jeudi 9 février 2012
Les nouvelles technologies entrent doucement dans les mœurs de la médecine. Elles vont faciliter le suivi au domicile et le travail en réseau. Interview de Denise Silber, spécialiste de l’Internet santé et auteure de rapports sur la mesure de la qualité des soins.
Un service de consultations médicales rémunérées en ligne ou par téléphone a été mis en place à Hawaï. Peut-on imaginer ce genre de service en France ?
En matière de télémédecine, il pourrait y avoir un « avant » et un « après » la grippe A. En Grande-Bretagne, on a demandé aux malades de rester chez eux, on a établi le diagnostic par téléphone grâce à un questionnaire adapté, et prescrit le traitement sans que le patient soit examiné.
La technologie est prête, il pourrait se passer la même chose en France. Nous disposons déjà de moyens techniques qui permettent d’assurer le suivi des patients chroniques.
Le processus est testé pour le diabète dans plusieurs hôpitaux : le malade envoie en ligne les données nécessaires à son suivi et reçoit des conseils adaptés en retour. S’il y a un problème, le service dans lequel il est suivi le contacte.
Concernant les personnes âgées, la télémédecine évite de multiplier les résidences médicalisées et favorise le maintien au domicile. Pour les malades auxquels a été implanté un stimulateur cardiaque ou un défibrillateur, c’est l’appareil lui-même qui peut être relié à un réseau et contrôlé à distance.
C’est bien plus efficace que les visites de contrôle, qui s’avèrent inutiles à 80 %. La défaillance d’un appareil peut se produire le lendemain de la visite.
Les Français sont-ils prêts à prendre ce virage ?
On parle depuis quarante ans des perspectives prometteuses de la télémédecine, mais les résistances persistent.
Les médecins craignent de ne pas avoir les éléments pour prendre la bonne décision, ils ont des difficultés à travailler ensemble et redoutent les procès.
Il n’y a pas non plus de tarification prévue par l’assurance-maladie.
Du côté des patients, si cette façon de faire ne convient pas à tout le monde, il y a suffisamment de gens qu’elle arrange pour que ça vaille la peine de mettre en place les dispositifs.
La télémédecine ne prive-t-elle pas de l’effet thérapeutique de la rencontre avec le médecin ?
Il faut déconnecter l’affectif et la compétence technique. La médecine est de toute façon de plus en plus numérisée : les examens et les interventions recourent à des robots informatisés.
Je peux aller voir mon médecin parce qu’il me soigne bien et a une bonne écoute, et être satisfaite de savoir qu’il peut faire appel ponctuellement à un confrère plus spécialisé. Il peut recevoir les résultats de mes examens en ligne.
Je peux aussi avoir besoin de lui poser une question sur un traitement ou un événement ponctuel et le contacter par mail. Cela permettrait de consacrer le temps de la visite aux discussions de fond.
[02.11.09]
Pascale Pisani
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