes de la production - de la réception et de l’entreposage des matières premières jusqu’au conditionnement et à l’expédition des produits finis, en passant par le transfert éventuel de produits intermédiaires - peuvent exposer les salariés aux nano-objets et aux nanomatériaux.
La nature des nano-objets (poudre, suspension dans un liquide, gel, etc.), les méthodes de synthèse utilisées (procédé en phase gazeuse ou en phase liquide), le degré de confinement des différentes étapes et la capacité des produits à se retrouver dans l’air ou sur les surfaces de travail constituent les principaux paramètres qui influent sur le degré d’exposition. De même, l’utilisation et plus précisément la manipulation, l’incorporation dans diverses matrices et l’usinage (découpe, polissage, nettoyage, perçage, etc.) de nano-objets et de nanomatériaux constituent des sources d’exposition supplémentaire. Sources d’expositions professionnelles aux nano-objets : Fabrication, manipulation, transfert, conditionnement et stockage des produits, nettoyage, entretien et maintenance des équipements et des locaux, traitement des déchets, opérations sur les nanomatériaux (découpe, usinage, etc.) peu solubles.

D’après www.inrs.fr

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