Services de santé au travail
Pluridisciplinarité en médecine du travail : peut mieux faire
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Plusieurs textes, récents, alertent sur la qualité des pratiques dans les services de santé au travail. L’un, émanant du Conseil de l’Ordre des médecins, rappelle les praticiens à certaines règles d’or de la déontologie médicale, notamment la confidentialité des propos entendus et le respect de l’anonymat du salarié.
Ce rappel à l’ordre est dû à des dérives constatées, lors de la mise en place de dispositifs d’écoute, au sein d’entreprises, pour les personnels en souffrance psychologique [1].
L’autre date de janvier 2008 et concerne les nouvelles équipes pluridisciplinaires. Un rapport, établi à la demande du ministre du Travail, dressait un premier bilan de la pluridisciplinarité [2], pierre angulaire de la nouvelle organisation des services de santé au travail (Sst).
Aux médecins et infirmières du travail, ont été en effet adjoints quelque 1 750 intervenants en prévention des risques professionnels (Iprp). Ergonomes, ingénieurs sécurité en entreprise, psychiatres, psychologues, hygiénistes, épidémiologistes... ont été habilités, depuis 2004, pour renforcer et diversifier les Sst.
Le plus souvent, constatait le rapport, ces Iprp travaillent pour le service qui les emploie. Il est très peu fait appel à des intervenants extérieurs, ponctuellement -souvent faute de moyens- mais dans la pratique, rien ne l’empêche.
Iprp : manque d’indépendance
Si ces nouveaux intervenants ont élargi le champ de compétences des services de santé au travail, le rapport ministériel souligne cependant les lacunes du système : le manque d’indépendance et de positionnement des Iprp dans le système de prévention des risques est clairement établi.
Des évolutions sont donc jugées "souhaitables" aujourd’hui. C’est pourquoi une mission sur la formation des intervenants en prévention et risques professionnels a été confiée au Pr William Dab, ancien directeur général de la Santé et enseignant-chercheur au Conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam).
Celui-ci fait une douzaine de propositions pour élever le niveau de compétence des Iprp [3] et leur donner une culture minimale commune avec celle des infirmières et médecins en santé au travail.
L’ordonnance pour une formation sérieuse des Iprp
Le médecin de santé publique suggère notamment que les comités régionaux de prévention et risques professionnels (Crprp) puissent joue run rôle dans la formation en santé-sécurité au travail.
Il préconise, pour mettre en œuvre l’ensemble de ses propositions sur la formation des Iprp, de fédérer les compétences de formation en santé et travail par la création d’un réseau national de formation en santé et travail (Rnfst).
Cette pluridisciplinarité prônée pour améliorer la qualité des services rendus, tant aux salariés qu’aux entreprises -les Sst sont sensés pouvoir établir des plans de prévention pour les entreprises- a encore du mal à entrer dans les mœurs, avoue Paul Frimat, professeur de médecine et santé au travail à Lille.
Le professeur de santé au travail confie : « Dans le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, nous nous sommes emparés de ces nouvelles possibilités de nous adjoindre d’autres compétences. Ce n’est pas vrai partout ; loin s’en faut. »
Le médecin explique en partie ces réticences par le fait que l’apparition des Iprp se conjugue au constat d’une démographie médicale en baisse constante. La médecine du travail, en particulier, a du mal à recruter : tous les postes à l’internat en 2008 n’ont pas été pourvus.
Pour le médecin lillois, il ne faut pas oublier, en contre-partie, de continuer à valoriser cette spécialité et continuer, surtout, à maintenir les équipes de Sst sous la responsabilité d’un médecin. Garant – même s’il y a quelques dérapages – d’une déontologie.
Ailleurs en Europe : l’exemple de Copenhague
La capitale du Danemark s’est dotée depuis quelques années d’un service pluridisciplinaire de « santé professionnelle ». C’est ce que raconte Annemette Eskesen, thérapeute-conseillère en santé au travail, invitée en octobre dernier à Paris à un débat d’Eurogip [4]. « Nous sommes sept thérapeutes, deux médecins du travail, cinq psychologues, des infirmères, des kinésithérapeutes, des chimistes mais aussi un architecte, un anthropologue et nous disposons d’un service communication. »
Un anthropologue ? L’idée peut paraître saugrenue en France mais la thérapeute danoise explicite : « L’environnement du travail est devenu complexe. Nous avons affaire à une multitude de risques. L’anthropologue nous aide à réfléchir sur notre environnement culturel et l’architecte, bien sûr, est là pour nous aider à réfléchir sur le bâti. »
On le voit, le Danemark est, dans ce domaine, plutôt en pointe. Copenhague, en fait, précise l’intervenante en santé au travail : « La municipalité a décidé d’aller plus loin, dans le domaine de la santé au travail, que ne l’impose la législation. Pour être attractive pour la main-d’œuvre ».
Copenhague et son comté (environ 1,7 million d’habitants) est en effet un important pourvoyeur d’emplois. La capitale danoise emploie près de 45.000 personnes. Un chiffre élevé qui s’explique en partie par le fait que la ville a décidé de gérer pratiquement tous ses services d’aide à domicile.
« Notre mission, poursuit Annemette Eskesen : aider les services de la ville à entretenir un bon environnement de travail. Nous leur proposons nos compétences. Mais nous avons aussi un rôle de formateurs. Nous élaborons également des documents de prévention et de bonnes pratiques ». Au sein du service, les différents intervenants ont tous reçu une même formation de consultant en santé au travail.
[13.01.09]
Anne-Marie Boulet
[1] Voir article de Santé et Travail, n°6 (janvier 2009) : www.sante-et-travail.fr
[2] Téléchargeable sur www.cisme.org
[3] Téléchargeable sur www.travail-solidarite.gouv.fr
[4] Débat organisé en octobre 2008 sur le thème « Aide à domicile et prévention des risques professionnels. » Voir site Eurogip : www.eurogip.fr