mercredi 23 mai 2012
Célibataires, homosexuels, auront-ils droit à l’aide médicale à la procréation ?
Contrairement à l’Espagne, à la Belgique ou aux Pays-Bas, en France, l’aide médicale à la procréation (Amp) est réservée aux couples mariés ou aux concubins de sexe différent justifiant de deux ans de vie commune.
Pour les célibataires ou les couples homosexuels, le recours à la procréation médicalement assistée est impossible. Nombreux sont ceux qui vont chercher à Bilbao ou à Bruxelles ce que la loi française ne les autorise pas à faire. On appelle « bébés Thalys » les enfants issus d’un voyage en Belgique.
Aujourd’hui, alors que le célibat ne cesse de se développer et que 200 000 enfants vivent en France dans des familles homoparentales, peut-on continuer à refuser les progrès de la science à des catégories entières de population ?
Les députés, dans leur rapport, sont favorables à l’élargissement de l’Amp, invoquant le fait que les célibataires et les couples homosexuels ont déjà le droit d’adopter.
Faut-il rémunérer le don d’ovocytes ?
Le don d’ovocytes permet aux couples infertiles, lorsque la femme souffre d’une insuffisance ovarienne, de bénéficier d’un transfert d’embryon(s) conçu(s) in vitro avec l’ovocyte d’une donneuse et le spermatozoïde du conjoint.
En 2004, 288 transferts d’embryons ont été réalisés pour 48 naissances. Un chiffre très faible. De nombreux Français doivent se tourner vers les pays où le don d’ovocytes est rémunéré.
La notion de solidarité et de gratuité du don est un des grands principes français.
Si la remise en cause de la gratuité n’est pas à l’ordre du jour pour le don de sang, d’organes ou de sperme, en revanche, la question est posée pour le don d’ovocytes.
Pour le professeur René Frydman, chef du service de gynécologie obstétrique à l’hôpital Antoine-Béclère, dans l’avenir, de plus en plus de femmes demanderont à avoir recours au don d’ovocytes.
Or, la gratuité a pour conséquence une très faible pratique du don.
Car pour la donneuse, le traitement est lourd. Il dure quinze jours, avec des prises de sang et des échographies. Celle-ci doit ensuite subir une anesthésie, générale ou locale, pour recueillir les ovocytes. Ainsi, le geste de la donneuse, quelle que soit la motivation de cette dernière, « doit être reconnu et récompensé à la hauteur de l’effort qu’il entraîne ».
C’est le cas en Espagne ou en Belgique, où les donneuses sont rémunérées autour de 900 euros.
Pour ne pas tomber dans une forme de commercialisation du corps humain, comme cela se pratique dans certains pays [1], la gestion de la compensation financière versée à la donneuse pourrait être prise en charge par un organisme public comme l’Agence de la biomédecine ou la Sécurité sociale.
« Ce doit être un engagement de solidarité de la société, un témoignage de solidarité, et non une tractation d’ordre privé », estime le Pr Frydman.
Qu’en pense l’Agence de la biomédecine ?
Avant de parler de rémunérer le don d’ovocytes, l’Agence de la biomédecine est favorable à ce que la loi française soit mieux appliquée. « Le don d’ovocytes est lourd, insiste madame Emmanuelle Prada-Bordenave, directrice de l’Agence. Or, dans beaucoup de centres, les donneuses ne sont pas assez bien accueillies. Et puis, il n’est pas normal que des donneuses y soient financièrement de leur poche parce que les frais afférents aux dons sont mal pris en compte. »
[11.12.08]
Anne-Marie Thomazeau
[1] Aux Etats-Unis ou dans les pays de l’Est, dans lesquels on choisit sa donneuse sur fichiers. Plus elle est belle, jeune et possède un bon quotient intellectuel, plus le montant de la transaction est élevé.
Grande cause nationale, journée mondiale… de l’autisme, de la solitude ou encore de la fibromyalgie… Chaque jour ou presque, une cause est mise à l’honneur. Au-delà du coup de projecteur, quelles sont les retombées pour les associations ? A quelques (...) [02.05.12] • Réagir