Santé / Santé au travail

Sur les docks, on meurt 10 à 12 ans plus tôt et le nombre de malades est alarmant

Récemment, les dockers étaient mobilisés sur les questions de pénibilité de leur travail. Certes, celui-ci a évolué. Les formes de pénibilité aussi. Aujourd’hui, ce ne sont plus les bras et les dos qui sont cassés. Mais l’on meurt sur les docks. Et dans une proportion assez catastrophique.
Pourquoi ? C’est pour répondre à cette question que Jean-Luc Chagnolleau, 55 ans, docker sur le port de Nantes, crée début 2010, avec quelques camarades des docks, l’association pour la protection de la santé des métiers portuaires appsmpunblogfr.unblog.fr.
Premier objectif de l’association : l’organisation d’un colloque national sur les problèmes de santé des dockers. Il se déroulera le 24 mars au Chu de Nantes.
Atteint d’un cancer du rein, Jean-Luc a voulu comprendre. Il a commencé à recenser ses collègues malades. A Nantes mais aussi à Saint-Nazaire ou au Havre, dans le Midi. Il s’est vite rendu compte qu’il n’était pas le seul. Les cancers sévissent. Chez des hommes souvent encore jeunes. Cancers du rein, pulmonaires, de la vessie et des voies urinaires, maladies cardio-vasculaires. Toute une panoplie de pathologies pas bénignes du tout. Et même des maladies rares.

Des chiffres très alarmants
« Sur quelque 190 dockers que nous étions en 1992 à Nantes, nous en avons contacté 140. 87 de ces 140 personnes ont développé des maladies (dont 61 cancers). 35 d’entre elles sont décédées. A Saint-Nazaire, sur 160 dockers, on dénombre 43 malades et dix-sept décès parmi eux », synthétise Jean-Luc. Dans les autres ports français, la situation a l’air assez semblable.
« Actuellement, l’espérance de vie de cette population de dockers est de 10 à 12 années de moins que pour les précédentes générations », constate encore le nantais.
Ces maladies n’ont pas l’air liées au hasard, ni au tabagisme : « Sur les docks, la cigarette est interdite. Pas tellement pour préserver notre petite santé, mais plutôt les marchandises. Et éviter les risques d’explosion. »
Pourquoi explosion ? « En fait, tous les produits et denrées arrivant dans les ports sont traités avec des pesticides, fongicides (...) et, l’intérieur des conteneurs est lui-même aspergé de divers gaz et produits ». Toutes substances qu’inhalent les dockers en ouvrant ces conteneurs.

Alerte aussi chez les douaniers
Ces pathologies n’atteignent du reste pas que les dockers. Les douaniers sont aussi touchés dans leurs chairs, lorsqu’ils ouvrent les conteneurs pour des contrôles. Le syndicat Cgt de la corporation avait alerté sur les dangers encourus www.finances.cgt.fr.

Vers une association nationale ?
Organisé avec le concours de Viva, le colloque du 24 mars fera l’objet d’une publication. Des dockers de toute la France y sont attendus ainsi que des représentants des douaniers et des spécialistes de la santé au travail et de l’épidémiologie, telle Annie Thébaud-Mony.
Le 24 mars, dit encore Jean-Luc Chagnolleau, sera pour nous le début d’une aventure. Une aventure que les dockers nantais souhaitent nationale. Faire mieux reconnaître leurs maladies professionnelles, faire évoluer les tableaux de ces maladies, tel est l’objectif de ce premier rendez-vous. L’idée de fonder une association nationale est déjà dans l’air. Rendez-vous le 24 pour en savoir plus.

 

-  [21.03.11]

Témoignage de Jean-François Gruais (Nantes), 65 ans
Chaudronnier de métier, Jean-François Gruais a travaillé plus de 20 ans sur le port de Nantes. Pendant 4 ans comme docker occasionnel, tout d’abord, puis pendant 18 ans à plein temps. A 55 ans, en 2000, il contracte un cancer de la prostate. Il est traité tous les trois mois, par piqûre.
« J’ai fait beaucoup de manutention de sacs ou de marchandises en vrac. Il les énumère. Il y avait de tout : agrumes, bois, phosphates, engrais, amonitrates, de la fonte et de l’acier provenant d’usines mortes (il y avait aussi parfois de l’amiante et du plomb dedans).
Délégué hygiène et sécurité pendant 15 ans, JF Gruais se souvient : « On commençait juste à s’occuper d’hygiène. Les anciens travaillaient avec rien. Nous ne disposions pas de douches. Les bouches à incendie faisaient l’affaire. Ensuite, on nous a installé des bungalows sur les quais, avec douches. »
Il poursuit : « Il n’ y avait pas de culture de la protection comme aujourd’hui. Bien souvent, nous nous couvrions le corps, mais travailler toute la journée avec un masque, c’est dur. Et puis, pour être efficaces, il aurait fallu les changer souvent. Ce n’était pas le cas. »

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