jeudi 9 février 2012
Trois études
scientifiques récentes
montrent que les nanotubes
de carbone, apparus dans notre quotidien il y a moins
de dix ans, ont, dans certaines conditions,
des effets nocifs comparables à ceux de l’amiante.
100 000 morts par an dans le monde : c’est le prix du drame de l’amiante et de la dissimulation du danger de ce matériau « miracle ». Avec les nanomatériaux – et singulièrement les nanotubes de carbone –, on ne peut s’empêcher de redouter que toutes les leçons n’aient pas été tirées de cette catastrophe. Trois équipes de recherche (japonaise, britannique et américaine) viennent de montrer que les nanotubes de carbone sont à l’origine de lésions de la plèvre identiques à celles que cause l’amiante. La manipulation des nanomatériaux – un nanotube est 100 000 fois plus fin que le diamètre d’un cheveu – a été entreprise alors qu’on ne sait presque rien sur leur toxicité. Les industriels ont mis en production des matériaux dont on ne connaît pas les effets sur la santé et l’environnement. Doit-on attendre que se multiplient les avis d’experts pour instaurer une législation fondée sur le principe de précaution, voire un moratoire ? Pour l’heure, les nanomatériaux, soumis à la législation générale concernant les produits chimiques, échappent à la réglementation européenne Reach : ils n’atteignent pas le tonnage à partir duquel un industriel doit prouver l’innocuité de sa production.
Aussi légers que le plastique, plus résistants que l’acier, plus durs que le diamant, les nanotubes de carbone sont plutôt utilisés dans les matériaux composites dont sont faits les vélos ultralégers ou les raquettes, par exemple. Faibles en termes de tonnage, on les trouve dans l’automobile, dans les pneumatiques. Ils sont également appelés à révolutionner l’informatique par leur potentiel de miniaturisation. Les nanoparticules ne sont pas inconnues dans la nature, notamment dans l’air ambiant à la suite d’un feu – et dans les fumées de diesel, dont on connaît la toxicité. Est-il bien nécessaire d’en rajouter ?
[02.07.08]
Jacqueline Roz-Maurette
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