Procès AZF : la sous-traitance et l’organisation du travail en cause
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Selon la sociologue de l’Inserm Annie Thébaud-Mony, la sous-traitance par l’entreprise Azf de nombreuses activités -maintenance, entretien etc- a conduit à une sous-traitance des risques industriels. Cette spécialiste de la santé au travail, notamment en milieu industriel et en particulier du nucléaire, est venue témoigner lors du procès de la catastrophe Azf, le 12 mars dernier, à Toulouse, citée par la confédération Cgt.
« La sous-traitance fragilise la sûreté des installations, non pas en termes de qualité des entreprises ni des salariés sous-traitants, mais de la division du travail. L’externalisation de nombreuses tâches, au motif que le donneur d’ordre ne devrait conserver que son cÅ“ur de métier –pour de seules raisons de coûts- conduit à une perte de mémoire collective des installations et d’expérience », explique Annie Thébaud-Mony, détails à l’appui.
Par exemple, ce n’étaient plus des dizaines de personnes qui travaillaient dans les services entretien et manutention…mais des centaines de salariés d’entreprises sous-traitantes différentes. Et comme l’a confirmé un autre témoin cité, Philippe Saunier, élu Cgt au Chsct [1]du groupe Total, travaillant sur le site de Petrochimicals à Gonfreville (Haute-Normandie) : les sous-traitants ne disposent pas des mêmes informations, des mêmes formations, des mêmes équipements de protection individuelle, ni des mêmes conventions collectives que les salariés permanents…générant de mauvaises relations entre les deux « groupes », un climat malsain.
Deux poids, deux mesures
« Il y a deux poids, deux mesures », estime Philippe Saunier : autrement dit des salariés de seconde zone, qui ne sont quasiment jamais représentés dans les Chsct élargis !
« Chez les salariés de la sous-traitance, tout est en mode dégradé. C’est un problème structurel et tout le monde le reconnaît », insiste de son côté la sociologue. Selon elle, les contrôles effectués par la Direction régionale de l’industrie, la recherche et de l’environnement (Drire) portent d’avantage sur la sécurité environnementale que sur celle des salariés.
« Certes, il y avait des contrôles techniques, mais ensuite il y a le collectif de travail, les conditions réelles de travail…que les salariés sous-traitants d’Azf ne sont pas là (au procès) pour décrire ! ». Par exemple, la remontée d’informations, de problèmes quelconques étaient très compliquée du fait de cette division du travail. Les intérimaires ne sont pas toujours présents, changent, et sont isolés dans leurs tâches. Les permanents se méfient d’eux.
Selon Annie Thébaud-Mony, la CGT d’Azf avait déjà interpellé six mois plus tôt la direction en Chsct lors d’un incident. Il y avait bien eu une enquête du Chsct au niveau du donneur d’ordre…mais pas des 25 sous-traitants concernés ce jour-là ! Philippe Saunier a d’ailleurs prouvé, chiffres de son entreprise à l’appui, que les accidents, notamment graves et mortels, sont nettement plus fréquents chez les salariés sous-traitants et intérimaires que permanents.
[19.03.09]
Karine Pollet
[1] Chsct = Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.