À Nevers
Une maison pour la santé des enfants
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Ouverte depuis un peu moins de deux ans et demi, gérée par la mutualité, la Maison
de la prévention et de l’accès aux soins (Mpas) de Nevers répond aux besoins d’enfants souffrant de problèmes de santé qui entravent leur réussite scolaire. Visite des lieux.
Il faut vraiment parvenir devant la porte de la petite maison, semblable aux autres constructions de cette zone pavillonnaire en lisière d’un ensemble d’immeubles, pour apprendre qu’il s’agit de la Maison de la prévention et de l’accès aux soins (Mpas) du quartier de la Grande-Pâture, à Nevers, dans la Nièvre. Une discrétion qui ne déplaît pas à Isabelle Cimenti, la responsable  : «  Nous intervenons pour la santé des enfants, en relation avec leur univers familial, et le fait que la Maison se fond dans le quartier permet d’y venir sans appréhension.   »
Aussitôt la porte franchie, le sourire d’Isabelle Garnier, la secrétaire, favorise l’échange. «  L’accueil, le premier contact sont primordiaux pour engager une relation de confiance, commente Isabelle Cimenti, d’autant que les personnes ne viennent pas ici de leur propre chef, mais nous sont adressées par des acteurs sociaux des quartiers où nous intervenons.  » Cette infirmière en établissement psychiatrique a été séduite par les objectifs de la Mpas. Celle-ci est chargée du volet santé du dispositif de réussite éducative, mis en place à ÂNevers pour «  accompagner dès les premières années de l’école maternelle et jusqu’au terme de la scolarité des enfants et des adolescents qui présentent des signes de fragilité en prenant en compte la globalité de leur environnement et de leurs difficultés   », selon les termes de la convention passée entre l’Etat, les collectivités locales, l’Education nationale d’une part, et d’autre part la Mutualité française de la Nièvre, qui s’est vu confier le fonctionnement de cette structure originale.
Un endroit où il fait bon parler
«  Je suis arrivée il y a un peu plus d’un an  », indique Haoua Didot. Cette mère de famille qui élève seule ses trois enfants arrivait du nord de la France, où on avait diagnostiqué des problèmes de dyslexie chez ses jumeaux. «  Grâce au dispositif de réussite éducative, animé par les chargés de mission assistés par des personnels référents de familles, en lien avec les enseignants et les structures sociales, les jumeaux de Mme Didot ont rapidement été pris en charge  », explique Isabelle Cimenti. «  Le médecin a vu les enfants, on a pu avoir tout de suite un rendez-vous avec l’orthophoniste, et je dois dire que les résultats ont été très vite spectaculaires   », raconte Mme Didot. Et pas seulement à l’école  : «   Entre mes enfants et moi, les choses ont aussi changé. Ils voient le psychologue, moi aussi. Je sais mieux leur parler, et ils me font part davantage de leurs problèmes.  » Moment de silence  : «   Ils me sourient, et ça me fait du bien  », ajoute-t-elle. Une réflexion qui, pour la responsable de la Mpas, souligne l’importance des liens établis entre la Maison et ceux qui y viennent   : «   Beaucoup éprouvent le besoin de nous dire qu’ils ne sont plus seuls.  »
Agir vite et au bon moment
Ainsi Thérèse Laleye apprécie le soutien trouvé à la Mpas, où deux de ses sept enfants ont pu rencontrer une psychologue  : «   J’ai connu Mme  Cimenti il y a deux ans  : elle m’a proposé de profiter de l’opération M’T dents et m’a engagée à faire attention aux bilans de santé des enfants. Surtout, ici, je peux parler quand j’ai un problème, et ça me redonne des forces.  » Elle ajoute  : «  Avant de connaître la Mpas, je restais à la maison. Maintenant, je me débrouille mieux avec les enfants et je fais des activités dans le quartier.  » Elle confie l’émotion ressentie d’avoir été filmée lors de l’opération Âcuisine organisée par la Mpas (voir encadré).
La relation directe établie avec les habitants de ces quartiers est un réel atout, constate la psychoÂlogue Céline Grégoris, qui apprécie le travail commun avec les autres intervenants, vacataires comme elle, de la Maison, où règne souvent un joyeux brouhaha, surtout les mercredis, lorsque les enfants viennent en nombre  : le Dr ÂKamel Koriche, médecin coordiÂnateur, Mélanie Pigoury, une autre psychoÂlogue, Béatrice Thivilliers, l’orthophoniste, et Christelle ÂBuisson, l’ergothérapeute.
«  Ici, on ne fait pas qu’écouter et conseiller, poursuit Céline Grégoris. On peut agir rapidement et au bon moment pour apporter la réponse la plus adaptée et en suivre l’évolution. Si on dit à quelqu’un d’aller consulter un spécialiste, mais que le rendez-vous n’est pas pris, quel serait l’intérêt de notre intervention  ?   » L’accompagnement individualisé des enfants et de leurs parents est une raison d’être de la Mpas, «  pour qu’ils s’autonomisent et évitent l’assistanat  », insiste Isabelle Cimenti, en écho aux propos du Dr Kamel Koriche  : «  Nous sommes là pour les aider à mettre le pied à l’étrier, leur montrer qu’ils sont capables de trouver une solution à leurs problèmes.   »
Des acteurs autonomes
C’est d’ailleurs l’un des résultats concrets de l’action de la Mpas que de voir des familles continuer à venir pour dire bonjour, demander un conseil, se tenir au courant des activités. «  Mais il faut prendre le temps pour en arriver là , souligne le médecin. Il y a des gens qui ne suivent pas toujours ce qu’on leur propose. On ne fait pas le forcing auprès d’eux, et on ne leur ferme pas la porte pour autant, car il faut leur donner le temps de nous faire confiance et de se faire confiance.  » Isabelle Cimenti est souvent aux prises avec des problèmes comme le non-respect d’un rendez-vous auprès d’un professionnel de la santé   : «   Nous expliquons alors les règles.   » Ces explications ne sont pas une mise en accusation, mais visent à provoquer une prise de conscience. Et ça marche, constate-t-elle  : «  Il y a moins de désinvolture.  »
Pour Isabelle Cimenti et ses collègues, «   après plus de deux ans de fonctionnement, il est évident que, contrairement à ce que laisse penser l’image négative de ces quartiers, la grande majorité des familles veulent que leurs enfants s’en sortent. Lorsqu’elles ont compris le sens de l’aide qui leur est apportée pour leur santé, elles prennent de l’assurance et deviennent des acteurs de plus en plus autonomes, et cela enrichit leur vie sociale  ».
[01.02.10]
Romain Hugon