Ogm, nucléaire, tous cobayes ?

Ça commence par Hiroshima, ça finit par Fukushima. Au milieu, un laboratoire à Caen où une étude sur des Ogm se réalise en secret.
« Tous cobayes ? », le prochain film de Jean-Paul Jaud, qui s'est fait connaître du grand public avec « Nos enfants nous accuseront », sortira en salle le 26 septembre prochain.
Librement adapté du livre 1 du chercheur en biologie moléculaire Gilles-Éric Séralini, le documentaire n'y va pas par quatre chemins : nous sommes à l'aube d'une « troisième guerre mondiale », silencieuse et insidieuse, qui concourt à détruire l'homme et son environnement. Pour faire passer son message, le réalisateur met en parallèle les Ogm et le nucléaire.
Au début, on est surpris : quel est le rapport entre une contamination à notre insu par des pesticides et des organismes génétiquement modifiés et l'explosion d'une centrale nucléaire ? A la fin, ça se tient. Dans les deux cas, la pollution chimique ou radioactive est irréversible, elle dure des centaines, voire des milliers d'années ; elle est omniprésente dans les sols, l'eau, l'air, les aliments et s'accumule dans nos organismes ; elle fait des ravages considérables.
Des tumeurs qui dépassent 25 % du poids des rats
Là, pas besoin de mots, les images suffisent. Glaçantes puisqu'on y voit des rats nourris au maïs Ogm NK 603 et à l'herbicide le plus utilisé au monde, le Round Up, avec des tumeurs - une, deux, trois parfois - allant jusqu'à dépasser 25 % de leur poids. Ce qui, pour un adulte de 60 kilos, représenterait une tumeur de 10 kilos !
Publiés le 19 septembre dernier dans la revue américaine Food and Chemical Toxicology et dans le Nouvel Observateur, les résultats de l'expérimentation du Pr Gilles-Éric Séralini, la première du genre au monde, ont de quoi nous faire frémir : au bout de deux ans (durée des travaux), 50 à 80 % des rats femelles exposés à l'Ogm et au pesticide ont déclenché des tumeurs, contre 30 % chez ceux qui n'en ont pas mangé.
Des pathologies qui apparaissent à partir du 4ème mois d'exposition, juste au-delà du terme où s'arrêtent les études menées par les industriels qui commercialisent les Ogm, c'est-à-dire trois mois. Pour le moins bizarre !
Des paysans réduits à l'esclavage financier
Mais les Ogm ne sont pas dangereux que pour la santé humaine. Pour le sociologue Jean Ziegler, rapporteur pour le droit à l'alimentation auprès de l'Onu de 2000 à 2008, ils contribuent aussi à réduire les paysans des pays en développement à un « esclavage financier ». Car les multinationales ont bien pensé les choses : la plante transgénique est protégée par un brevet.
Soit le paysan utilise la semence génétiquement modifiée prélevée sur la récolte de l'année écoulée et doit reverser une taxe à la firme qui détient le brevet. Soit il achète des semences modifiées dont les grains récoltés ne permettent aucune reproduction et il doit acheter chaque année de nouvelles semences à la firme.
Dans « le Monde selon Monsento », premier producteur mondial d'Ogm, l'agriculteur a les pieds et les poings liés. Une situation qui a déjà conduit plusieurs paysans indiens endettés au suicide...
Tchernobyl, Fukushima : la radioactivité ne fait pas de cadeau
Glaçantes également, les images des enfants de Tchernobyl, tellement malades qu'ils sont incapables de suivre la classe, témoigne une institutrice française installée là-bas. La catastrophe survenue en 1986 aurait entraîné 985 000 morts.
A Fukushima, le tsunami qui a suivi l'explosion du réacteur a fait 15 689 décès. La radioactivité a tout contaminée autour d'elle mais, comme en France, après l'accident de Tchernobyl, les autorités japonaises n'ont rien dit aux habitants. Aujourd'hui encore, elles continuent de nier les problèmes face aux habitants désemparés.
Comme pour les OGM, en matière de nucléaire, désinformation et mensonges sont de mise, nous rappelle Jean-Paul Jaud. Pourtant, là encore, la radioactivité ne fait pas de cadeau et les dégâts sont irrémédiables : quand il a compris qu'il ne pourrait plus rien tirer de sa terre, le mari de Mitsuyo Tarakawa a mis fin à ses jours. Il était d'une famille de fermier depuis sept générations.« On ne peut se réfugier nulle part ailleurs, dit sa femme, le ciel et la mer relient tous les pays. Il faut que le monde entier soit contre le nucléaire ». Un témoignage bouleversant.
Un autre monde est possible
Un autre monde est-il possible ? Oui, nous dit le cinéaste. Sur l'île d'Iwaïshima, au Japon, à 150 kilomètres de la ville d'Hiroshima, depuis 30 ans, les cinq cents habitants, et notamment les femmes, refusent d'être des cobayes : tous les lundis, elles manifestent contre un projet de construction d'une centrale nucléaire située à 4 kms de leurs côtes.
Gora N'Diaye, lui, est président de l'association des agriculteurs biologiques Jardins d'Afrique au Sénégal et professeur d'agro-écologie à la ferme école de Kaydara. Ici, pas de pesticides ni d'Ogm pour faire pousser des fraises, des oignons, des salades et des cocotiers, mais la promotion d'initiatives locales qui permettent aux jeunes paysans de vivre durablement de leur terre en respectant l'environnement.« Nous allons conserver nos propres graines et les partager entre nous, explique Gora N'Diaye. Si vous vous laissez envahir par les OGM, vous perdez la vie ». Autrement dit par Gilles Eric-Séralini en guise d'appel à la résistance : « Aux citoyens maintenant de se mettre debout ! ».
Voir la bande-annonce du film "Tous cobayes ? "
- 1. « Tous cobayes ! », Gilles-Eric Séralini, Flammarion, 19,90 €

Réagissez