mercredi 23 mai 2012
Depuis 2008, la rougeole maladie très contagieuse, revient en force en France, ainsi que dans plusieurs pays européens. En 2011, 14 000 déclarations ont été faites entre janvier et juin. Cette recrudescence est d’autant plus grave qu‘elle concerne plus particulièrement les nourrissons avant un an et les adultes. On déplore à ce jour 6 décès depuis le début de l’épidémie.
L’épidémie de rougeole qui sévit actuellement en France concerne les nourrissons mais aussi les adultes nés après 1980. Pourquoi ?
En laissant stagner une couverture vaccinale, on constate de plus en plus de rougeoles d’adolescents et d’adultes. En dépit des campagnes annuelles pour promouvoir la vaccination ROR (rougeole, oreillons, rubéole) depuis 1990, la couverture vaccinale a progressé plus lentement en France depuis 1993. Une deuxième dose de vaccin est nécessaire car 3 à 5 % des nourrissons correctement vaccinés à 13 mois n’ont pas de réponse sérologique.
Depuis près de 20 ans, les sujets non vaccinés et n’ayant pas rencontré la rougeole se sont accumulés, auxquels il faut ajouter les nourrissons vaccinés mais n’ayant pas eu de séroconversion, soit 5 % environ des vaccinés, donc 10 à 20 000 enfants par an.
L’accumulation des sujets susceptibles à la rougeole au cours du temps s’est donc aujourd’hui révélée par une très forte épidémie, prévue depuis longtemps, malgré les efforts de recommandations vaccinales et de rattrapage depuis 2005. Par conséquent, les sujets ont vieilli et l’âge de la rougeole a changé ! En 2010, environ 1 500 personnes atteintes de la rougeole ont été hospitalisées.
Les hospitalisations concernent près de 40% des nourrissons et 50 % des adultes de plus de 30 ans. Les complications affectent 26% des adultes de 20-29 ans et 41 % des adultes de plus de 30 ans.
Ce sont surtout des atteintes pulmonaires graves, plus fréquentes à ces âges et nécessitant souvent la réanimation respiratoire.
Pourquoi le sud de la France est-il le plus touché ?
Depuis le début de la vaccination en France, le sud de la France a connu une couverture vaccinale plus basse qu’au nord. Ainsi la circulation du virus a été entretenue plus fortement dans le sud-est en particulier. Cette mauvaise couverture vaccinale est liée à de multiples facteurs associant méconnaissance du risque, refus vaccinal, peur des effets indésirables.
Quels sont les obstacles à la vaccination contre la rougeole ?
Premier obstacle, une mauvaise connaissance du risque et de la justification de la maladie.
La rougeole a la fausse réputation d’être une maladie bénigne. Le public ignore souvent ses complications les plus graves que sont les encéphalites aiguës et subaiguës (maladie de Van Bogaert ou panencéphalite subaiguë chronique). En France, avant la mise en œuvre d’une vaccination de routine des nourrissons contre la rougeole, plus de 500 000 cas de rougeole survenaient en moyenne chaque année et l’on dénombrait environ 50 encéphalites aiguës et 5 à 10 encéphalites subaiguës par an. Grâce à la réanimation, les décès par encéphalite aiguë sont passés de 30 à 10% mais les séquelles peuvent atteindre 30%. L’encéphalite subaiguë est mortelle pour environ 95% des cas.
Les pneumopathies (broncho-pneumonies) ont bien diminué dans nos pays industrialisés mais demeurent très graves et souvent mortelles dans les pays en développement.
Ces complications graves ont donc justifié la vaccination contre la rougeole.
Deuxième obstacle : le doute.
Le vaccin est efficace : aux États-Unis, entre 1960 et 1979, le nombre de rougeoles déclarées est passé de 441 000 à 13 500, les encéphalites de 300 à 3 et les décès de 380 à 6. Aujourd’hui le nombre de rougeoles autochtones est de zéro.
Troisième obstacle, la suspicion et la peur d’effets indésirables.
Les familles demandent davantage d’information, ce qui n’est pas toujours réalisé et freine la vaccination. En Grande-Bretagne en 1998, des soupçons avaient pesé sur le risque d’autisme engendré par le vaccin, d’où une importante baisse de la vaccination et une poussée épidémique. Depuis les travaux ont démontré qu’il n’ y avait pas de risque mais le mal a été fait ! La publication initiale de ce risque d’autisme a été retirée du journal The Lancet, avec des excuses publiques de ce journal et les auteurs sont en procès.
La conséquence de tous ces freins et obstacles est l’insuffisance de la couverture vaccinale (CV). On sait, depuis la fin des années 80, que l’élimination de la rougeole ne sera possible qu’avec une CV de 95% et une deuxième dose de vaccin. Cette CV exigeante s’explique par la très forte contagiosité du virus de la rougeole, définie par le taux de reproduction de base ou Ro, qui est de 15 à 20, très élevé par rapport à celui de la grippe qui est de 2 à 4. Cette très forte contagiosité, pas assez connue, explique la difficulté à maîtriser la rougeole par une vaccination dont la CV stagne en-dessous des 95 % pour la première dose et 80% pour la deuxième dose.
Le vaccin est-il dangereux ?
Comme après toute vaccination, une réaction locale de courte durée est possible au point d’injection : douleur, rougeur, tuméfaction.
Il s’agit d’un vaccin vivant et une réaction de type mini-rougeole est possible dans 5 à 15% des cas : une fièvre, des taches rouges sur la peau, un écoulement nasal 7 à 12 jours après la vaccination. La fièvre très élevée est rare.
Des cas de purpuras (baisse transitoire des plaquettes sanguines) sont bien connus et observés 1 fois sur 100 000 environ. Leur évolution est bénigne.
La surveillance post vaccinale aux États-Unis a éliminé un risque d’encéphalite due au vaccin. Sur 313 millions de doses le risque est de 1 pour 2 millions de doses, inférieur aux cas observés chez le nourrisson non vacciné.
Enfin il n’ y a pas de relation entre ce vaccin et l’autisme.
Lire aussi Rougeole : pensez à vous faire vacciner !
[20.10.11]
Marilyn Perioli
La vaccination, les chiffres, les complications. Tout savoir sur la rougeole
Données mondiales sur la rougeole sur le site de l’Organisation mondiale de la santé
Des cas de tuberculose sont apparus en France, pensez-vous que c’est parce que le vaccin n’est plus obligatoire depuis 2007 ?
Le BCG est maintenant fortement recommandé pour protéger les nourrissons et les enfants contre les complications graves en particulier les méningites tuberculeuses. Mais le BCG n’ a jamais stoppé la propagation de la tuberculose. L’essentiel est le dépistage des malades et leur traitement, ce qui s’appelle la lutte antituberculeuse.
Son organisation en France est variable selon les régions. Les conditions de précarité de certaines villes favorisent la dissémination de la maladie.
Quel est le calendrier vaccinal ?
La vaccination BCG est fortement recommandée chez les enfants à risque élevé de tuberculose, qui répondent au moins à l’un des critères suivants :
− enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse
− enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ;
− enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ;
− enfant ayant des antécédents familiaux de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ;
− enfant résidant en Île-de-France ou en Guyane ;
− enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux notamment enfants vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socio-économiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME, …) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.
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