Santé / Qui pourra encore se soigner ?

Priorité aux malades qui le méritent  !

Et si, demain, pour qu’un patient soit pris en charge, on exigeait qu’il ne boive pas, ne fume pas, qu’il fasse du sport et mange équilibré… Inimaginable ? Pas sûr.

En juillet  2009, à Londres, Gary est mort d’une cirrhose foudroyante. Il avait vingt-deux ans. Les médecins venaient de lui refuser la greffe du foie qui lui aurait permis de survivre.
Le National Health Service (Nhs), le service public de santé britannique, a justifié cette décision par la pénurie de donneurs. Donner un foie à Gary, tombé dans l’alcool très jeune, c’était en priver un autre malade qui aurait pu en faire un meilleur usage.

Au Royaume-Uni, des alcoo­liques, des fumeurs et des personnes en surpoids se plaignent de discriminations dans l’accès aux soins. En 2005, une ­structure locale du Nhs avait annoncé qu’elle ne prendrait plus en charge les prothèses du ­genou et de la hanche des obèses tant qu’ils n’auraient pas maigri.
Deux ans plus tard, une structure du Nhs sur dix mettait des conditions à ­certaines interventions chirurgicales pour les fumeurs et/ou les obèses, comme l’arrêt de la cigarette pendant plu­sieurs mois ou la perte de poids préalable. Pour les associations de malades, les arguments médicaux (moindres chances de succès, soins postopératoires plus longs…) avancés par les autorités médicales masquent des motifs d’ordre financier.

La logique assurantielle appliquée à la santé 

Rien de tel, actuellement, en France. Mais la maîtrise des dépenses de santé est aussi à l’ordre du jour. Et, avec elle, l’idée d’en appeler à la responsabilité individuelle. «  Nous ne voyons pas comment exonérer le concitoyen lucide d’un mini­mum de participation personnelle dans la prévention de son capital santé   », déclarait le député Ump Dominique Paillé, dans un débat* en 2006.
Pour l’heure, cette « respon­sa­bilisation » s’est traduite par l’instauration de franchises qui pénalisent tous les ­patients. Sans distinction, mais jusqu’à quand  ?
Un internaute sur un forum s’indigne, par exemple, que les cotisations qu’il verse à la Sécurité sociale servent à soigner les fumeurs, lesquels devraient, selon lui, payer au moins un malus pour les risques qu’ils prennent. Une logique purement assurantielle appliquée à la santé  : gros risques-grosses primes et, quand il y a trop de dommages, résiliation du contrat.
Aux Etats-Unis, où les employeurs passent contrat avec des assurances privées pour la couverture de leur personnel, certains imposent déjà des surprimes aux salariés qui fument. A quand l’élargissement à toutes les conduites à risques   : partenaires sexuels multiples, sports extrêmes, etc.  ?
Et, bientôt, quand les tests génétiques signaleront des prédispositions à certaines maladies, la collectivité prendra-t-elle encore en charge l’individu qui, connaissant ses risques de développer une maladie cardio-vasculaire, ne surveillera pas son hypertension ou son taux de cholestérol  ?

 

-  [02.11.09]   Sylvaine Frézel

* Entretiens santé organisés par le laboratoire pharmaceutique Pfizer.

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