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Prudence de rigueur sur les pistes de ski

Un code de bonne conduite reconnu, un balisage adopté par toutes les stations, une signalisation revue... les domaines skiables se veulent de plus en plus sûrs. Reste aux amateurs de glisse à devenir responsables. L’an dernier, sur les pistes, 46 000 personnes ont été blessées et 41 sont décédées.

« Eclatez-vous sans vous fracasser ! », lance Jean-Luc Crétier. Depuis trois ans, le champion olympique 1998 de descente à ski multiplie ses participations à des campagnes de prévention « pour que la montagne reste un plaisir ». Non sans raisons.
Dans le domaine skiable français, les services de secours sur piste ont dénombré 46 000 blessés et 41 décès entre le 1er décembre 2001 et le 31 mai 2002. De son côté, durant la même période, l’association des Médecins de montagne a reçu en consultation 135 000 personnes. Les médecins estiment le nombre d’accidents à 2,5 pour 1 000 journées de pratique. Un lourd bilan.
« Avec l’essor du ski au début des années 1960, et malgré des solutions techniques innovantes, les problèmes de cohabitation entre skieurs se sont rapidement développés sur des pistes très fréquentées », rappelle Jean-Louis Tuaillon, responsable de la sécurité à la station des Arcs.
Principales blessures : les entorses du genou, dont souffraient 36 % des blessés reçus par les médecins de montagne l’an dernier. Près d’une entorse sur deux résulte de la rupture du ligament croisé antérieur (Lca), laquelle nécessite une intervention chirurgicale et une longue période de rééducation. Le coût total du traitement de ces blessures a été évalué à plus de 200 millions d’euros par an.
On connaît pourtant la cause de ces accidents : près d’une entorse du genou sur deux (43 %) est due à un mauvais réglage des fixations du ski. D’où l’intérêt des campagnes de prévention.

Une réglementation mise en place dès les années 1960
Certaines sont particulièrement efficaces. Comme celle lancée il y a huit ans par les Médecins de montagne et la Commission de sécurité des consommateurs (Csc) sur le port du casque pour les plus petits. Aujourd’hui, plus d’un enfant sur deux skie casqué et, comme le souligne le docteur Laporte, médecin à la station des Angles, « le taux de traumatismes crâniens chez les enfants accidentés sur les pistes est passé de 15 % en 1993 à 2 % en 2002 ».
Synonymes de vacances, de détente et de liberté, les vastes espaces enneigés n’ont cessé, au fil des ans, de faire l’objet de nouvelles mesures en matière d’aménagement et de réglementation. Dès 1956, la Fédération internationale de ski (Fis) publie le Code de conduite du skieur de descente, qui donne la priorité au skieur aval. Un code qui connaît un destin différent suivant les pays : en France, le skieur est invité à le respecter, en Suisse et en Allemagne, il fait office de loi et les infractions sont sanctionnées. A la même époque, le ministère de l’Intérieur instaure un certain nombre de mesures de sécurité, comme le balisage des pistes à l’aide de couleurs (vert, bleu, rouge et noir) en fonction de leur difficulté. En 2001, la Csc s’attaquait à la normalisation du balisage et de la signalisation dans l’ensemble du domaine skiable français.
Le cadre réglementaire est posé. Reste aux skieurs à ne pas sous-estimer les risques naturels. C’est ce sur quoi insistent depuis quelques années les professionnels de la montagne. Depuis l’an dernier, l’Ecole de ski français (Esf) distribue à ses élèves des guides sur le thème « La montagne, ça s’apprend ». Dorénavant, les épreuves pour l’obtention des flocons et étoiles comportent des questions sur la sécurité.
Depuis deux saisons, la Csc édite, elle aussi, un guide. Intitulé Mémento sécurité, il rappelle en 14 pages les principes de base pour qu’un séjour à la montagne ne soit pas gâché par un accident. Ces deux guides réservent plusieurs pages au free ride, autrement dit la glisse en dehors des pistes balisées.

« Les skieurs de randonnée sont plus responsables »
Sur les 41 décès survenus l’an dernier en montagne, 33 étaient dus à la pratique du hors-piste, bien souvent à seulement quelques centaines de mètres des pistes balisées. « Ce chiffre n’a pas progressé depuis les années 1970 », remarque Frédéric Jarry, de l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena). La raison ? « J’ose espérer, poursuit-il, que la prévention et la prise de conscience en sont l’explication. Et puis, les skieurs de randonnée sont sans doute plus responsables et mieux équipés qu’avant. » Ce qui ne semble pas être le cas des adeptes de la glisse et des grands frissons.
« D’ailleurs, remarque Jean-Pierre Bazet, guide de haute montagne, ce n’est pas pour rien que la réglementation de l’information sur les risques d’avalanche a changé. Avant, le drapeau était noir de décembre à avril, et toute pratique du hors-piste interdite. Aujourd’hui, il existe trois drapeaux, correspondant à trois degrés de danger. Il faut abandonner le “ non ” systématique quand un skieur vous demande si les conditions sont bonnes pour s’écarter des pistes. Sinon, ils finissent par ne plus vous questionner et font n’importe quoi. »
Aux Deux-Alpes, on a bien compris cette évolution. Les adeptes du free ride sont sensibilisés au free respect. L’idée en revient à un guide, Norbert Apicella. « Le free respect, c’est offrir une solution alternative à l’interdiction du hors-piste. C’est une occasion pour chacun d’agir en conscience et en responsabilité... », affirme celui-ci.

Soirée d’information, mise en pratique le lendemain
Depuis deux ans, des démonstrations de free ride sont présentées et les principes de sécurité exposés aux skieurs. Cette année, chaque semaine durant toute la saison, une soirée d’information est proposée à tous et, le lendemain, une mise en pratique sur les pistes. Le tout est gratuit.
« On y explique l’utilité de l’Arva (appareil de recherche des victimes d’avalanche), l’intérêt de discuter avec les professionnels de la montagne sur les conditions météorologiques, mais on amène surtout les participants à se poser des questions avant de partir », reconnaît Mikaël Jacquet, responsable des animations de la station. « C’est une manière de rappeler l’existence des professionnels de la sécurité et leur utilité », poursuit Gilles Vanheule, directeur de l’office du tourisme de la station.
Pour Norbert Apicella, qui a établi une charte du free respect, l’esprit consiste à « être en recherche permanente de connaissances théoriques et pratiques pour avoir le comportement le plus adapté à la situation hors des pistes... C’est connaître la montagne, mais aussi ses propres limites ». Un travail de responsabilisation de longue haleine. Mais le guide se dit rassuré en notant que la jeune génération « semble naturellement plus responsable que ne le furent ses aînés ».
Jean-Pierre Bazet se souvient qu’il y a une dizaine d’années « le discours était : “ Lâchez-vous à la recherche des sensations les meilleures ”. C’est tout juste si on ne conseillait pas de surfer sur les avalanches ». S’il reconnaît qu’il est « quelque peu optimiste de compter sur la responsabilisation de chacun », l’inventeur du free respect table sur l’évolution des mentalités. Déjà d’autres stations sont intéressées par cette nouvelle forme de sensibilisation des skieurs à la sécurité.

 

-  [07.02.03]   François Fillon

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