"On dénie aux personnes handicapées le droit à la vie affective et sexuelle"
Le Cerhes est un groupement de coopération sociale et médico-sociale 1 dont les missions sont orientées autour de quatre axes :
- Un espace ressources : blog, ouvrages sur le thème de la sexualité et du handicap, outils d'intervention dans le cadre de l'éducation à la sexualité.
- Un espace de recherche et développement pour évaluer les besoins et les aspirations des personnes handicapées, diffuser des bonnes pratiques.
- La formation et la sensibilisation des professionnels.
- L'accompagnement des personnes en situation de handicap et de leurs proches.
François Crochon, sexologue clinicien et chef de mission au Cerhes, précise l'ambition du centre.
Pourquoi vous semblait-il nécessaire de créer un centre spécifiquement dédié à la sexualité des personnes handicapées ?
Pendant très longtemps, leur sexualité était liée à la peur des grossesses ou des agressions sexuelles. La sexualité au sens large n'était pas traitée. De même, il n'existait aucun travail de recherche. Aujourd'hui, de plus en plus de chercheurs s'y intéressent, et les personnes en situation de handicap elles-mêmes s'expriment autour de ces thématiques. C'est justement ce qu'on cherche absolument à valoriser au Cerhes : qu'elles puissent s'emparer du sujet, afin de donner des orientations sur le travail à fournir.
Il y a des obstacles à la sexualité des personnes en situation de handicap, qui sont surtout liés aux représentations : selon un sondage paru en 2006, 61 % des Français pensaient qu'elles n'avaient pas de sexualité. Depuis, il y a eu énormément de colloques, d'études et de films grand public sur le sujet, donc ce n'est plus véritablement un tabou, mais il y a encore beaucoup de choses à faire pour faire changer de regard. Il faut déjà considérer que ce sont des être sexués.
Il n'y a pas de sexualité ou de pratiques sexuelles spécifiques pour les personnes en situation de handicap, mais il y a des spécificités à prendre en compte. Il peut y avoir des atteintes au niveau génital, mais aussi des troubles secondaires liés à la fatigue, à l'hygiène, aux sondages, etc.
Dans un film réalisé par l'Association française des myopathies (voir ci-dessous), une jeune femme qui demande à un médecin si elle pourra avoir des enfants se voit répondre qu' « il faut être deux pour ça », sous-entendu « vous ne trouverez jamais personne ». Le manque de sensibilisation des professionnels est-il important ou marginal ?
L'Amour Pour Tous par AFM-Productions
C'est encore malheureusement une réaction de beaucoup de professionnels de santé, qui ne comprennent pas l'enjeu et restent fixés sur leurs propres peurs et leurs propres représentations. Leurs réactions peuvent être extrêmement blessantes, voire traumatisantes : on dénie le droit d'accéder à la maternité ou tout simplement le droit d'accès à la vie affective et sexuelle.
Ça fait des ravages, parce que certaines personnes passent toute leur existence en institution et, si on n'a jamais abordé avec elles leurs aspirations, leurs désirs, elles risquent de se dire « ce n'est pas pour moi ». Pourtant, on sait bien que la santé sexuelle est en lien direct avec la santé physique et la santé mentale : certaines personnes rapportent qu'elles prennent moins de médicaments, qu'elles sont moins agressives.
Mais c'est encore difficile d'aborder cette question, parce que, souvent, la réaction des professionnels est de dire que ça relève exclusivement de l'intime.
Qu'allez-vous mettre en place pour promouvoir la sexualité ?
Dans des établissements pour enfants et adolescents, on va proposer de l'éducation à la sexualité, parce que ceux qui ne sont pas dans le milieu ordinaire n'ont pas accès à ces temps dispensés dans le cadre de l'Education nationale. Pour les personnes en situation de déficience intellectuelle, il faut adapter les contenus : décrire l'anatomie, ce qu'est un homme, une femme. On part des bases, on ne va pas commencer en parlant de contraception, ça n'a pas de sens.
On va aussi par exemple aider des établissements sociaux et médico-sociaux à rédiger une charte autour de la vie intime, affective et sexuelle ; dans de trop nombreux établissements, un règlement intérieur interdit encore la sexualité, car ils se sentent démunis face à cette question.
On va également favoriser la prise de parole des adultes en situation de handicap pour lever tabous et non-dits et offrir à l'entourage des espaces d'écoute.
Etes-vous favorables aux aidants sexuels ?
J'entends bien que la question de l'accompagnement sexuel soulève un débat moral, éthique, législatif, mais c'est avant tout pour moi une question de dignité humaine. Une personne tétraplégique, qui n'a pas accès à son propre corps, ni au corps de l'autre… Que fait-on pour compenser cette inégalité des chances ?
D'autant que les aidants sexuels sont des personnes qui ont choisi de s'investir dans ce champ très particulier, qui ont des compétences et des ressources très particulières. Ça concerne une toute petite frange de la population. Les assistants sexuels sont à mettre sur le plan des aides humaines, comme il y a des aides techniques.
Mais ce serait très réducteur de limiter la question de la vie affective et sexuelle à la question de l'accompagnement sexuel. C'est une solution, ce n'est pas LA solution.
- 1. Il a été fondé par l'Association française des myopathies, l'Association des paralysés de France, le Groupement pour l'insertion des personnes handicapées physiques et Handicap international.

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