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Octobre 2012 - Handicap : entre avancées et immobilisme

« Valides et handicapés doivent vivre ensemble dès l'école »

Selon Jean-Louis Garcia, président de la fédération des Apajh (associations pour adultes et jeunes handicapés), les blocages de la société et la mauvaise volonté politique empêchent la reconnaissance réelle des droits des personnes handicapées.

Pourquoi les personnes handicapées peinent-elles toujours à avoir les mêmes droits que les autres ?

C’est historique. On a commencé par cacher ces personnes, que ce soit au niveau des familles ou de la société. Les lois de 1975 ont parlé d’intégration et mis en place des établissements spécialisés, qui, quelque part, sont des structures ségrégatives. On a oublié la notion d’intégration et on a vécu là-dessus pendant longtemps.

La loi de 2005 pose la question complètement différemment : on parle de droit, de citoyenneté, d’égalité des chances. Sauf que le gouvernement précédent s’est attaché, pendant cinq ans, à empêcher l’application de la loi. Il a quand même essayé de nous faire avaler l’idée que, dans le bâti neuf, on pouvait avoir des dérogations sur l’accessibilité. C’est inimaginable, une chose pareille !

Il a même camouflé un rapport d’octobre 2011 qui fait le constat tout bête qu’au 1er février 2015 l’accessibilité des établissements recevant du public ne sera pas réalisée comme le prévoit pourtant la loi. Et ce n’est pas parce qu’il a augmenté l’allocation aux adultes handicapés de 25 % qu’on lui donne un blanc-seing sur ses cinq ans de gouvernance. D’autant que, même augmentée de 25 %, elle reste encore sous le seuil de pauvreté [964 euros, alors que le montant maximal de l’Aah est de 776,59 €, Ndlr].

Les décisions gouvernementales ne sont tout de même pas les seules en cause…

Il y a aussi des freins dans les têtes. Le service public de télévision nous a offert les jeux Olympiques de Londres de 9 heures du matin jusqu’à 2 heures le lendemain matin, tous les jours. Les jeux Paralympiques, s’il n’y avait pas eu une pétition citoyenne, on en parlait deux fois en quinze jours
sur le service public.

Les médias ont un rôle d’éducation du peuple, il faut qu’ils soient au bon rendez-vous, pas à côté. Malgré tout, les choses avancent : on n’a pas, aujourd’hui, le regard sur le handicap qu’on avait il y a dix ans ou vingt ans.

Comment peut-on gommer les différences entre les personnes handicapées et le reste de la population ?

Il faut qu’il y ait une impulsion politique forte. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel devrait exiger des chaînes de télévision un traitement égal des jeux Olympiques et Paralympiques, parce qu’il y a discrimination. Si, quand vous allumez votre télévision, vous tombez sur la 2 ou la 3 qui vous montre des athlètes valides et des athlètes en situation de handicap faire des exploits sportifs, ça vous donne une autre idée du handicap.

J’ai vu des enseignants aller aux jeux Paralympiques avec leur classe. Il faut, dans la formation des enfants, parler du handicap. Que, dès l’école, les gamins admettent qu’il y a des différences dans la société, des couleurs de peau, des cultures différentes, certains sont handicapés, d’autres pas. Et si tout ça vit ensemble, quand on arrive dans la société des adultes, on n’est plus excluant.

Il faut tout de même agir sur les plus âgés en attendant que ces enfants grandissent…

Vous avez des jeunes qui ont une cervelle parfaitement constituée, mais un corps très abîmé. Donc ils franchissent – avec difficulté, parce qu’on
ne les aide pas toujours – toutes les étapes de l’école, du collège, du lycée. Puis, quand ils arrivent à l’université, c’est extrêmement difficile parce qu’on n’avait pas prévu qu’ils y accèdent.

Ils ont besoin de se déplacer pour aller chez tous les professionnels médicaux et paramédicaux qui entretiennent leur corps. S’ils passent leur temps à courir d’une salle de kiné à un cabinet d’orthophoniste, ils vont consacrer toute leur énergie à leurs soins et il ne restera plus grand-chose pour les études.

Donc il faut organiser, au sein des universités, des plateformes qui leur permettront d’avoir des soins à proximité des salles de cours, des amphis, afin qu’ils puissent ensuite, tout naturellement, accéder à l’emploi avec les diplômes qu’ils auront conquis. Ce n’est pas bien difficile, quand on crée des nouvelles cités universitaires, de prévoir, en même temps que des chambres d’étudiants accessibles, une plateforme de soins, qui peut aussi servir aux gens du quartier.

Chaque fois qu’on facilite les choses pour une personne en situation de handicap, c’est utile à la société tout entière. Les pouvoirs publics voient les charges financières, alors que c’est un investissement d’intérêt général pour l’ensemble de la société.

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