mercredi 23 mai 2012
De plus en plus de molécules chimiques sont soupçonnées de modifier le fonctionnement hormonal de l’être humain. Parce qu’elles pourraient nous rendre malades, Les députés ont demandé l’interdiction de certaines d’entre elles. Le point sur la question.
De quoi s’agit-il ?
On les respire, on les ingère, on les applique sur la peau… Les perturbateurs endocriniens sont partout dans notre environnement, aussi bien dans les détergents ménagers que dans les cosmétiques, les aliments, les médicaments, les jouets…
Quelques-uns sont des substances naturelles, comme les phyto-œstrogènes de soja, mais la plupart viennent de la chimie : phtalates, parabènes, pesticides, bisphénol A, polychlorobiphényles (Pcb), dioxines, etc. Le problème est que ces molécules aux noms barbares interfèrent avec nos hormones, dont elles sont capables de mimer ou de bloquer l’action.
L’alerte a été donnée après les années 1960, quand des malformations sexuelles et des troubles de la reproduction sont apparus dans la faune sauvage : déclin des alligators dans le lac Apopka, en Floride, dû à des anomalies ovariennes chez les femelles et à des micro-pénis chez les mâles, féminisation des mouettes sur la côte ouest des Etats-Unis, disparition des phoques dans la mer Baltique, hermaphrodisme chez les poissons…
Toutes ces espèces vivaient dans des eaux imprégnées de polluants chimiques, et notamment de Ddt, un pesticide organochloré interdit aujourd’hui.
Chez l’homme, les soupçons s’accumulent depuis une vingtaine d’années, au point qu’en mai les députés français ont proposé d’interdire les produits contenant trois familles de perturbateurs endocriniens : les parabènes, les alkylphénols et les phtalates. Deux mois plus tard, un sénateur leur emboîtait le pas en demandant qu’un logo soit collé sur les produits pour avertir les femmes enceintes de la présence de ces perturbateurs.
Où les trouve-t-on ?
Les alkylphénols : dans les détergents, les émulsifiants, les peintures…
Les phtalates : dans les plastiques (pour les assouplir), notamment dans les emballages alimentaires.
Les parabènes : dans les shampooings, les crèmes, les déodorants…Ainsi que dans certains aliments et dans 400 médicaments.
[01.12.11]
Brigitte Bègue
Des parabènes dans notre pharmacie
Ils conservent les produits de beauté et les médicaments, particulièrement les sirops pour la toux et les gouttes Orl pédiatriques, les antibiotiques, les pansements gastriques, etc.
Très prisés de l’industrie chimique pour lutter contre les bactéries et les moisissures, certains parabènes inquiètent : c’est le cas de l’isopropylparaben, de l’isobutylparaben, du propylparaben (que l’on retrouve dans la majorité des médicaments) ou encore du butylparaben.
Une étude en cours à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments et des produits de santé (Afssaps) devra nous dire d’ici à la fin 2011 s’il faut s’en méfier.
En attendant, on peut les traquer sur les étiquettes sous le nom de paraoxybenzoate de propyle ou de butyle… et sous les codes E218 et E216 pour l’alimentation. On peut aussi choisir des cosmétiques sans parabènes, il y en a de plus en plus. Pour les médicaments, en revanche, on n’a pas le choix...
Le bisphénol A supprimé
Interdit dans les biberons depuis 2010, le bisphénol A disparaîtra définitivement de tous les contenants alimentaires en 2014 – en 2013 pour les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans.
Une décision qui fait suite au rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) mettant en évidence « des effets avérés chez l’animal et des effets suspectés chez l’homme », à très faibles doses, sur le système reproducteur, immunitaire, la glande mammaire, le cerveau… Des effets décrits depuis le milieu des années 1990, mais que
les industriels ont toujours niés, tandis que les autorités sanitaires se réfugiaient derrière le concept d’« incertitude scientifique ».
L’Anses a visiblement décidé de trancher. Une nouvelle étude américaine, qui révèle que des petites filles exposées in utero au bisphénol A présentent une hyperactivité et des troubles de l’humeur à l’âge de trois ans, vient de lui donner raison.
L’exemple du Distilbène
Le Distilbène est un œstrogène de synthèse couramment prescrit aux femmes enceintes dans les années 1950 pour leur éviter une fausse couche. De la famille des perturbateurs endocriniens, il a été interdit en France en 1977 après qu’on s’est aperçu de sa toxicité sur les enfants qui y ont été exposés dans le ventre de leur mère.
Parmi les effets clairement établis : des malformations de l’appareil reproducteur, des stérilités, des fausses couches, des cancers du col de l’utérus, du vagin, des testicules, etc. Des conséquences graves qui se font parfois sentir jusqu’à la troisième génération, chez les petits-enfants. Cette hormone de synthèse pourrait être responsable aussi de troubles psychiques.
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