Santé

Prescrire : pas de "Pilule d’Or" faute d’innovation thérapeutique

Cette année, la revue indépendante Prescrire n’a pas décerné de “Pilule d’or”, comme elle le fait tous les ans, pour récompenser les firmes pharmaceutiques ayant commercialisé de nouveaux médicaments qui ont fait progresser un traitement.
“En 2011, aucun médicament n’a apporté un progrès décisif pour les patients. C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire de Prescrire depuis 1981, souligne son directeur, Bruno Toussaint. Pourtant, les règles de notre palmarès n’ont pas changé, c’est la réalité qui a changé. Le système actuel du médicament est à bout de souffle, il va falloir que ça change”.
Pour Prescrire, si l’innovation thérapeutique est en panne, c’est notamment que les procédures d’autorisation de mise sur le marché sont insuffisantes. Dans les essais cliniques, un nouveau médicament doit seulement faire mieux qu’un placebo, alors qu’il devrait être plus efficace qu’un médicament de référence dans le même domaine. Résultat par exemple, en 2009, sur 109 nouveaux médicaments analysés par la revue, 3 apportaient un léger mieux, 76 n’apportaient rien de nouveau par rapport à ce qui était déjà sur le marché et 19 avaient plus d’effets indésirables.
“Rien n’encourage l’innovation, explique Marc-André Gagnon, professeur adjoint en politiques publiques à l’université Carleton (Canada) et chercheur en éthique à Harvard (Etats-Unis). En revanche, les grosses firmes dépensent deux fois plus d’argent pour la promotion de leurs médicaments, qui ne sont bien souvent que l’extension de gammes déjà existantes et sans avancée thérapeutique”.

Des profits pour les firmes, pas pour les patients
Mais si l’innovation est à la traîne depuis les années 90, l’industrie pharmaceutique, elle, se porte bien. “Une quinzaine de firmes contrôlent les deux tiers du marché mondial du médicament et leurs profits ne cessent de croître. Le modèle est donc très rentable”, affirme Marc-André Gagnon. Un modèle basé sur la recherche de médicaments les plus lucratifs possibles, destiné aux populations des pays riches et tourné vers les maladies chroniques.
Un modèle basé aussi sur l’influence des pratiques médicales. En France, les laboratoires investissent 25 000 euros par médecin chaque année pour promouvoir leurs produits via les visiteurs médicaux et autres. Aux Etats-Unis, c’est 61 000 dollars.
“La recherche clinique est organisée comme de véritables campagnes promotionnelles visant à produire des arguments de vente pour les produits plutôt que de permettre l’obtention de données scientifiques fiables, déclare Marc-André Gagnon. Trois stratégies sont développées : la multiplication de la publication d’études favorables à un médicament, la rétention d’informations pouvant nuire aux ventes, l’intimidation, voire la neutralisation, de chercheurs indépendants”.
Ainsi, pour mettre sur le marché un nouvel antidépresseur, inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine, type Prozac, 74 essais cliniques ont été réalisés ; 38 étaient favorables, 36 défavorables. Tous ceux qui avaient des résultats positifs ont été publiés, seules 8 des études qui avaient des résultats négatifs l’ont été parmi lesquelles 5 ont vu leurs conclusions se transformer en faveur du produit... Pour Marc-André Gagnon, “c’est comme ça que l’on gagne des parts de marché”.
Dans le même temps, un tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès aux médicaments les plus utiles.

 

-  [26.01.12]   Brigitte Bègue

envoyer l'article par mail     

 

Décryptage

Y a-t-il des aliments anticancer  ?

Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs. Les livres sur (...)  [02.01.12] • Réagir

Tous les décryptages

à lire sur le même thème

Médicaments

 L’Office d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux manque de moyens, estime le Ciss

Les associations membres du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss) s’inquiètent des menaces (...)  [21.02.12]

 Hépatite C : l’agence sanitaire engage les patients sous ViraféronPeg à se rapprocher de leur médecin

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) se prononce enfin sur (...)  [10.02.12]

 Alzheimer : un médicament restaure les fonctions cérébrales atteintes chez les souris

Un médicament utilisé dans le traitement de cancers rares, le béxarotène, restaure – chez la souris (...)  [10.02.12]

 Hépatite C : alerte sur le dysfonctionnement du stylo injectant le ViraféronPeg

Libération rapporte dans son édition de ce jour, que le “stylo” permettant d’injecter le (...)  [08.02.12]

 Le marché du générique est en baisse

Le marché du générique a baissé de 3 % en 2011 pour la première fois, douze ans après leur arrivée (...)  [07.02.12]

Appel à témoins

Les fiches

 Fiches santé

 Fiches droits

 Fiches alimentation