Santé

Sida : la contamination continue

Une trentaine d’années après la découverte du premier cas de sida, le Vih ne fait plus la une des magazines. Pourtant, la pandémie est toujours là. Et si les progrès médicaux ont permis aux séropositifs de vivre plus longtemps, tout n’est pas réglé : les effets secondaires des traitements sont lourds. Et les personnes atteintes doivent toujours faire face à des discriminations.

En France  : de 6 000 à 7 000 contaminations par an

Certes, le sida est aujourd’hui une maladie moins médiatisée, mais le virus court toujours.
Chaque année en France, 6 000 à 7 000 personnes sont contaminées, un chiffre stable depuis 2003 et que les autorités sanitaires peinent à réduire.
Les plus touchés sont les homosexuels (plus de 40 % des nouvelles contaminations) et les femmes migrantes. On constate toutefois une forte diminution du nombre de contaminations chez les usagers de drogues injectables, grâce aux mesures de prévention consistant à mettre à leur disposition des seringues à usage unique.
Aujourd’hui, on estime à 150 000 le nombre de personnes vivant avec le Vih, dont 28 000 sont malades du sida.

Un mort toutes les dix secondes dans le monde

Fin 2007, on estimait à 33 millions le nombre de porteurs du Vih (dont 67 % en Afrique subsaharienne), et à 2 millions le nombre de morts. La moitié des personnes infectées sont des femmes, lesquelles représentent plus de 60 % des infections en Afrique subsaharienne, la région la plus fortement touchée par le sida. Les jeunes ne sont pas épargnés puisque 2 millions de 15-24 ans vivent avec le Vih.
Des chiffres à mettre en rapport avec le nombre de malades aujourd’hui traités  : fin 2008, plus de 4 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral dans les pays en développement (dix fois plus qu’il y a cinq ans).
De même, près de 45 % – contre 35 % en 2007 – de femmes enceintes séropositives ont bénéficié d’une thérapie pour éviter la transmission du Vih à l’enfant, tandis que 38 % des enfants malades ont suivi un programme pédiatrique.
C’est un début, mais loin encore d’être suffisant.

Vaccin  : bonnes nouvelles, mais…

L’annonce des premiers résultats des essais cliniques conduits en Thaïlande a fait grand bruit en septembre dernier  : pour la première fois, un essai vaccinal a permis de révéler une protection partielle (31 %) contre le virus du sida.
Réel progrès ou fausse piste  ? Comme toujours en matière de recherche, la prudence s’impose  : si ces travaux marquent une avancée probante, la guerre contre le sida n’est pas pour autant gagnée.
«  Ce vaccin expérimental n’est en aucun cas le futur vaccin préventif que tout le monde attend, souligne le Pr Pierre-Marie Girard, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. C’est toutefois une lueur d’espoir dans un climat qui était devenu morose suite aux abandons successifs de plusieurs essais cliniques. »

La révolution des multithérapies

L’arrivée des trithérapies en 1996 a nettement modifié le visage de la maladie. Aujourd’hui, plus de 80 % des porteurs du virus sont traités avec des antirétroviraux qui bloquent la production du virus dans l’organisme et permettent de restaurer en partie le système immunitaire.
De plus, les médicaments sont plus faciles à prendre, ce qui améliore l’observance du traitement. Résultat  : l’espérance de vie des séropositifs approche aujourd’hui celle de la population générale.
On meurt donc moins du sida en France : 400 décès en 2005 contre près de 3 000 en 1996. En revanche, si certains effets secondaires (troubles digestifs, lipodystrophie…) ont été réduits au cours des dernières années, d’autres restent lourds de conséquences chez certains patients  : augmentation du taux de cholestérol, maladies cardio-vasculaires, cancers…
L’enjeu de demain sera également d’aider les malades à vieillir avec le Vih, d’autant que les progrès ne s’accompagnent pas toujours d’une dédramatisation de la maladie. «  On a toujours, malgré tout, l’impression d’une épée de Damoclès au-dessus de la tête  », confie Daniel.
«  Les patients ne se jettent plus par la fenêtre, comme il y a vingt ans, lorsqu’on leur annonce leur séropositivité, mais ils gardent à l’esprit l’idée de la mort, constate le Dr Michel Ohayon, médecin coordinateur de Sida-info-service. Ils ne s’interrogent pas forcément tout de suite sur la façon de gérer leur maladie sur le long terme, alors que c’est la question à se poser. »

Vers le dépistage pour tous  ?

Jusqu’à présent, le dépistage du sida était le plus souvent recommandé après une relation non protégée, aux homosexuels, aux usagers de drogues, aux personnes ayant des partenaires multiples… ou réalisé à des moments clés de la vie – lors d’une grossesse par exemple.
Aujourd’hui, la Haute Autorité de santé (Has) propose de le généraliser afin d’améliorer la prise en charge précoce des séropositifs et de réduire la circulation du virus au sein de la population.
Bien entendu, il ne s’agit pas de le rendre obligatoire, mais il pourrait être plus systématiquement proposé par le médecin traitant sans considération de sexe, d’âge (de 15 à 70 ans) ou de mode de vie. De même, chacun pourrait se rendre dans un laboratoire d’analyses médicales et faire un test, «  sans prescription médicale  ».
Pour les associations de lutte contre le sida, il serait temps. Car, si on dépiste beaucoup en France (5 millions de tests ont été réalisés en 2007, ce qui place la France au deuxième rang mondial), on le fait mal. Selon la Has, sur la période 1997-2005, «  47 % des sujets pour lesquels un diagnostic de sida a été porté présentaient un retard au dépistage  », lequel serait plus fréquent pour les personnes de plus de quarante ans, pour celles d’origine étrangère et pour celles contaminées par voie hétérosexuelle. On estime qu’en France 40 000 personnes sont séropositives et ignorent encore qu’elles le sont.

Prévention  : verra-t-on bientôt la fin du tout-préservatif  ?

Aujourd’hui, 58 % des contaminations se font par voie sexuelle. Le préservatif, masculin ou féminin, reste le moyen de prévention le plus efficace. Pour autant, «  on ne peut prétendre obtenir que 100 % des relations sexuelles soient protégées  », explique Arnaud Simon, chargé de la prévention à l’association Aides.
Mais on commence à voir des alternatives au préservatif. La circoncision réduit significativement le risque pour l’homme d’être contaminé.
Les médicaments antirétroviraux, qui baissent la charge virale dans le sang, pourraient enrayer la dynamique de l’épidémie.
En janvier 2008, la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au sida, suivie depuis par l’Aide allemande contre le sida et le Conseil national français du sida, soulignait qu’«  une personne séropositive suivant un traitement antirétroviral ne transmet pas le Vih par le biais de contacts sexuels   ». A condition toutefois de se soumettre à des règles strictes  : l’application du traitement à la lettre, l’absence d’autres infections sexuellement transmissibles et une charge virale indétectable dans le sang depuis au moins six mois.
Autrement dit, les médicaments seraient aussi efficaces que le préservatif pour barrer la route au virus. Personne n’avait encore osé aller jusque-là  ! Ce changement de position dans la prévention n’est pas sans susciter controverses et discussions au sein de la communauté scientifique, mais force est de constater que ces données sont en passe de bouleverser la vie sexuelle des séropositifs. «  C’est la fin de la peur permanente de contaminer son partenaire si le préservatif craque  », se réjouit Arnaud Simon.

 

-  [01.12.09]   Sylvie Boistard

A lire également :
Le sida, une maladie encore taboue
« Les femmes séropositives font l’objet de plus de discriminations »

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