Social

Retraite : le gouvernement veut passer son projet en force

Eric Woerth, ministre du Travail a présenté ce matin sa « réforme » des retraites – le document a été envoyé dans le même temps aux organisations syndicales.
Ce document reprend la totalité des pré-annonces gouvernementales distillées au fil des mois. Ce qui confortera l’avis des syndicats qui avaient exprimé leur sentiment que tout était joué d’avance et que les "rendez-vous sociaux" entre gouvernement et partenaires sociaux relevaient de la concertation bidon.

Le texte présenté ce matin par Eric Woerth prévoit un recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018. L’âge légal reculera de 4 mois chaque année. La mesure s’applique au secteur public.
Les agents du secteur public classés « en catégorie active », qui partent actuellement à 50 ou 55 ans (pompiers, policiers...) devront aussi travailler 2 ans de plus. La première étape est prévue dès le 1er juillet 2011.
Les titulaires des régimes spéciaux subiront le même sort mais de manière plus étalée dans le temps, à partir de 2017.

En conséquence, le gouvernement prévoit de reculer de la même durée l’application du taux plein qui permet à un assuré de partir à la retraite sans décote même s’il lui manque des trimestres. Il sera repoussé à 67 ans au lieu de 65 ans aujourd’hui.
La durée de cotisation nécessaire pour partir à taux plein sera portée à 41 ans et demi d’ici 2020, mais le gouvernement ne s’interdit pas, là aussi, de le reculer.

La pénibilité ne serait prise en compte qu’à titre individuel et à condition que le salarié ait une incapacité physique « avérée » d’au moins 20 %. Ce qui devrait réduire à 10 000 personnes environ le nombre des bénéficiaires potentiels.
Cette disposition rendra aussi plus difficile la prise en compte de maladies qui se déclarent tardivement – comme les cancers professionnels –, parfois après la retraite. Individualisée, elle va aussi à l’encontre de toute démarche de la logique de prévention collective sur le lieu de travail.

Le dispositif « carrière longues » qui permet à des salariés ayant démarré leur carrière très tôt de partir plus tôt est maintenu. Une concession d’apparence : les générations qui arrivent à la retraite sont en fait celles qui ont bénéficié de la prolongation de la scolarité à 16 ans – intervenue en 1959. Et une large part de ces salariés ont commencé à travaillé un peu plus tard. La catégorie de ceux partant à 58 ans pour avoir commencé à 14 ans va donc s’éteindre toute seule.

Les salariés du secteur public vont également voir leurs cotisations retraite augmenter nettement : de 7,85 % à 10,55 %, une mesure présentée comme un juste alignement sur le privé mais qui entraînera de fait une baisse des salaires nets pour ces travailleurs.
Le projet gouvernemental supprime également dès 2012 la possibilité de départ anticipé pour les fonctionnaires – essentiellement des femmes – parents de trois enfants après 15 ans de service.

Les prélèvements annoncés sur les plus riches se traduira par un taux de 1 % sur la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. Les prélèvements sur les stock-options et sur les retraites-chapeaux vont être augmentés, comme certaines niches sociales des entreprises.

Selon Eric Woerth, ces prélèvements nouveaux représentent 3,7 milliards seulement. Le seul report de l’âge légal de la retraite des salariés représente 19 milliards d’euros d’économies en 2018.

L’intersyndicale – CFDT, CFTC, CGT, FSU, Solidaires, UNSA – avait anticipé la rigueur de ce plan gouvernemental. Lundi dernier elle publiait un communiqué dans lequel « elle constate que le gouvernement persiste et signe dans son projet injuste sur les retraites ».
Elle y appelait « les salariés du public et du privé, les jeunes et les retraités, les privés d’emploi, à participer massivement aux manifestations organisées dans toute la France » le 24 juin.

 

-  [16.06.10]

La conférence de presse d’Eric Woerth :
www.travail-solidarite.gouv.fr

L’appel de l’Intersyndicale

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