Société / Comprendre l’échec scolaire

Pour aider les enfants en échec

Comment éviter que 15 % des enfants ne sortent du CM2 en grande difficulté  ? L’institution scolaire mise sur l’apprentissage en petits groupes et les cours particuliers. Mais est-ce la bonne méthode  ?

Océane a treize ans et se trouve « pas normale ». Elle n’est en rien différente des autres, si ce n’est qu’elle « n’y arrive pas à l’école ». Déjà, en CM2, l’institutrice avait alerté ses parents sur ses problèmes d’apprentissage. Aucun contrôle visuel et auditif, aucun test n’a expliqué l’origine du pro­blème.
A cause du retard accumulé en expression écrite comme orale, Océane a suivi une rééducation orthophonique pendant deux ans. Une fois par semaine, depuis un an, la jeune fille rencontre au centre médico-psycho-pédagogique (Cmpp) un psychopédagogue puis un psychothérapeute. Ce dernier a jugé nécessaire cette année une psychothérapie familiale.

Océane est vive et curieuse. Les professeurs ne doutent pas de ses capacités, mais mettent en cause un « manque de travail » et constatent qu’elle « n’apprend pas ses leçons ». C’est tout le contraire, explique sa mère : « Elle travaille sans doute deux fois plus que d’autres. Mais, devant un contrôle, elle oublie tout. »

Dans le cas d’Aurélien, qui affirme qu’il « a un QI à zéro », les difficultés d’apprentissage ont été évidentes dès le cours préparatoire. Il a suivi une rééducation orthophonique.
Depuis un an, il rencontre toutes les semaines un psychopédagogue ainsi qu’un psychothérapeute. Contrairement à Océane, qui en classe « cherche à se faire oublier », Aurélien tente de capter l’attention par tous les moyens. Et les mauvais résultats augmentent son agitation.

L’échec scolaire n’est pas un phénomène isolé. Chaque année, 15 % d’élèves entrent en sixième avec de graves difficultés, et 150 000 jeunes quittent le collège sans qualification, sans maîtriser les savoirs fondamentaux.
Ce phénomène a toujours existé, bien avant le collège unique, bien avant la méthode globale ou syllabique, quels que soient les programmes.

Redonner l’envie de savoir

Quand l’insuffisance d’efforts, de motivations ou de capacités est écartée comme explication de ces difficultés d’apprentissage, reste la « peur d’apprendre », dont parle Serge Boimare, instituteur spécialisé et psychologue clinicien : « C’est la situation d’apprentissage elle-même qui déclenche des peurs qui perturbent l’organisation intellectuelle. La confrontation avec la règle et l’autorité, la rencontre avec le doute et la solitude, inhérentes à la démarche pour apprendre et penser, réveillent alors une inquiétude profonde. »
Pour réconcilier ces enfants avec le savoir, il faut « apprivoiser leurs peurs, leur donner une forme acceptable par la pensée afin ­qu’elles n’entraînent plus de rupture avec la démarche intellectuelle ».
« En pédagogie, souligne-t-il, la culture sert de médiation. » C’est en s’appuyant sur les grands mythes fondateurs, ceux qui partent du chaos et racontent l’élaboration du monde, qu’il a pu redonner aux élèves en difficulté l’envie de savoir.

L’institution scolaire ne s’oriente pas vers cette voie. La multiplication des groupes de soutien, qui ne font qu’alourdir le programme de l’élève, est sans effet sur l’échec scolaire grave.
De plus, un tiers des Rased (3000 postes) vont être supprimés en 2009 dans le primaire. Sorte d’interface entre l’institution scolaire et les structures de soutien psychopédagogique, ces réseaux d’aide spécialisée repèrent les élèves en difficulté, soutiennent les enseignants et nouent le dialogue avec les familles.
Au lieu de les supprimer dans le primaire, il faudrait au contraire les étendre au collège, soulignent le personnel et les familles.

 

-  [02.03.09]   Maïté Pinero

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Besoins fondateurs

« Parler de ce qui compte pour eux »
En 1949, Fernand Deligny écrivait : « Si l’éducateur, sous prétexte de ne pas perdre du temps, refuse de raconter des histoires aux enfants, de leur parler de ce qui compte pour eux, de ce dont ils ont peur, du désir ou du sexe, il y aura toujours des commerçants prêts à le faire, et la surenchère commerciale saura jouer de toutes les attirances, les mélanger pour ne pas rater la vente. Les gosses se précipiteront sur ce brouet, pendant que des milliers d’éducateurs maladroits ou insuffisants négligeront de satisfaire les besoins anthropologiques fondateurs des enfants dont ils ont la charge. »

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