jeudi 24 mai 2012
Les effets sur la santé du rayonnement électromagnétique de la Wifi font débat. Dangereux ou pas ? Comme pour les téléphones mobiles ou les antennes-relais, on manque de preuves scientifiques. Alors on avance une hypothèse : et si ceux qui se plaignent de divers maux étaient allergiques ?
Symbole du progrès et de la modernité, cette technologie, qui permet de se connecter sans fil au réseau Internet, fait de plus en plus d’adeptes. Mais le système Wifi, qui utilise des ondes d’une fréquence de 2 450 mégahertz – les mêmes que celles qui servent à réchauffer nos plats dans les fours à micro-ondes –, commence à susciter des interrogations.
En novembre 2007, le comité d’hygiène et de sécurité (Chsct) de la direction de la culture de la ville de Paris a tiré le signal d’alarme. Deux mois après que des bornes Wifi ont été installées dans les 60 bibliothèques parisiennes, 40 employés se plaignent de malaises importants. Nervosité, maux de tête, vertiges, tension musculaire, difficulté de concentration... Si tous les salariés ne présentent pas les mêmes symptômes, leurs témoignages se recoupent : « J’avais mal de chaque côté du crâne, la sensation d’être enserré, que mes veines étaient sous pression. J’avais aussi des douleurs dans les sinus, la paupière qui tremble », explique Fabien.
Comme dans toutes les bibliothèques, la borne Wifi est placée très près de la banque de prêt, où le personnel reçoit le public. « Je me mettais à l’autre extrémité de la salle et la douleur s’atténuait. Et, quand je sortais déjeuner, ça allait mieux. » Devant le nombre et l’ampleur des troubles, la direction de la culture a tranché : 4 bibliothèques ont été déconnectées et, le 28 novembre, le principe d’un moratoire pour étudier l’affaire était voté.
A Combovin, petit village drômois de 150 habitants, l’installation d’une antenne Wi Fi en avril 2006 a aussi fait parler d’elle. « Assez rapidement, une vingtaine de personnes ont eu des problèmes de santé. Elles habitaient toutes le quartier le plus exposé au faisceau principal de l’antenne, raconte Monique, une villageoise. Celles qui restaient au village étaient plus mal que celles qui allaient travailler à l’extérieur. Une famille a été obligée de déménager, car les deux enfants avaient totalement perdu le sommeil. Nous avons rassemblé 120 signatures et, finalement, l’antenne a été désactivée en septembre 2007. Depuis, on a le câble et tout va bien. »
Panique collective ou réelle répercussion des ondes Wifi sur la santé ? Difficile de répondre pour le moment. « Ces cas n’ont pas de valeur scientifique, mais le minimum que l’on puisse attendre du ministère de la Santé est qu’ils soient pris en compte et que l’exposition des enfants soit limitée, souligne Stephen Kerckhove, de l’association Agir pour l’environnement. Le problème est que la Wi Fi se développe de façon exponentielle alors qu’il y a très peu d’études sur le sujet et que nous n’avons pas de recul. » Discrètement, cependant, les témoignages se multiplient :
« Depuis un à deux ans, des Chsct nous appellent pour que nous fassions des mesures après des problèmes de santé des salariés. Nous n’avions pas ce type de demandes avant. Ça ne peut pas être psychosomatique, car souvent les salariés ne savent pas qu’il y a la Wifi dans l’entreprise », affirme Catherine Gouhier, membre du conseil scientifique du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les radiations électromagnétiques (Criirem).
Reste à savoir en quoi cette technique serait nocive. Le syndrome des micro-ondes a été décrit dans les années 1960 à la suite de plaintes de militaires exposés à des radars, mais il s’agissait d’une exposition forte, sans commune mesure avec la Wifi. « Avec la Wifi, l’exposition est beaucoup moins importante, mais elle est répétée, précise Catherine Gouhier.
Or, comme dans un four à micro-ondes, la fréquence employée a la particularité d’échauffer les molécules d’eau, dont notre corps est composé à 70 %. On ne sait pas quel impact cela peut avoir sur nos cellules, nous sommes un peu des cobayes. » Officiellement, nous serions exposés à des seuils bien inférieurs aux valeurs limites fixées par les autorités sanitaires, et les ondes seraient arrêtées par les couches superficielles de notre peau. Mais, curieusement, les plaintes des bibliothécaires parisiens sont exactement les mêmes que celles exprimées par certains riverains d’antennes-relais depuis dix ans. Hypothèse avancée : il y aurait dans la population des personnes hypersensibles, que les ondes émises par la téléphonie mobile et le réseau sans fil, y compris à faibles doses, perturbent plus que le reste de la population. Catherine en fait partie.
Comme 7 millions de Français, elle a voulu s’équiper d’une « box » à la maison pour ne pas s’encombrer de fils électriques. Elle a vite déchanté : « Dès le premier soir, en regardant la télé, je me suis sentie hyperénervée, je ne tenais pas en place. La nuit, je n’ai pas dormi. Au bout de trois jours, j’ai cru que je devenais folle, j’ai tout débranché et, assez rapidement, ça a été mieux. Mais je suis restée sensible. Je sens les nouveaux téléphones portables en veille dans la poche de leurs utilisateurs : ils sont très puissants et, tout de suite, j’ai une sensation de brûlure à la tête. »
Mais il y aurait peut-être plus grave. Plusieurs études internationales laissent en effet planer des doutes. L’une d’entre elles, menée à Washington sur des rats, montre que l’exposition prolongée à un rayonnement électromagnétique comparable à celui de la Wifi pourrait provoquer du stress, troubler la concentration, modifier l’activité hormonale, altérer le système nerveux, accroître le risque de maladie neurodégénérative, de cancer et de leucémie infantile.
Le Dr Béatrice Milbert, qui suit une dizaine de patients, est une des rares généralistes à s’intéresser au sujet dans son cabinet parisien. « Je ne peux rien affirmer, dit-elle, car les symptômes sont très généraux et peuvent correspondre à beaucoup de maladies. Pour le moment, je collecte les données. Ce qui est regrettable, c’est qu’il y ait un tel vide en France en ce qui concerne les études. » C’est d’autant plus ennuyeux que les bornes sont installées sans déclaration et sans information claire des fabricants.
Et que, pour le dernier objet Wifi à la mode, le Nabaztag (sorte de lapin vendu avec un livret pour raconter des histoires aux enfants à partir de 2 ans), la seule mise en garde est que ce n’est pas un jouet ! « Il faut qu’on en sache plus sur les niveaux d’exposition », déclare Martine Hours, médecin épidémiologiste et présidente de la fondation Santé et radiofréquences. C’est peut-être l’aspect le plus inquiétant. « On ne se méfie pas des puissances utilisées, prévient Pierre Le Ruz, docteur en physiologie.
A la maison, le danger est moindre, car les émetteurs sont moins puissants que dans une bibliothèque ou une entreprise, où des dizaines d’utilisateurs doivent se connecter. Mais, si la Wifi est sur votre bureau ou dans le couloir d’à côté et qu’elle fonctionne en permanence, vous pouvez être exposé à des valeurs élevées sans le savoir. »
Le pavé dans la mare de la Wifi lancé par les bibliothécaires parisiens va-t-il faire réfléchir ? Car bientôt les petites « box » seront partout : chez nous, au bureau, à l’école, dans les musées, les bibliothèques, les parcs et jardins, les kiosques à journaux...
« Le danger est que les sources de rayonnement électromagnétique se multiplient et que le niveau d’exposition de la population augmente, s’inquiète Catherine Gouhier. Dans notre environnement quotidien, il y a déjà la télé, la radio, le mobile, et on nous rajoute la Wifi, alors que le câble est très efficace ! Cette accumulation risque d’aggraver la toxicité des ondes sur la biologie humaine. » En Autriche, la région de Salzbourg s’est prononcée contre la Wifi dans les écoles ; au Canada, deux universités l’ont remplacée par le câble ; en Grande-Bretagne, des parents d’élèves ont obtenu qu’elle soit désactivée dans certains établissements scolaires...
En France, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) nous promet une enquête dont les résultats sont attendus fin 2008. En attendant, prudence...
Lire aussi : 10 conseils pour éviter la wi-fi et Pas de téléphone portable pour les enfants
[04.02.08]
Brigitte Bègue
/
Pascale Pisani
Où vous adresser ?
Les associations :
Agir pour l’environnement : 01 40 31 02 99.
Site : www.agirpourlenvironnement.org
Priartem : 01 42 47 81 54
Site : www.priartem.com
Robin des Toits : 01 43 55 96 08
Site : www.robindestoits.org
Si vous voulez faire réaliser des mesures chez vous ou dans votre entreprise :
Criirem : Centre de recherche et d’information indépendante sur les rayonnements électromagnétiques. Tél. 02 43 21 18 69
site : www.criirem.org
Raymond, soixante-cinq ans, retraité à Combovin (Drôme).
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