mercredi 23 mai 2012
Parce qu’il pratique une médecine humaine et accessible à tous, le dr didier poupardin est poursuivi en justice par la sécurité sociale. rencontre avec un irréductible.
Une femme sort d’un immeuble. Nous lui demandons où se trouve la rue Arthur-Rimbaud ?
– Ah ! vous cherchez monsieur Poupardin, le médecin… ?
– Oui.
– C’est la maison là, avec le portail blanc.
Nous sommes à Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne. Dans la cité qui jouxte la maison, tout le monde connaît le Dr Poupardin. Depuis vingt-six ans, ce généraliste soigne les gens du quartier. Il exerce en secteur 1. 60 % de ses patients bénéficient de la Cmu ou de l’aide médicale d’Etat (Ame). Pourtant, cet homme doux, modeste, est considéré comme un hors-la-loi. La caisse primaire d’assurance-maladie (Cpam) du Val-de-Marne l’accuse de lui avoir fait prendre en charge de manière abusive des remboursements de médicaments à 100 %. Le litige porte sur les ordonnances « bizones ». Depuis 1987, les prescriptions concernant les malades atteints de l’une des 30 affections de longue durée (Ald) prévue par la loi sont inscrites sur des ordonnances divisées en deux parties. Sur la partie haute, les médicaments ayant un rapport direct avec l’Ald et qui sont pris en charge à 100 %. Sur la partie basse, ceux qui n’ont pas de lien avec elle et sont donc moins remboursés. Et c’est là que le bât blesse. Pour Didier Poupardin, ces prescriptions dissociées n’ont aucun sens : « Je m’adresse à un patient dans son intégrité, pas à un ensemble d’organes que l’on peut découper. Toutes les maladies ont des retentissements les unes sur les autres… » On lui reproche, par exemple, d’avoir mis dans le cadre du 100 % un anti-infectieux destiné à un malade diabétique. « Certes, l’anti-infectieux ne soigne pas le diabète, mais les médecins savent qu’une infection aggrave le diabète et qu’à l’inverse les diabétiques présentent plus de risques d’infections. »
De plus, dans le quartier du Dr Poupardin, la question de l’accès aux soins et du coût du médicament est réelle. « Ne pas mettre certains médicaments en zone 1, c’est savoir que le patient ne pourra pas les acheter. Or ma préoccupation est que les médicaments soient pris. Voilà pourquoi également je prescris rarement un générique à une vieille personne habituée depuis des années à un médicament. Le changer, et le risque est grand qu’elle se trompe dans ses prises. Soigner, c’est faire du cas par cas… »
Les généralistes sous contrôle
La Cpam du Val-de-Marne le reconnaît. Le Dr Poupardin n’est accusé ni de fraude ni de mauvaise foi. C’est bien sur un désaccord de diagnostic que porte le conflit. Et si les divergences entre généralistes et médecins-conseils de la Sécurité sociale sont fréquentes, depuis quelques années, le Dr Poupardin et ses confrères notent un contrôle de plus en plus drastique de leurs pratiques. « Jusqu’à maintenant, nous recevions des visiteurs médicaux de laboratoires qui voulaient nous vendre leurs médicaments. Aujourd’hui nous recevons aussi des visiteurs médicaux de la Cpam qui viennent nous expliquer comment mieux prescrire (c’est-à-dire moins) lorsque nos ordonnances (trop d’antibiotiques, trop d’examens complémentaires, trop d’arrêts de travail) ne sont pas conformes à la moyenne départementale. »
Il est donc poursuivi pour avoir trop prescrit. « C’est toute la pratique de la médecine qui est visée. Pendant ce temps, la loi ne punit pas les médecins qui, en contradiction avec le serment d’Hippocrate, refusent de soigner les bénéficiaires de la Cmu. »
La Cpam estime que 2 600 euros ont été indûment remboursés à des patients du médecin et exige de ce dernier le paiement d’une amende de 4 000 euros. Elle a également demandé des dommages et intérêts auprès du tribunal des affaires de la Sécurité sociale (Tass) de Créteil. Celui-ci a demandé une expertise pour savoir si les médicaments prescrits relèvent ou non des Ald. « Cet avis sera aussi arbitraire que le mien ou celui du médecin-conseil puisqu’il porte sur un choix thérapeutique, non sur des faits indiscutables. »
Le cas du Dr Poupardin est loin d’être isolé. Pour le seul département du Val-de-Marne, des dizaines de médecins doivent rembourser la Cpam pour prescriptions abusives. Quatre syndicats de médecins, des élus, des patients ont signé la pétition lancée par le Syndicat de la médecine générale, qui déclare : « Comme le Dr Poupardin, nous faisons partie des médecins généralistes qui ne peuvent fermer les yeux quand nos patients ont des difficultés d’accès aux soins ou y renoncent. Nous continuerons à nous considérer en “état de nécessité” quand nous mettrons “remboursables à 100 %” aux médicaments de nos patients qui ne pourront se les payer. Nous savons en effet qu’un patient diabétique qui ne peut acheter ses médicaments pour un ulcère de jambe va voir sa santé s’aggraver. »
[03.12.10]
Anne-Marie Thomazeau
Le blog de soutien : didierpoupardin.wordpress.com
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