jeudi 9 février 2012
Pour son deuxième congrès, l’Umcpg-Sncf [1]a organisé, le 9 octobre, un colloque sur le thème de « Mieux vivre au travail ». Précédées par la représentation théâtrale de D’Arrache-pied, par la compagnie Espace Nomade, deux tables rondes ont montré que les cheminots n’étaient pas épargnés par l’apparition des nouveaux risques pour la santé au travail.
Lors de la première table ronde, intitulée « Travail sous tension : tensions au travail », Robert Leroy, qui intervenait au nom de la Fédération Cgt des cheminots, a rappelé que, « depuis 2007, il y a eu cinq suicides, dont deux récents, un à Lille et l’autre dans les Alpes, les 10 septembre et 6 octobre ». Il a détaillé les valeurs de l’entreprise, « service public, transmission des savoir-faire, sécurité intégrée de service public, médecine d’entreprise axée sur la prévention et la santé au travail ». Il a ajouté que ces valeurs sont mises à mal par « des restructurations qui dépècent l’entreprise, déracinent les savoir-faire des cheminots, les déracinent socialement eux-mêmes et leurs familles ».
Selon Christian Blatter, responsable de l’unité de recherche sciences humaines et sociales Sncf, « personne n’est contre le changement », mais « partout il est vécu comme anxiogène ». Sa conclusion : « le management doit travailler sur ces contradictions pour les rendre acceptables. »
Pour Philippe Sarnin, directeur de la section de psychologie du travail à l’université de Lyon, « c’est dans le collectif de travail que l’individu trouve aide et échange. C’est le collectif qui met au point des solutions techniques, des règles langagières, un code éthique, et qui donne un sens ». Mais, depuis le début des années 1980, on casse les collectifs en rejetant les individus dans la solitude : « On parle de “ travail empêché ” : les gens ont un métier et des compétences, mais ne peuvent les exprimer. Cela devient un problème psychique. »
Carole Hazé, secrétaire générale adjointe de la Fédération des mutuelles de France, a insisté sur « la nécessité d’intervenir avec l’individu qui souffre, mais aussi avec le collectif, pour une prévention à long terme ». Elle a souligné le fait que « la santé se construit aussi au travail ; qu’en ce sens, la souffrance, c’est aussi le travail qui souffre des évolutions qui nient la place et le rôle du collectif ».
La seconde table ronde avait pour thème « Travailler différemment, travailler mieux ». François Wallach, chef du département prévention et santé au travail de la Sncf, a détaillé la formation « dialogue stress » organisée par la direction et qui vise à sensibiliser les médecins du travail et les dirigeants aux risques psychosociaux. Il s’agit de « réinventer des normes de fonctionnement dans le cadre fixé par l’entreprise ».
Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et médecin en chef à la Sncf, distingue le « stress réactionnel » du « stress maladie ». D’après lui, l’enquête de l’observatoire créé par la Sncf a établi que « le niveau de stress à la Sncf est à peu près le même quels que soient le métier, le lieu de travail », et ne diffère pas de celui des autres entreprises.
Stéphane Vaisse, membre de la commission santé et conditions de travail au comité central d’entreprise, a évoqué « les cadres qui pleurent devant leur incapacité à appliquer les décisions de la direction centrale ». Il a dénoncé la mobilité imposée, la mise en concurrence des services, et a déclaré : « ce mal-être, nous l’avons signalé depuis des années, mais la direction a fait comme si de rien n’était. »
Olivier Téchec, secrétaire général de l’Umcpg-Sncf, a relaté l’expérience de la Mutuelle de Miramas. Dans cette ville ferroviaire, « la menace en 2008 de la fermeture du fret a déstabilisé les individus et le collectif. La mutuelle a engagé une concertation de tous les acteurs – direction, Chsct, médecin chef et action sociale – pour mettre sur pied un travail de prévention ».
[02.11.09]
Karine Pollet
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Maïté Pinero
[1] Union des mutuelles des cheminots et des personnels du groupe Sncf
Bruno Forest, président de l’Umcpg-Sncf, rappelle dans sa conclusion au colloque que la Sncf n’est pas épargnée par l’apparition des nouveaux risques pour la santé, raison pour laquelle « l’Umcpg a décidé de prendre en compte cette problématique dans son action quotidienne d’information, d’orientation et d’accompagnement de nos adhérents ». Il précise que « les agents Sncf disposent d’un régime spécial de protection sociale et de santé, avec une pluridisciplinarité des acteurs qui couvrent le contexte professionnel aussi bien que familial ». Il s’agit là d’un atout pour « favoriser l’émergence d’une dynamique de réseau au service des cheminots ». Revenant sur les témoignages qui ont, durant le colloque, prouvé le mal-être des cheminots, le président de l’Umcpg évoque la nécessité d’« agir dans l’entreprise pour le bien-être ou le mieux-vivre au travail » en mobilisant « l’ensemble des acteurs de l’entreprise dans une dynamique collective ». Déjà, « dans de nombreuses régions, nous avons su démontrer qu’un travail de partenariat avec tous les acteurs de l’entreprise, dans le cadre de la prévention des risques, était beaucoup mieux perçu par les cheminots ». Sur la manière de créer des passerelles entre les différents acteurs sur un sujet qui peut être conflictuel dans l’entreprise, il a déclaré : « La mutuelle peut faire le lien, faciliter le dialogue et provoquer la rencontre entre les acteurs. Une des premières pistes pourrait être de travailler à redonner la parole aux cheminots confrontés à ce mal-vivre, remettre du collectif dans les organisations du travail afin d’éviter l’isolement, la solitude. »
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