Social / Alerte à l’hôpital

« On ne peut plus faire notre travail correctement »

Rationnement des soins, baisse des remboursements, usure des salariés... Le service public hospitalier est menacé, alerte le Comité national de défense de l’hôpital (Cndh), qui regroupe personnel soignant, administratif et d’entretien.

Pour le président du Cndh, le Pr Alain Lortat-Jacob, chef du service de chirurgie orthopédique de l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), « la réforme du financement des hôpitaux va conduire à distinguer le bon du mauvais malade, celui qui sort après quatre jours d’hospitalisation sans complication et celui qui coûte cher en médicaments et en temps de séjour ».
Cette course à la productivité, qui pousse les établissements à choisir les activités les plus lucratives, commence déjà à pénaliser la psychiatrie et la gériatrie, spécialités jugées « peu rentables ». Les soignants sont au bout du rouleau, témoigne Yolande, infirmière. « Avant, nous faisions vingt ans à l’hôpital. Aujourd’hui, nous ne restons que dix ans. On nous culpabilise de prendre nos congés, d’être en arrêt de maladie. Beaucoup de collègues craquent et sont en dépression. On ne peut plus faire notre travail correctement. »
La grogne touche aussi la Fédération des établissements hospitaliers et d’assistance privés à but non lucratif (Fehap). Troisième composante de l’offre de soins, la Fehap, avec ses 2 750 établissements sociaux, sanitaires et médico-sociaux et près de 180 000 salariés, dispose de quelque 189 000 lits répartis sur tout le territoire, souvent là où public et privé sont absents.
Ces structures reposent sur des associations ou des fondations qui n’ont pas, ou plus, de fonds propres. « Leur situation est alarmante », prévient Emmanuel Duret, président de la Fehap. Sans un soutien financier important du gouvernement (400 millions d’euros sur deux ans), la Fehap redoute la suppression de 9 000 emplois et de nombreuses fermetures de lits. « Au-delà des contingences budgétaires, nous nous interrogeons sur la volonté des pouvoirs publics de maintenir un secteur sanitaire associatif », souligne Emmanuel Duret.

 

-  [20.12.04]   Didier Berneau

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