Société

Nuls en langues les Français  ?

Alors, zéro en langues, les Français ? Oui, à leurs yeux et si l’on s’en tient au Test of English as a Foreign Language (Toefl), qui sert à évaluer les connaissances en anglais. Non, si on s’intéresse aux langues latines, disent des pédagogues, des enseignants en langues vivantes et des linguistes.

Lorsqu’on affirme que les Français sont nuls en langues, comme si c’était génétique, il faut d’abord savoir de quelle langue on parle : en l’occurrence, il s’agit toujours de l’anglais. Là, effectivement, force est de constater que nous sommes en peine avec la langue de Shakespeare. Si la langue évaluée – par une méthode équivalente au Toefl – était d’origine latine, il y a fort à parier que Français, Italiens, Espagnols… brilleraient davantage  ! La raison principale est que l’anglais est une langue germanique, à l’instar de l’allemand, du néerlandais, du danois ou encore du suédois.

Freins physiologiques et culturels

Pour un Français, l’anglais est une des langues les plus complexes à apprendre – avec le chinois – à cause, en premier lieu, de son système de sons et d’accents toniques, très éloigné du sien. Il n’y a aucune super­position entre les deux langues. Comme l’oreille se ferme très tôt à certaines sonorités – au début de l’adolescence, voire avant –, il est important de l’éduquer dès le plus jeune âge, par la musicalité de la langue, les chansons, les contes… On peut aussi rééduquer l’appareil auditif, et ce, même à l’âge adulte selon la méthode Tomatis.

Sur un plan culturel et psychologique, le français a longtemps été la langue de l’empire colonial, celle du pouvoir. Aujourd’hui encore, nous tendons à la considérer comme langue unique et accordons une moindre importance aux autres langues.

Un enseignement inadapté

Une autre explication à notre piètre niveau d’anglais est à chercher dans son enseignement, ou plutôt dans les moyens qui y sont alloués. Car si nos voisins d’Europe du Nord sont meilleurs que nous en anglais, outre les racines linguistiques communes, cela tient aussi à l’enseignement et aux habitudes culturelles. Les collégiens et lycéens allemands ont en effet plus d’heures de cours que les nôtres  ; les Néerlandais regardent à la télévision les films et autres programmes en version originale sous-titrée.

En France, l’enseignement est très axé sur la grammaire et la transmission intégrale de la langue… la rendant particulièrement ardue. « Le niveau d’exigence est très élevé, et le système d’évaluation sanctionne, relève les échecs, plutôt que de valoriser les savoirs acquis. N’oublions pas qu’on compte de plus en plus d’anglo­phones chez les moins de 35 ans : près de 80 % d’une classe d’âge accède maintenant au baccalauréat. C’est un progrès, arrêtons de dire que le niveau a baissé », plaide Pierre Frath, professeur de linguistique à l’université de Reims.
« Apprendre une langue, c’est comme construire une maison : sans les fondations, rien ne tient. Il faudrait augmenter le nombre d’heures qui y sont consacrées, mais aussi celui des langues proposées, au collège et au lycée. Ainsi, si un élève bute sur l’anglais en sixième, il pourrait démarrer une autre langue en cinquième, romane de préférence », suggère Laure Peskine, secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante (Aplv).

Les classes surchargées, impossibles à dédoubler faute de postes d’enseignants, sont un facteur aggravant. La diminution continue des moyens accordés à l’Education nationale n’épargne évidemment pas les langues vivantes. Les élèves de primaire ont droit dorénavant à une heure trente de langue vivante par semaine, mais aucune formation n’est prévue pour les professeurs des écoles  !
De même, le déve­loppement des sections bilingues ou des classes européennes est une bonne chose, mais encore faut-il que les professeurs d’histoire-géographie, de sciences, etc. puissent faire cours dans une langue étrangère et soient suffisamment nombreux. Des discours aux actes…
Dans un courrier concernant la dernière réforme du lycée, adressé en janvier 2010 à Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, l’Aplv déplorait la réduction des cours de langues à quatre heures – contre cinq auparavant – en série littéraire, ainsi que la suppression en 2009 d’un oral dans l’épreuve de langue au bac Stg (sciences et technologies de la gestion).


 

-  [02.11.11]   Karine Pollet

L’intercompréhension, quèsaco ?

Pour certains spécialistes de l’enseignement et de la linguistique, il existe une méthode d’apprentissage rapide et efficace des langues de mêmes racines : l’intercompréhension. C’est le fait de comprendre les langues d’une même famille – romane, germanique, slave, scandinave –, sans forcément les parler, en s’appuyant sur leurs ressemblances et en reconnaissant leurs différences systématiques. Selon une étude européenne, Lingua, il suffirait d’une soixantaine d’heures à un locuteur d’une langue romane pour savoir lire et comprendre des textes dans les autres langues de la même famille. L’intercompréhension permet de se passer des mécanismes les plus complexes d’apprentissage, en mobilisant l’attention sur la compréhension. Un manuel d’apprentissage en intercompréhension des langues romanes a été élaboré pour un public scolaire «  précoce  » (environ 8-11 ans) dans le cadre du projet Euromania, regroupant des équipes de chercheurs (linguistes, cogniticiens, didacticiens) et de pédagogues des cinq pays européens de langue romane : France, Espagne, Italie, Portugal et Roumanie.

La méthode Tomatis
Les Français, de par l’étroite bande de fréquence de leur langue (également appelée bande passante), ne sont naturellement pas polyglottes, au contraire des Russes, dont l’oreille est ouverte à la totalité des sons que peut émettre la voix humaine. Le don des langues n’est autre que la capacité de percevoir l’ensemble des sons et des rythmes et de les reproduire sans perte ni distorsion, c’est-à-dire sans accent. Le Pr Alfred Tomatis (1920-2001), médecin Orl, spécialiste des troubles de l’audition et du langage, a mis au point une méthode pour ouvrir l’oreille aux langues étrangères. L’étude Audio-Lingua, financée dans le cadre du programme européen Socrates, a montré que ses techniques permettent un gain de 50 % de temps pour intégrer une langue étrangère, si on les compare aux méthodes traditionnelles. Site Internet : www.tomatis-toulouse.com/int.htm

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