mercredi 23 mai 2012
Les ouvriers - et surtout les ouvriers qualifiés - demeurent la catégorie professionnelle dont la santé est la plus exposée dans le cadre du travail. Tel est le principal enseignement de l’enquête « Surveillance médicale des risques » (Sumer), menée en 2002-2003 auprès de 50 000 salariés.
Le bruit au travail, 1 salarié sur 3 concerné
Près de 7 % des salariés sont exposés à des bruits nocifs, c’est-à-dire qu’ils subissent pendant plus de 20 heures par semaine des bruits dépassant le seuil de 85 décibels, et un salarié sur quatre à la même intensité, mais pendant moins de 20 heures hebdomadaires. Ce sont ceux de l’industrie (métallurgie, filière bois-papier) qui sont les plus touchés (18 %), ainsi que ceux de la construction et de l’agriculture (12 %). Les salariés du tertiaire sont peu exposés (2,7 %), sauf ceux des services opérationnels (agences de travail temporaire) et ceux du « commerce et réparation automobile », plus exposés que la moyenne : respectivement 10,2 et 9,4 %.
La Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) reconnaît qu’il y a dix ans, la question du bruit dans le cadre du travail étant alors moins prioritaire, « le nombre de salariés exposés aux bruits a pu être sous-estimé ».
Produits cancérogènes, 13,5 % des salariés exposés
2 370 000 personnes sont exposées à un ou plusieurs produits cancérogènes. 70 % d’entre
elles sont des ouvriers, et plus particulièrement des ouvriers qualifiés. Les hommes sont quatre fois plus exposés aux cancérogènes que les femmes. Si deux tiers des expositions sont classées niveau faible en intensité, les médecins du travail relèvent cependant qu’une fois sur quatre, au cours de la semaine précédant l’enquête, cette durée d’exposition a été supérieure à 10 heures. Les enquêteurs relèvent aussi que dans 39 % des cas il n’y a aucune protection collective. Cela concerne 23 % des expositions au benzène et 36 % des expositions au trichloréthylène. « Dans l’ensemble, plus du quart de la population exposée à des produits cancérogènes l’est de façon importante, soit du fait d’un long temps d’exposition, soit du fait de l’insuffisance des protections collectives », reconnaît l’enquête. Les produits mutagènes (susceptibles de provoquer des modifications du patrimoine génétique) et reprotoxiques (toxiques pour la reproduction) concerneraient, pour chacune de ces catégories, quelque 180 000 personnes, soit 1 % des salariés du champ étudié. Dans ces groupes de produits, ce sont le chrome et ses dérivés qui sont le plus fréquemment utilisés, avec le benzène et le plomb.
Rythmes de travail, la pénibilité s’accroît
Cela concerne les contraintes liées à l’organisation du travail et celles liées à sa pénibilité physique. Ouvriers et employés sont plus exposés à ce dernier facteur, ainsi que les salariés de la construction et de l’agriculture. Si la durée hebdomadaire de travail a baissé depuis 1994, les contraintes horaires, le contact avec le public s’accroissent. Le recours habituel au travail du samedi augmente pour les ouvriers et employés administratifs, jusqu’ici peu concernés. Le travail du dimanche progresse légèrement (de 19 à 20 %). Celui de nuit concerne 13 % des salariés (+ 1 point). Il continue à se développer dans l’industrie, surtout pour les femmes : chez les ouvrières qualifiées (+ 6 points) et non qualifiées (+ 4 points).
[05.06.06]
Anne-Marie Boulet
lire aussi : Risques professionnels : "L’exposition aux agents infectieux augmente"
C’est la troisième étude de ce type conduite depuis 1987 par le ministère du Travail.
Une autre est en préparation pour 2008. L’enquête 2003 a porté sur quelque 50 000 personnes, représentatives de la population active.
« Elle a mobilisé environ 1 800 médecins du travail (soit plus de 20 % d’entre eux), souligne Nicole Guignon (Dares), contre 1 200 en 1994 », pour la précédente enquête. Le champ des salariés concernés par cette enquête s’est lui aussi élargi. En plus de ceux du régime général et de la Mutualité sociale agricole (Msa), ceux des hôpitaux publics, de La Poste, d’Edf-Gdf, de la Sncf et d’Air France ont été interrogés.
Les résultats de l’étude Sumer 2003 sont consultables et téléchargeables sur les sites suivants :
www.travail.gouv.fr et
www.inrs.fr
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