Société

Travailleurs handicapés, pas si facile de trouver sa place

Malgré d’indéniables progrès, les entreprises hésitent encore trop souvent à recruter des personnes handicapées.

Depuis 1987, les entreprises de plus de 20 salariés sont tenues d’embaucher au moins 6 % de travailleurs handicapés, faute de quoi elles doivent verser une contribution financière à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Vingt-cinq années d’obligation légale, et pourtant seules 49 % ont atteint ou dépassé ce quota.

Malgré ces résultats décevants, les acteurs de terrain ont plutôt tendance à souligner les efforts fournis. La loi du 11 février 2005 sur le handicap, qui a notamment relevé la contribution Agefiph, " a évidemment été bénéfique, salue Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France. D’abord dans le public, parce qu’elle y a instauré l’obligation d’emploi. Et dans le privé, le taux d’emploi de personnes handicapées est passé de 3 à plus de 4 %". Avant toutefois de nuancer : "Mais ça stagne un peu. Les 6 %, ce n’est pas un plafond à atteindre, c’est un plancher à enfoncer."

D’autant que le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population. Les entreprises ont leur part de responsabilité dans cette situation, mais elles n’arrivent finalement qu’en bout de chaîne. "A la base, il y a un problème de scola­risation et de formation. Aujourd’hui, du fait de l’inaccessibilité au sens large, on fait beaucoup d’orientation par défaut", déplore Jean-Marie Barbier. Résultat, "on rencontre beaucoup de parcours atypiques, souvent dus à l’histoire du handicap", précise Franck Seurin, directeur général de l’association Hanploi, qui met en relation recruteurs et travailleurs handicapés. Peu ou pas de diplômes, trous dans le CV… Difficile pour les candidats de faire valoir leurs compétences et leur motivation alors que les recruteurs français sont particulièrement attachés à des critères académiques. Et pour les employeurs volontaires, " il n’y a pas forcément assez de personnes sur le marché avec le niveau de qualification recherché par l’entreprise", souligne Franck Seurin.

Une loi mais...

La loi de 2005 a affirmé le principe que tout enfant ou adolescent présentant un handicap peut s’inscrire dans l’école de son quartier. On est alors passé de 50 000 enfants handicapés scolarisés à 200 000. Mais les enseignants manquent de formation spécifique – voire n’en ont aucune –, et les effectifs d’auxiliaires de vie scolaire sont insuffisants. Quant aux places en établissements spécialisés, seules 26 000 ont été créées depuis 2008 sur les 50 000 annoncées.

Du côté de l’insertion professionnelle, une formule paraît prometteuse : l’alternance. Entre 2009 et 2010, le nombre de personnes handicapées en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation a grimpé de 39 % (même si cela n’en concerne que 5 500). Et la moitié de celles dont le contrat est terminé a décroché un Cdi. "C’est une bonne formule, mais c’est parfois fait de façon un peu perverse : des employeurs vont proposer ces contrats comme des périodes d’essai au lieu d’embaucher directement les personnes", avertit toutefois Jean-Marie Barbier.

Les acteurs et les initiatives ne cessent de se multiplier depuis 2005 : aux structures existantes type Cap emploi ou Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt) se sont ajoutés des associations d’étudiants ou de cadres handicapés, des cabinets de recrutement ou des agences d’intérim spécialisés dans le handicap. Même les chasseurs de têtes s’intéressent au sujet. La question de l’emploi des personnes handicapées avance doucement… mais sûrement.

 

-  [02.01.12]   Elsa Maudet

Les structures spécialisées

Pour l’emploi spécifique des travailleurs handicapés, il existe le secteur adapté et le secteur protégé. Leurs activités peuvent être très variées (informatique, conditionnement, logistique, espaces verts…). Les entreprises classiques collaborent avec eux via l’achat de fournitures, la sous-traitance d’activité ou la mise à disposition de personnel, réduisant ainsi leur contribution à l’Agefiph. Les entreprises adaptées (EA) – appelées «  ateliers protégés  » jusqu’en 2005 – relèvent du milieu dit ordinaire, mais ont l’obligation d’embaucher au moins 80 % de travailleurs handicapés. Ces derniers ont le statut de salariés et ne peuvent percevoir un salaire inférieur au Smic.

Les établissements et services d’aide par le travail (Esat) sont des structures médico-sociales qui relèvent du secteur protégé. Anciennement appelés centres d’aide par le travail (Cat), ils emploient des personnes handicapées mentales qui ne peuvent travailler en milieu ordinaire ou adapté. Les travailleurs n’ont pas le statut de salariés, mais celui d’usagers, et touchent entre 55 et 110 % du Smic.

Témoignage

"On doit rester discrets, ne pas trop se plaindre"

Michel [1], cinquante-cinq ans, est conseiller commercial dans une banque. un problème de disque vertébral le handicape et le fait souffrir.

"Les TH [travailleurs handicapés, ndlr] sont utilisés pour une question de coût et d’image. Le fait que les entreprises soient obligées d’avoir un quota est positif, parce que sinon je n’aurais pas été embauché. Nous sommes sept TH à avoir été recrutés. Normalement, on vous engage en Cdi avec un mois d’essai, mais nous sommes d’abord passés par un mois et demi de travail temporaire, pour voir si on tenait la route, puis on a été pris en Cdd. On n’a pas le même salaire que les autres employés (200 euros de moins). Nous devions avoir une charge de travail moindre, mais certains se retrouvent à faire le même travail qu’un gestionnaire de clientèle.

Moi c’est l’inverse, j’ai peu appris, j’ai peu été pris en charge, je suis en errance dans l’agence. Pourtant, je commence avant l’heure et je finis après, sinon c’est mal vu. On devrait me proposer un contrat de 20 ou 25 heures, je serais beaucoup plus performant et ce serait mieux pour moi. Le handicap crée une certaine inquiétude dans les entreprises. Au départ, on m’a observé sous toutes les coutures. Il y a un mélange dans la tête des gens : handicap égale mongolien. On doit vite prouver qu’on sait utiliser l’outil informatique, qu’on comprend bien, qu’on sait s’exprimer. On a intérêt à être discrets, à ne pas trop se plaindre et à être aussi opérationnels que les autres. Moins on se plaint, moins on montre notre handicap, mieux ça se passe pour nous."

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