Mutualité

Une femme entre passion et partage

Dans une autre vie, Dominique Perfettini était une femme de pouvoir ambitieuse et déterminée. A cette époque, tout lui sourit. Chef de pub au sein de grandes entreprises, elle travaille beaucoup, vit sur un rythme trépidant. Elle a l’élégance et l’allure des héroïnes des films de Chabrol ou de Truffaut. Très vite, les chasseurs de têtes la repèrent : « C’était les années 1980, les années fric », glisse-t-elle comme pour s’excuser d’une réussite si insolente.

La vie est passée, qui a arrondi les aspérités. Carré blond flou, bijoux ethniques, regard doux derrière les lunettes de créateur, dans cette vie-ci, Dominique privilégie le sens à la carrière et s’est dédiée aux autres. C’est une autre séquence, où l’ego n’a plus de place. Entre les deux, une faille, une cassure, qui l’ont amenée à se remettre en question : « J’ai éprouvé le besoin d’être utile, de m’occuper de gens en souffrance », explique-t-elle.
C’est dans les années 1990 qu’elle rencontre la mutualité dans le Var et s’y investit avec ce professionnalisme qui lui colle à la peau : « Je me cherchais une famille pour être dans le partage de valeurs. »

Côté professionnel, elle tente une expérience dans l’enseignement, qui se révèle concluante. Transmettre la passionne, elle a trouvé sa voie. En parallèle, elle continue d’étudier, décroche un diplôme de troisième cycle en sciences humaines, suit des cours d’égyptologie – qui lui permettent de lire et écrire les hiéroglyphes –, et ce tout en travaillant et en élevant sa fille.

Côté engagement personnel, elle hésite entre différentes causes, et opte pour la réinsertion en milieu carcéral, avec une constance qui force le respect. Depuis 1994, elle est visiteuse de prisons et passe quatre heures par ­semaine au centre pénitentiaire de La Farlède. Là, assise en compagnie d’un détenu purgeant une longue peine, elle écoute, se fait poreuse face à la souffrance, ne juge pas. Aujourd’hui, elle préside l’Association éducative et sportive d’aide aux détenus de ce centre pénitentiaire toulonnais.

Peut-on imaginer pire punition que l’enfermement pour cette femme éprise de liberté ? De son éducation chez les sœurs de Coutances, cette fille unique retient surtout l’esprit de rébellion qui l’animait : « C’est bien connu, c’est là où on fait les pires bêtises », murmure-t-elle dans un rire étouffé. Un certain goût du risque pour la petite Parisienne – née rue des Martyrs –, et déjà un caractère bien trempé. Puis c’est l’entrée aux Beaux-Arts. Elle se mue alors en esthète à la créativité vibrante : « Le week-end, je sillonnais Paris avec mon carnet à dessin et je croquais inlas­sablement, au jardin du Luxembourg, au Louvre, dans la rue. » De ces années-là, elle a gardé un sens aigu de l’observation et la capacité en un clin d’œil de cerner et de capter les lignes directrices des êtres et des choses.

Ses centres d’intérêt ? Cette authentique artiste évoque, pêle-mêle, la peinture, l’Italie – où elle aurait aimé vivre –, New York, la littérature, la décoration, la civilisation arabe, les philosophes Averroès et Avicenne, et bien sûr Nietszche et Sénèque, qu’elle a relus avec délices l’été dernier.
Se souvient en riant qu’adolescente elle s’est appliquée à reconstituer toute la généalogie de la dynastie des Habsbourg. Dotée d’une intense curiosité, elle s’intéresse à mille choses et, à chaque fois, explore le sujet en profondeur.

On pointe la force de ses engagements, son tempérament résolument de fonceuse. Elle réfléchit et tente une explication : « En fait, je n’ai pas peur. J’avance, je suis confiante. »

On suppose un engagement caritatif, une foi qui la guide. Raté ! La dame se dit agnostique, puis concède : « C’est vrai que certaines religions me fascinent, mais je les aborde par le fait historique ou culturel, pas par la foi. »

Sa sollicitude se mue invariablement en un désir d’agir concrètement. A son actif, en mutualité, depuis près de vingt ans, des initiatives visant à aider des personnes en difficulté, des partenariats avec la Croix-Rouge, l’association Promo Soins, qui agit pour permettre l’accès aux soins des plus démunis dans le Var et ­favoriser leur insertion par la santé.
Actuelle ­administratrice et secrétaire générale de la section Var de la Mutuelle de France Plus, elle a participé en son temps à la mise en place de la Cmu, à de nombreuses initiatives de prévention, et continue de siéger à la commission sociale de la mutuelle.

D’un conseil d’administration feutré aux cellules du centre pénitentiaire, en passant par la cité Berthe*, la voilà qui glisse d’un monde à l’autre avec une facilité et une aisance déconcertantes ; un pied dedans, un pied dehors, elle se fait passe-muraille et se joue des conventions. Bien malin qui l’arrêtera.

* Zone urbaine sensible de La Seyne-sur-Mer (Var).

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