mercredi 23 mai 2012
Pourquoi les mauvais traitements, les maladies du cerveau, les deuils détruisent-ils certaines personnes âgées alors que d’autres résistent à des événements comparables ? C’est ce qu’étudient plusieurs équipes médicales de la Région, qui ont créé le groupe de recherche « Vieillissement et résilience ».
Enfants battus, abandonnés... On sait que de nombreux enfants cabossés par la vie parviennent à se développer et à mener malgré tout une vie sociale et affective normale. A travers des ouvrages et des colloques, le Dr Boris Cyrulnik, neuropsychiatre à l’hôpital de Toulon, décrit depuis plusieurs années cette capacité, désormais appelée « résilience », par emprunt à un terme de la physique.
Le Dr Antoine Lejeune, neurologue à Aix, s’est interrogé sur la faculté des personnes âgées à faire preuve, elles aussi, de résilience. Ces deux médecins ont partagé leur réflexion avec des chercheurs de différents horizons et créé, il y a deux ans, un groupe de travail intitulé « Vieillissement et résilience ».
Le cerveau du chien pour modèle
Parmi la vingtaine de personnes qui composent ce groupe, une majorité exerce en Paca et en Languedoc-Roussillon. On y compte des psychiatres, des neurologues, des biologistes, des linguistes et aussi des vétérinaires. Ainsi, à Toulon, Claude Beata, vétérinaire comportementaliste, étudie plus particulièrement le « vieux chien domestique », tel qu’il le rencontre quotidiennement parmi les animaux qu’il soigne.
Le cerveau du chien vieillit en effet de façon comparable à celui de l’homme, l’animal pouvant être atteint de troubles allant jusqu’à la démence. Ces chiens domestiques peuvent, eux aussi, être résilients, et donc servir de terrain d’étude pour mieux comprendre les mécanismes permettant cette résistance des personnes âgées aux pires coups de la vie.
Le Dr Antoine Lejeune étudie surtout, pour sa part, la résilience chez les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, affection qui, en moyenne, entraîne le décès en huit ou dix ans : « Pourquoi certains de ces patients peuvent-ils vivre plus d’une dizaine d’années dans de bonnes conditions alors que d’autres en meurent en deux ou trois ans ? » Les lésions neurologiques n’expliquant pas ces différences, il semblerait que ce soit, comme chez les enfants résilients, le lien affectif qui donne à ces personnes la capacité de « mieux s’en sortir ». Aussi plaide-t-il pour la constitution de « triangles de l’espoir » composés du malade, du soignant principal (médecin, infirmière ou psychologue) et d’un « aidant principal » qui connaisse bien la personne âgée et son histoire.
Une continuité de soins et de communication s’établit alors entre ces trois partenaires, et le patient, même s’il perd la mémoire ou est encore enfermé dans son silence, ne se sent plus isolé. En échangeant leurs informations, les deux partenaires « valides » du triangle peuvent mieux s’adresser au malade, en faire « jaillir des étincelles » d’intérêt, solliciter sa mémoire à long terme et lui restituer ainsi sa personnalité.
[17.11.03]
Françoise Cordier
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