Précarité des chercheurs en colère
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Angline a trente-deux ans. Elle est doctorante, vacataire de l’enseignement supérieur dans une grande université, c’est-à-dire payée à l’heure de cours : « Il est arrivé que l’on m’appelle le lundi soir pour assurer un TD (cours de travaux dirigés) le lendemain matin, sans aucune préparation, ou qu’après m’avoir demandé de faire cours à un amphi de 250 personnes on annule la veille, alors que j’avais préparé mon intervention toute la semaine. Nous ne savons jamais à qui nous ferons cours, sur quel sujet, à quel moment, ni bien sûr quand nous serons payés. Il faut en général plusieurs mois pour obtenir le règlement. »
Aurélie a trente-trois ans, bac plus cinq. Elle est contractuelle comme ingénieure en sciences humaines dans les universités. « Chaque 1er septembre, on réunit tous les vacataires dans un grand amphi et on nous distribue les contrats à signer, explique-t-elle. Parfois, il s’agit de trois mois sur un site, puis quatre sur un autre… Souvent, les Cdd ont dix mois. L’été, on ne travaille pas, alors nous ne sommes pas payés. » Angline et Aurélie font partie des 50 000 chercheurs et salariés précaires de la recherche et de l’enseignement supérieur, ces invisibles de la fonction publique.
Au printemps 2009, une équipe de chercheurs du Cnrs décide de lancer une enquête sur les salariés précaires des grands instituts de recherche (Inserm, Inra, Ird…) et de l’enseignement supérieur. « En seulement deux jours, nous avons reçu 1 000 réponses… 4 500 en une semaine, constate Charles-Antoine Arnaud, statisticien au Cnrs. Cela montre la réalité de la situation. »
Les chiffres sont accablants. La précarisation est en pleine explosion ces dernières années. 23 % des chercheurs auraient des contrats non permanents. Entre 2006 et 2008, au Cnrs, alors que la part du personnel dit « permanent » n’a cessé de baisser, celle des Cdd a augmenté de 15,5 %. Ce n’est pas mieux du côté des enseignants : 18 795 d’entre eux, sur un effectif de 90 096, exerceraient une activité précaire. Mais les techniciens et le personnel administratif seraient aussi concernés. La population des précaires est plutôt jeune, aux environs de la trentaine (33 ans pour les chercheurs), et 60 % seraient des femmes. Côté chercheurs, les plus fragiles se trouveraient dans les sciences humaines et sociales. Quant aux enseignants de ces matières à l’université, 36 % toucheraient moins de 1 250 euros. Pis, certains professeurs ou chercheurs travailleraient en toute illégalité : missions en échange de paiement en nature (livres, ordinateurs, prête-nom sur certains travaux).
Ces chiffres risquent encore d’augmenter avec l’autonomie des universités.
Aussi, 19 organisations syndicales, représentant les métiers de la recherche et de l’enseignement, exigent la création de postes statutaires et la titularisation des précaires de longue durée.
[01.03.10]
Anne-Marie Thomazeau
Chercheurs en colère, site Internet :
www.precarite-esr.org