Poussières de bois : un risque cancérogène pratiquement nié

Sur l'année 2008, le ministère du Travail, celui de l'Agriculture, la Direction des risques professionnels de la Cnamts (Caisse nationale d'assurance-maladie), l'Inrs et l'Organisme professionnel de prévention du Bâtiment et des travaux publics (OppBtp), ont organisé conjointement une campagne nationale de contrôle et de sensibilisation sur le risque cancérogène lié à l'exposition aux poussières de bois.

Les résultats n'en sont guère brillants et même, constatent les différents protagonistes, « préoccupants ». Or les poussières de bois peuvent induire des pathologies respiratoires et cutanées sévères. La durée d'exposition constitue un facteur aggravant.

Durant cette campagne, un peu plus de 3 000 établissements ont été contrôlés, essentiellement des scieries (1ere transformation du bois), des entreprises du Btp ainsi que des sociétés de la construction navale de plaisance ou des commerces (2e transformation du bois).

Les Documents Uniques prennent peu en compte le risque poussières de bois

L'enquête dévoile que les risques liés aux poussières de bois ne sont pris en compte, dans le Document unique (DU) que sont tenues d'élaborer les entreprises, que dans un cas sur trois. Néanmoins, tempère l'enquête, les résultats recouvrent des situations très contrastées.

La prise en compte est d'autant plus fréquente que la taille de l'établissement est importante (+ de 50 salariés). Hélas, la majeure partie des entreprises, dans le bâtiment, sont plutôt de petites, voire de très petites entreprises (TPE).

Dans un tiers des cas, toutes les machines ne sont pas raccordées au dispositif d'aspiration et les contrôles réglementaires des dispositifs de captage et de recyclage ne sont réalisés que dans un quart des établissements. Les machines portatives, en particulier, sont rarement raccordées à un système d'aspiration, qu'il soit centralisé ou non : 23,3% des cas.

De plus, un tiers des établissements, lorsqu'ils ont recours à des protections individuelles, utilisent des protections respiratoires inadaptées aux forts taux d'empoussièrement rencontrés, en particulier lors des opérations de nettoyage.

La valeur limite n'est pas contrôlée

La réglementation européenne impose, depuis juillet 2005, une valeur limite d'exposition professionnelle (Vlep), pour les poussières de bois, de 5mg/m3. Le contrôle de cette réglementation n'est pratiquement pas effectué, seulement par 14,5% des entreprises. Et, lorsqu'elle est faite, une proportion importante de résultats supérieurs à la Vlep sont constatés (dans 60% des cas).

Les fiches d'exposition sont presque inexistantes

Enfin, « les dispositions réglementaires concernant la traçabilité des expositions sont également très peu appliquées », relève l'enquête. La liste des salariés exposés est effectuée dans seulement 19% des établissements, la fiche d'entreprise réalisée dans un peu plus d'un tiers d'entre eux et l'attestation d'exposition remise dans moins de 5% des cas ! Autant dire pratiquement jamais.

Il est vraiment temps de s'attaquer sérieusement à cette question de la traçabilité des risques, si l'on veut pouvoir influer sur la prise en charge et la prévention des cancers professionnels.

Quant aux poussières de bois, l'Insitut national de recherche et sécurité (Inrs) leur avait consacré un colloque international, en octobre 2006, à Strasbourg. Cette enquête démontre que l'institut national avait été inspiré en lançant cette initiative sur un risque professionnel assez répandu mais largement ignoré et méconnu, sans doute à tous les niveaux (employeurs comme salariés. Comme il l'est aussi en programmant, pour novembre prochain1, trois jours de réflexions et de débats sur les cancers professionnels en général.

A visiter
- Ministère du travail www.travail-solidarite.gouv.fr

- Ministère de l'Agriculture : www.agriculture.gouv.fr

- Ameli risquesprofessionnels.ameli.fr

- Enquête Inrs, téléchargeable sur www.inrs.fr

- OppBtp : www.oppbtp.fr

- Inrs www.inrs.fr

Lire aussi :

  • 1. A Paris, du 18 au 20 novembre 2009

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