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Coincés entre attentes des parents, débordements des élèves, aspirations à transmettre un savoir de qualité et une hiérarchie pas toujours à l’écoute, les enseignants trinquent. Pourtant l’Education nationale ignore encore trop souvent la notion de santé au travail.

« De réforme en réforme – et avec la dernière en particulier –, nous avons le sentiment que la pédagogie n’est plus essentielle. Nous nous sentons coincés entre les exigences de l’Education nationale et notre propre conception de l’enseignement   : ce que l’on nous demande d’appliquer n’est pas fait pour aider les gamins.  » Ce sentiment exprimé par Odile, institutrice en primaire, n’est pas nouveau. Une étude réalisée en 2004 pour le ministère de l’Education nationale auprès de 1 000 enseignants de collèges et de lycées montrait que «   91  % ont le sentiment d’un malaise dans leur profession et 60  % se sentent personnellement concernés  ». Principales raisons avancées  : l’absence de prise en compte des difficultés concrètes du métier (66  %), la dégradation de l’image des enseignants dans la société (58  %) et, enfin, le sentiment d’impuissance face à l’idéal de réussite des élèves (46  %).
En 2005, une enquête menée par le Snes-Fsu auprès de 2 200 enseignants du secondaire révélait que près de la moitié se disaient «  fatigués  » par leur rythme de travail et par le bruit. 17 % déclaraient avoir «  en permanence du mal à récupérer physiquement après une journée de travail  ».

Sujet tabou

Si l’Education nationale (EN) est le premier employeur du pays, «  il y manque une culture de santé au travail  », affirme Frédéric Dayma, qui siège – au titre du Snuipp (syndicat des instituteurs, adhérent à la Fsu) – au comité central d’hygiène et de sécurité de l’enseignement scolaire. C’est au sein de ce comité national que l’on traite des questions de santé. Il existe aussi des comités dans les académies et les départements. Mais, relève-t-il, «  on y parle parfois davantage de la santé des élèves que de celle des enseignants   ».
Du ministère aux syndicats, on constate que le mal-être au travail est encore souvent tabou. Les enseignants eux-mêmes n’en discutent pas ouvertement. Après l’évocation dans la presse, cet été, d’un absentéisme des maîtres supposé excessif, le ministère n’a pas intégré le vécu, parfois douloureux, des instituteurs. Ce phénomène d’absentéisme «  n’est pas envisagé comme un indicateur de mal-être au travail  », nous a-t-on répondu au ministère de l’Education. Les absences seraient essentiellement dues à des congés de maternité et de formation. Une donnée que contredit le rapport sur le stress au travail des enseignants établi, en octobre 2007, par le Comité syndical européen de l’éducation (Csee, Comité syndical européen, www.csee-etuce.org). Les syndicats de différents pays de l’Union européenne ayant répondu à l’enquête du Csee relèvent deux principaux indicateurs de stress  : syndrome d’épuisement professionnel (ou dépression) en premier lieu, puis absentéisme élevé et maladie.

Usure morale

Depuis un an, les conditions de travail font l’objet de négociations. Daniel Rallet, de l’institut de recherches de la Fsu, souligne «  la très grande misère de la médecine dans l’EN. Un médecin de prévention pour 18 000 salariés  ! ». Il estime qu’« études et réseaux de soutien ne constituent pas une politique efficace de santé au travail   ». Pour «  tenir  » devant des jeunes de plus en plus incisifs, parfois violents, pour faire face à des parents – surtout en maternelle et en primaire – volontiers intrusifs et à une hiérarchie pas toujours solidaire, que faire  ? Recréer du collectif, suggèrent Françoise Lantheaume et Christophe Hélou, chercheurs à l’université Lyon II (Inrp [1]), auteurs de la Souffrance des enseignants (2), qui estiment que les difficultés exprimées par les enseignants «  vont de pair avec une impuissance à agir  » et sont caractérisées par «   l’usure morale, le sentiment d’échec et d’inutilité sociale  ».
(1) Institut national de recherche pédagogique.
(2) Ed. Puf, 2008, 15 euros.

[01.09.09]

- Anne-Marie Boulet

7 000 : c’est le nombre de salariés de l’Education nationale ayant eu recours, au cours de l’année scolaire 2007-2008, aux réseaux d’aide gérés par la Mgen. Soit plus du double de l’année précédente.

La Mgen crée des réseaux d’aide aux enseignants en difficulté

Depuis 2003, la Mutuelle générale de l’Education nationale (Mgen) signe annuellement des accords-cadres avec le ministère afin d’apporter une réponse partagée au personnel de l’Education nationale en difficulté. Des réseaux académiques de prévention, d’aide et de suivi (réseaux Pas) du personnel fragilisé se sont ainsi progressivement mis en place depuis cette date, parfois avant, comme en Ile-de-France (convention dès 1998). Le principe  : l’Etat alloue une certaine somme (cette année 840 000 euros), la Mgen s’engage pour au moins autant, et elle gère les réseaux. Ces réseaux ne s’adressent pas seulement aux personnes souffrant de stress, qui constituent une part non négligeable de leur clientèle. Reçus dans les espaces d’accueil et d’écoute (Eae), les enseignants peuvent rencontrer un psychologue du travail ou bien clinicien. «  Nous ne nous substituons pas à l’existant en matière de soins, précise Eric Chenut, coordinateur des réseaux Pas pour la Mgen. Nous sommes complémentaires. Un diagnostic – que l’on souhaite partagé – est établi pour chaque département. A partir de là, et tenant compte des suggestions de nos adhérents, nous décidons quel type de structure va voir le jour.  » Une grande partie du territoire (Dom-Tom compris) est couverte par ces réseaux. Cette année, ils s’ouvrent au personnel de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi qu’aux retraités.

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