Régions / Chu de Toulouse

Toulouse : l’équipe de chirurgie cardiaque pédiatrique ne baisse pas les bras

Récemment*, l’Agence régionale de l’hospitalisation (Arh) de Midi-Pyrénées avait imposé, en pleine trêve des confiseurs, la fermeture de l’activité de chirurgie cardiaque pédiatrique au Chu de Toulouse. Et ce, alors même que les deux Comités régionaux d’organisation sanitaire de Midi-Pyrénées et d’Aquitaine s’étaient prononcés unanimement en faveur du maintien d’une activité dans les deux régions, conformément au schéma inter régional d’organisation sanitaire.
Depuis, une très forte mobilisation s’est manifestée au sein de la communauté médicale régionale et interrégionale, des soignants (la CGT a notamment publié un communiqué) de l’hôpital d’enfants et des familles de patients (2 000 signatures de pétitions déjà recueillies) pour reprendre rapidement cette activité. Ces pétitions seront d’ailleurs remises à l’Arh lors d’un rassemblement prévu le mercredi 13 janvier, à 10 heures, place Saint-Etienne, à Toulouse.
Le docteur Bertrand Léobon, responsable de l’activité de chirurgie cardiaque pédiatrique au Chu de Toulouse, espère bien que l’Arh reviendra sur cette décision « incompréhensible ». Interview.

L’Arh justifie sa décision par la non conformité de votre centre au schéma interrégional d’organisation sanitaire. Qu’en est-il exactement ?
Il s’agit d’une décision strictement administrative et, selon moi, d’une interprétation très sévère des décrets. Nous venons de créer avec la clinique Pasteur, sur demande de l’Arh justement, un Groupement de coopération sanitaire (Gcs, publi-privé) installé sur le site de l’hôpital des enfants de Purpan.
Aujourd’hui, l’Administration nous reproche deux choses : premièrement de ne pas avoir de salle de cathétérisme « à proximité » de notre service de chirurgie cardiaque pédiatrique. Tout est relatif : cette salle est restée à la clinique Pasteur, à quelques minutes d’ici, le temps que les travaux soient effectués sur Purpan. Deuxièmement, on nous impose une unité de soins intensifs, c’est-à-dire de surveillance continue des enfants. En attendant que celle-ci soit opérationnelle, fin 2010, nous gardons les enfants qui en relèvent en réanimation, c’est-à-dire que la surveillance est encore plus stricte !
On ne nous reproche pas de manquer aux règles de sécurité ou de qualité des soins... mais d’avoir quelques mois de retard sur les nouvelles normes alors que l’activité est pratiquée au Chu et à la Clinique Pasteur depuis plus de trente ans !

Quelles conséquences pour les patients ?
C’est ça le plus dramatique : nous devons transférer les cas les plus urgents sur d’autres centres, tels que Bordeaux, Marseille ou Paris. Avec les risques que cela comporte, surtout quand il s’agit de nourrissons, et le traumatisme supplémentaire pour les familles.
Quant aux opérations non urgentes, elles ont été déprogrammées mais sans pouvoir dire aux parents si on pourra opérer leur enfant, ni quand. Outre les évidentes conséquences psychologiques, cela pose de gros problèmes matériels aux familles, lesquelles viennent déjà de toute la région.

Derrière le motif officiel, pensez-vous qu’il s’agisse en réalité de raisons économiques, liées à la rentabilité ?
Pas du point de vue de la direction du Chu, qui au contraire se bat pour conserver cette activité qui est en encore en phase de croissance. Mais il est sûr que la tendance est à la restriction des moyens et au regroupement des compétences très pointues sur certains sites français seulement. Mais ceci ne doit pas se faire au détriment de la sécurité et au mépris des compétences existantes !

 

- [11.01.10]   Karine Pollet

* Les enfants cardiaques privés de chirurgie à Toulouse

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