jeudi 24 mai 2012
Dans le cadre de l’Année européenne du handicap, la ville de Reims et les principales associations de handicapés ont organisé des actions de découverte et de sensibilisation dans les écoles, les collèges et les lycées. Les ateliers, pilotés par l’Association des paralysés de France (Apf), se poursuivent en 2004.
Cet après-midi, c’est à un cours un peu particulier que vont assister les élèves de seconde du lycée de technologie industrielle Val-de-Murigny de Reims. Les adolescents, un peu chahuteurs à l’intercours, s’assoient dans le calme. Quand les « professeurs » occasionnels entrent dans la classe, le silence devient religieux.
Silence empreint de gêne et de respect : deux des intervenants sont arrivés en fauteuil roulant, les deux autres éprouvent de grandes difficultés à s’exprimer. Ils sont infirmes moteur cérébraux (Imc). « Nous allons tenter de sensibiliser les jeunes au handicap à travers des jeux, des témoignages et des vidéos », explique Raphaël Bonetti, agent d’animation à l’Apf. « Les élèves doivent comprendre les difficultés que génère le handicap au quotidien », poursuit John Stevenson, le proviseur du lycée.
« C’est dur de rouler là-dessus et c’est fatigant »
Les vidéos visionnées en début d’atelier sont des mini-clips de dix ou vingt secondes, vifs et branchés. Ils ne sont pas là pour culpabiliser les personnes valides insensibles au handicap, mais pour montrer, avec humour, et parfois crûment, le quotidien à la fois banal et extraordinaire des personnes à qui il manque une jambe, un bras, la parole, et qui pourtant sortent dans la rue, travaillent, font leurs courses ou l’amour le plus naturellement du monde.
« Au lycée, nous avons trois élèves qui se déplacent en fauteuil. Ils sont bien intégrés, assure Catherine Anthonioz, professeur d’éducation physique et sportive. Nous espérons qu’avec cette journée de sensibilisation, les “ valides ” porteront un autre regard sur eux et sur le handicap. Qu’ils seront plus attentifs aux difficultés de leurs copains et qu’ils adopteront un comportement citoyen au lycée comme à la ville en les aidant à monter sur un trottoir ou à en descendre, en respectant les places de parking pour handicapés... »
Pour convaincre les élèves, Patrick, jeune infirme moteur cérébral, leur propose d’essayer les fauteuils. Deux grandes roues indépendantes à l’arrière, deux petites à l’avant. Le sol est lisse et plat, alors, pour corser l’expérience, Patrick a imaginé un slalom avec des tabourets. Les premiers tournent en rond, vont à droite quand il faut aller à gauche, heurtent les obstacles... « C’est dur de rouler là-dessus, avoue David. On ne se rend pas compte, et puis c’est fatigant... »
« Comment on fait pour monter dans le bus et quand il y a des travaux ? demande Alice. Faudrait construire plus de voies cyclables. »
De l’autre côté de la salle, Gwénaëlle explique comment, à l’âge de quinze ans, elle a contracté une tumeur au cervelet qui lui a fait perdre le sens de l’équilibre. Assise dans son fauteuil à côté de David, infirme moteur cérébral lui aussi, elle donne des détails, raconte ses journées de handicapée. Les élèves l’écoutent avec attention. Dans dix minutes, ils courront autour de la piste d’athlétisme, heureux malgré le froid et le brouillard...
[17.12.03]
Christophe Manquillet
A ce jour, 1 100 élèves ont été touchés par les campagnes de sensibilisation à Reims. L’Apf souhaite étendre son action à tout le département de la Marne. Les écoles, collèges et lycées intéressés peuvent contacter l’Association des paralysés de France, délégation de la Marne, 245, rue de Neufchâtel, 51100 Reims. Tél. 03 26 09 07 11.
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