Société

Quand les psys viennent aux jeunes

Beaucoup d’adolescents en souffrance ne vont pas consulter un médecin. Soit parce qu’ils s’enferment dans leur isolement, soit parce qu’ils ne savent pas où s’adresser, soit enfin parce que les délais d’attentes pour obtenir un rendez-vous – parfois huit mois dans un centre médico psychologique – sont trop longs.
La création des maisons des adolescents qui regroupent en un seul lieu pédiatre, psys, assistantes sociales, planning familial... a certes représenté un progrès mais on le sait aujourd’hui, les adolescents les plus en souffrance font rarement la démarche de pousser la porte de ces établissements.
Aussi, des pédopsychiatres ont eut l’idée de nouvelles formes d’intervention : des équipes mobiles composées de pédiatres, psychiatres, assistantes sociales ou éducateurs qui vont à la rencontre des jeunes.

Des bus psys à la rencontre des jeunes

Il en existe aujourd’hui trois en France, à Lille, Le Havre et à Rennes. Pour Vincent Garcin, responsable du pôle de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de Lille : « culturellement c’est une révolution. Nous inversons le processus d’accès au soins. Puisque les adolescents ne viennent pas à nous, ce sont nos équipes qui vont à eux. Plus tôt les adolescents en difficulté sont repérés, plus nous intervenons précocement, plus nous pouvons éviter les crises grave ». A Rennes, l’équipe mobile travaille principalement avec le milieu scolaire : « Les enseignants sont en première ligne pour repérer un adolescent qui perd pied, explique Sylvie Tordjman, professeur de pédopsychiatrie à l’Université de Rennes, par exemple s’ils assistent à un changement brutal de son comportement ou constatent un désintéret pour ce qu’il aimait avant, il peut s’agir d’un début de dépression ».
L’absentéïsme scolaire ou les conduites d’agressions, verbales sont toujours un signe de souffrance. « Il faut aussi se méfier des élèves qui passent leur temps à faire les clowns » alerte la psychiatre.
Les enseignants par le biais de l’infirmière scolaire incitent les familles à contacter l’équipe mobile qui peut se déplacer à l’infirmerie du collège ou chez l’adolescent : « Si les familles ne souhaitent pas nous ouvrir la porte de leur domicile, la consultation a lieu dans notre camping car aménagé », explique Sylvie Tordjman. A Lille, Le docteur Vincent Garçin, lui, travaille essentiellement avec le corps médical : « nous sommes contactés par des services d’urgence des hôpitaux, suite à une tentative de suicide, par exemple. Nous sommes aussi en liaison avec les médecins généralistes ». Pour les 350 médecins du secteur sur lequel l’équipe mobile de Lille intervient, la mise en place d’un tel service a été un soulagement ; « beaucoup de médecins ne savaient pas à qui adresser les ados en souffrance, l’équipe mobile les a rassuré ».
Une enquête de Marie Choquet, chercheuse à l’Inserm le confirme : 80 % des adolescents ayant fait une tentative de suicide avaient contacté un médecin dans les mois précédents leur TS mais n’avaient pas été orientés.

Les équipes mobiles interviennent dans les 48 heures. Elles n’ont pas vocation aux soins mais à évaluer la situation et à inciter les ados à consulter en leur proposant un suivi dans un service spécialisé : maison des adolescents, hôpitaux, Cmp....« on ne les lâche pas dans la nature tant qu’ils n’ont pas décidé de consulter », explique Vincent Garçin. « On ne peut pas les obliger. Mais l’expérience et l’engagement fait qu’on arrive à les convaincre. Souvent la demande d’aide est là mais ils ne savent pas l’exprimer ».
Pour Sylvie Tordjmann : « Dire à un ado qui a une mauvaise estime de lui même que l’on est inquiet pour lui, que l’on ne peut pas le laisser tomber parce qu’il en vaut la peine est très mobilisateur pour le jeune ». Et les résultats sont là entre 92 et 96 % acceptent d’aller consulter.

Derrière l’ado, une famille en difficulté.

Derrière la souffrance d’un adolescent se cache souvent une détresse des adultes : « on découvre de drôles de choses, explique Sylvie Tordjman : abus sexuels, deuils non faits, secrets de familles, parents mourant... L’ado est souvent une porte d’entrée qui ouvre à toute une famille en souffrance ».
Aussi, les équipes mobiles proposent souvent des thérapies à toute la famille.

Ces équipes mobiles devraient dans les prochaines années être amenées à se développer. C’est un projet que soutient activent Dominique Versini, la Défenseure des enfants : « Pendant des années on a tout fait pour que les ados n’accèdent pas aux soins. la pédiatrie et la pédopsychiatrie s’arrêtaient à 16 ans », s’indigne Vincent Garçin.
Résultat 900 000 ados en souffrance et 40 000 tentatives de suicide chaque année : « quand on parle d’un ado difficile c’est toujours pour se demander ce que l’on va en faire. Et on en fait des réunions pour çà alors qu’il faudrait plutôt se demander ce qui n’a pas été fait pour que l’on en arrive là. Voilà pourquoi nous demandons une organisation systématique et précoce de santé publique, dont les équipes mobiles sont un des maillons ».

Les équipes mobiles en Congrès.

Pour présenter leur expérience et susciter de nouvelles créations, les équipes mobiles se réuniront en Congrès à Lille, le 27 et 28 mars 2008 autour du thème : des perspectives nouvelles pour les adolescents.

 

-  [18.03.08]   Anne-Marie Thomazeau

Renseignements : www.psy-enfant-ado.com

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