mercredi 22 février 2012
Jeune chirurgien au parcours tout tracé, Thierry Janssen a opéré un virage radical : il est maintenant psychothérapeute et prône une médecine plus humaine et responsable.
Thierry Janssen est né deux fois : le 25 avril 1962 et trente-six ans plus tard, le 1er janvier 1998. "Cela faisait à peine une heure que j’étais arrivé dans l’hôpital où je venais d’être muté, la secrétaire me parlait mais j’avais l’impression d’entendre une langue étrangère. Je me suis assis à mon bureau et j’ai rédigé ma lettre de démission."
Médecin à vingt-quatre ans, chirurgien-urologue à trente, professeur de médecine à trente-cinq, jusque-là, le jeune Bruxellois avait fait un parcours sans faute. Mais quelque chose ne tournait plus rond. "J’avais de l’eczéma, des conjonctivites à répétition, se souvient-il. On trouve souvent mille excuses pour ne pas changer de vie, mais il faut s’écouter. Je sentais que je ne pouvais plus continuer à traiter l’être humain comme une machine. Je ne voulais pas être uniquement un docteur-soigneur, un technicien de la médecine. "
Sauf que, si Thierry Janssen sait ce qu’il ne veut plus faire, il n’a aucune idée de ce qu’il va faire. Le hasard des rencontres et l’urgence des factures font qu’il se retrouve directeur chez Armani à Paris puis vendeur de pain dans une boulangerie à Bruxelles. Mais c’est à une recherche de spiritualité, " une compréhension de l’être humain " comme il dit, que ce passionné d’Egypte ancienne aspire vraiment. Pendant quatre ans, il va donc régulièrement se rendre aux Etats-Unis pour suivre un programme de guérisseur avec des chamans, des bouddhistes, des psychanalystes… Une ouverture à d’autres modes de pensée, à d’autres pratiques. Un long travail intérieur aussi, pour le chirurgien qu’il était.
Aujourd’hui, Thierry Janssen est psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladies chroniques, surtout des cancers. Au début, il recevait ses premiers patients dans une loge de concierge sans les faire payer. Maintenant, ses consultations ne désemplissent pas, ses conférences non plus. Un succès qu’il doit à sa pratique – "les gens viennent me voir pour décharger ce qui est lourd à porter tout seul et pour donner un sens à ce qu’ils sont en train de vivre" –, mais aussi à ses livres, le Travail d’une vie et La maladie a-t-elle un sens ?. Deux ouvrages qui l’ont fait connaître de par le monde et dans lesquels il défend une médecine plus humaniste et responsable, une médecine qui prévienne les maladies au lieu de les guérir, qui prenne en compte le corps et l’esprit, l’intégralité du malade, et pas seulement ses organes. " Quand j’étais chirurgien, je n’avais pas conscience que les patients se demandent “pourquoi ça m’arrive à moi ?”. Or, je constate que tous se posent cette question. Le problème, c’est que les médecins apportent une réponse biologique à la maladie, mais ils oublient que le corps traduit des émotions. "
Pour autant, Thierry Janssen se méfie de la tendance à tout psychologiser, dans laquelle on a très vite voulu l’enfermer : "Je suis médecin et j’ai exploré jusque chez les guérisseurs, mais j’ai eu besoin de revenir au milieu, c’est entre les deux que je me situe, commente-t-il. Tout n’est pas psychologique. On n’est pas responsable de son cancer, la maladie est multifactorielle et il ne faut négliger aucune cause."Nuancé, il l’est aussi sur les médecines alternatives : "Je ne suis ni pour ni contre, comme je le dis toujours à ceux qui me posent la question, j’essaie de voir ce qui est validé ou pas, c’est tout. C’est caricatural de vouloir nous coller une étiquette, c’est une insulte à l’intelligence. "
Dans son dernier livre, le Défi positif [1], qu’il a dédicacé à Bernard Giraudeau et David Servan-Schreiber, deux amis morts d’un cancer, parce que, "quand on prononce le nom d’une personne décédée, elle vit encore", Thierry Janssen ne donne pas de recettes pour accéder au bonheur et à la bonne santé. " Il ne s’agit pas de dire ce qu’il faut faire mais de rappeler que chacun a un potentiel qu’il peut valoriser pour échapper au stress chronique, délétère pour la santé. " Comment ? En prenant du temps pour soi, en se demandant si les contraintes que l’on s’impose sont si utiles que ça, en apprenant à savourer le plaisir et à se simplifier la vie, en arrêtant de vouloir toujours plus, en se satisfaisant de ses choix, en appréciant ce que l’on a plutôt que de regretter ce que l’on n’a pas… Un programme quasi révolutionnaire : "Les publicitaires nous font croire que le bonheur est dans l’abondance, il faut casser ça, affirme Thierry Janssen. Plutôt que de s’acheter une nouvelle voiture, mieux vaut s’offrir une séance de massage chaque semaine, un bouquet de fleurs ou téléphoner à des amis même s’ils habitent loin… Et puis, si on ne peut pas contrôler la pollution toxique, on peut descendre dans la rue pour Fukushima, par exemple, pour dire qu’on ne veut plus jamais ça. S’indigner ne suffit pas, il faut agir. "
[01.12.11]
Brigitte Bègue
[1] Le Défi positif, une autre manière de parler du bonheur et de la bonne santé, éd. Les liens qui libèrent, 22,50 €.
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