OGM : à quand une étude indépendante ?

Une étude originale
L'Anses estime, en effet, que les résultats fournis par Séralini « ne permettent pas d'établir scientifiquement un lien de cause à effet entre la consommation du maïs OGM et /ou du Round Up et les pathologies constatées », à savoir une augmentation de la mortalité par tumeurs chez les rats femelles notamment et une augmentation des troubles hépatiques chez les mâles. Néanmoins, l'agence pointe « l'originalité » de ce travail.« Cette étude a le mérite d'ouvrir une question essentielle sur une sujet assez peu documenté », souligne le directeur, Marc Mortureux. Pour cause, l'Agence relève que seules deux autres études, une japonaise et une italienne, ont été réalisées sur une durée « vie entière », c'est-à-dire deux ans pour des rongeurs (au lieu de 90 jours prévus dans la réglementation). Elles pourraient donc être comparables à celle du Pr Séralini sauf qu'elles portent sur du soja tolérant au Round up et que celle du biologiste concerne le maïs transgénique. Cette dernière est donc unique en son genre.
Pas assez de rats testés
Le principal reproche fait à Séralini n'est pas tant la souche de rats utilisée, connue pour développer fréquemment des tumeurs mammaires, mais le faible nombre d'animaux testés (10 par groupe).« Il est difficile de mettre en évidence une différence significative car le nombre de rongeurs utilisés est trop restreint, il en faudrait 80 à 100 par sexe dans chaque groupe », explique Dominique Gobert de l'Anses.« On peut faire des tests avec un faible nombre de rats mais sur des effets aigus, ce n'était pas la problèmatique posée par Séralini ». Pourtant, il reconnaît que,« on aurait pu penser que les différences étaient significatives » entre le groupe testé et le groupe témoin. Mais, en y regardant de plus près, il n'y a qu'une « faible cohérence biologique », selon lui. Autrement dit,« On a un effet significatif pour des doses moyennes et aucun pour des doses élevées. On a énormément de problèmes pour trouver une hypothèse qui explique ce phénomène ». Pourtant, en toxicologie, on sait aujourd'hui que la dose ne fait pas forcément le poison. Exemple : avec certains perturbateurs endocriniens, et notamment le Bisphénol A, des troubles ont été observés avec une exposition à faibles doses alors que rien n'est observé parfois à fortes doses. Mais pour l'Anses, ce schéma ne peut pas s'appliquer à l'étude de Séralini : « On a des résultats qui ne suivent aucune logique ».
Des mécanismes inexpliqués
Et c'est l'autre critique faite à l'étude : elle n'arrive pas à expliquer clairement les mécanismes en jeu dans les effets avancés par le chercheur. Faut-il retoquer l'étude pour autant ? Oui, selon l'Anses car « elle ne permet pas de remettre en cause les autres publications faites jusque là dans le cadre réglementaire pour autoriser les OGM ». Le toxicologue Jean-Pierre Cravedi admet cependant « qu'il y a toujours une incertitude dans les conclusions que l'on donne et qu'on a 5 % de chances de se tromper ».
On manque d'études
Pour en savoir plus, l'Anses recommande d'engager des recherches « sur les risques sanitaires insuffisamment étudiés de ces substances dans le cadre de financements publics nationaux ou européens ».« Plus on aura d'études moins on aura d'incertitude sur un problème de santé publique », affirme son directeur. On avance donc mais, depuis 15 ans que des animaux sont nourris aux OGM, on peut se demander pourquoi les autorités sanitaires n'ont pas réagi avant et exigé des études indépendantes et transparentes ? Une autre interrogation subsiste : si l'étude de Séralini n'est pas concluante, pourquoi a-t-elle été publiée, en septembre dernier, dans Food and Chemical Toxicology, une des meilleures revues scientifiques internationales ?
Deux poids, deux mesures
Au-delà des controverses méthodologiques, elle a au moins le mérite d'être accessible au public. Ce qui n'est pas le cas des études menées par Monsento, principal fabriquant des OGM et du Round Up, dont les données restent confidentielles. Interviewé ce matin dans Libération, Gilles-Eric Séralini, dénonçait le « deux poids, deux mesures » des agences sanitaires et demandait que celles-ci soient aussi exigeantes avec les études faites par l'industrie qu'elles le sont avec la sienne : « Pour que l'on se rende compte que l'insuffisance statistique dont on nous accuse est aussi du côté des industriels qui fournissent eux-mêmes les tests sur la base desquels les agences se prononcent pour autoriser ou non la mise sur la marché de leurs plantes transgéniques ». Monsento qui a contesté officiellement l'étude de Séralini n'a d'ailleurs pas pris la peine de se rendre à l'audition demandée par l'Anses, la firme a préféré envoyé une contribution écrite.

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