mercredi 23 mai 2012
L’année dernière, le professeur François Nicoli alors chef du service d’urgences neuro-vasculaires du Chu de la Timone à Marseille, donne l’alerte et réclame du personnel supplémentaire pour le fonctionnement quotidien de son service.
Il en arrive à enchaîner 17 gardes mensuelles sans repos compensateur le lendemain et sans possibilité de prendre ses congés. Aucune suite n’étant donnée à sa demande, le professeur, épuisé, démissionne de ses fonctions hospitalières et universitaires, estimant ne plus pouvoir assurer la sécurité de ses patients et cesse toute activité médicale clinique pour s’orienter vers d’autres projets. Il a accepté de témoigner pour Viva et de livrer quelques propositions
“Cela pourrait changer si l’on recentrait l’hôpital sur les patients et sur la qualité des soins qui leur sont apportés, si l’on contrôlait la bonne utilisation des moyens financiers, alloués aux hôpitaux par l’Etat, par des autorités indépendantes établissant des rapports réguliers et rendus publiques. Si les priorités de santé publique sont clairement définies par l’Etat, et les moyens théoriquement distribués en conséquence, il n’y a pas de contrôle de leur bonne distribution et de leur utilisation, encore moins par des autorités indépendantes. A l’Hôpital, des fonds alloués à une activité prioritaire peuvent être utilises au profit d’une autre non prioritaire, même si cela risque d’aboutir à des conséquences dramatiques pour les patients, en particulier dans le cadre de l’urgence. Et ceci, au vu et au su des tutelles…
Cela pourrait changer si on supprimait les systèmes de pôle d’activité au sein de l’Hôpital. Auparavant, il existait un système pyramidal simple : un directeur général, des directeurs d’hôpitaux et des chefs de service indépendants. Somme toute, ce système fonctionnait assez bien, en tout cas beaucoup mieux que celui des pôles d’activité.
La création des pôles a eu un effet désastreux sur le fonctionnement de l’hôpital en temps de crise économique. Donner le pouvoir de gestion financière aux médecins chefs de pôle d’activité, élus par leurs pairs du pôle considéré, facilite la distribution des moyens financiers et donc des postes de médecins, par exemple aux amis ou membres du même réseau relationnel que le chef de pôle.
Ethique et déontologie n’ont évidemment plus leur place dans ce type de comportement. Tout cela sans considération aucune des priorités de sante publique et sans correction de ces dérives par l’administration. Ces dérives se font sans considération aucune des priorités de sante publique et avec des conséquences délétères immédiates sur la qualité de la prise en charge des patients.
Face à ce constat affligeant, des médecins hospitaliers (praticiens hospitaliers, chefs de service,…) démissionnent, des directeurs d’hôpitaux aussi, preuve qu’il y a une prise de conscience douloureuse du problème mais aussi qu’on ne cherche pas à le résoudre.
Aussi, je préconise un retour à un fonctionnement de l’Hôpital basé sur des services dirigés par des chefs de services indépendants, co-responsables de la gestion financière de leur service avec l’aide et le contrôle de leur administration. Enfin il me semble important que l’on informe et sensibilise les plus jeunes médecins à ces dérives afin qu’ils n’en soient plus les témoins passifs et qu’ils puissent eux-mêmes les prévenir pour ne pas en devenir les complices par souci de carriérisme.”
Propos recueillis par Françoise Essayan-Donadio
[06.01.12]
Françoise Essayan-Donadio
Social : ce qui doit changer
Santé : les inégalités se creusent
Travail : un monde sans pitié
Sécu : démantèlement progressif
Jeunesse : la génération sacrifiée
Logement : un toit n’est plus un droit
"Si l’on recentrait l’hôpital sur les patients et sur la qualité des soins…"
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