jeudi 24 mai 2012
Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs.
Les livres sur l’alimentation anticancer font recette. Mais y a-t-il vraiment une façon de manger qui puisse nous protéger de cette maladie ? "Hélas, nous ne disposons pas de suffisamment de données solides, ce qui ouvre la porte à n’importe quoi et surtout à beaucoup d’affirmations erronées, souligne le Dr Marie-Christine Boutron-Ruault, directrice de recherche en nutrition et cancer à l’institut Gustave-Roussy, à Paris. Une chose est sûre, il n’y a pas un ou plusieurs aliments anticancer comme on l’a laissé abusivement croire ces dernières années. L’idée qu’il faille manger un type d’aliments particuliers, comme le curcuma par exemple, brouille les messages. Les gens ne s’y retrouvent pas et finissent par retourner au McDo. Il faut plutôt se focaliser sur un équilibre global de l’alimentation."
Garder son bon sens et manger de tout reste donc une priorité. Certains produits peuvent néanmoins accélérer ou, au contraire, freiner le processus de cancérisation. Or, des cancers, comme celui du côlon, sont causés à 95 % par l’alimentation. Dans le collimateur : la nourriture occidentale industrielle, trop grasse et trop sucrée, qui apporte beaucoup de calories sans intérêt nutritionnel.
"Il faut essayer de se rapprocher du régime méditerranéen, qui, avec son huile d’olive, ses fruits secs, ses légumes, ses poissons, ses quantités modérées de laitages et de viande, est plutôt protecteur", conseille le Dr Boutron-Ruault. Parmi les perturbateurs de nos cellules, les graisses animales saturées, que notre organisme a du mal à métaboliser, et les oméga 6, dont nous faisons une consommation excessive et qui favorisent l’inflammation, au détriment des oméga 3, qui la combattent.
Un déséquilibre qui nous joue des tours. Une étude de l’Inserm sur des glandes mammaires prélevées sur des femmes opérées du sein montre que celles atteintes d’un cancer ont un tissu adipeux moins riche en oméga 3 et un taux d’oméga 6 et d’acides gras trans plus élevé que les autres. Hasard ou pas ? " Traditionnellement, les Japonais consommaient plus d’oméga 3 que d’oméga 6 et avaient beaucoup moins de cancers du sein et du côlon qu’actuellement. Depuis qu’ils mangent comme nous, le nombre de ces cancers explose chez eux, pointe le Dr Boutron-Ruault. C’est encore pire quand ils émigrent aux Etats-Unis, puisque au bout de deux à trois générations ils se retrouvent avec un taux de cancers plus élevé que celui des Américains."
5 fruits et légumes ? Pas si simple…
L’Organisation mondiale de la santé et le plan national Nutrition santé l’affirment haut et fort : il faut manger 5 fruits et légumes par jour. Un chiffre facile à retenir mais difficile à traduire : " Il correspond à une consommation quotidienne d’environ 750 à 800 grammes, précise le Dr Boutron-Ruault. L’idée est que plus on en consomme mieux c’est, avec, au minimum, un fruit et 150 grammes de légumes par jour, cuits de préférence."
Mais la consommation de végétaux nous protège-t-elle vraiment des cancers ? Selon le Fonds mondial de recherche contre le cancer (Fmrc), les bénéfices sont probables pour les cancers de la bouche, du larynx, de l’estomac et, grâce aux fruits, éventuellement du poumon. Probables mais pas certains. C’est pareil pour le cancer colo-rectal : " Il y a un vrai bénéfice, mais le problème est que les gens qui consomment le plus de fruits et légumes sont aussi ceux qui se préoccupent le plus de leur santé et qui participent au dépistage. On peut donc leur découvrir des tout petits cancers qui n’auraient peut-être jamais fait parler d’eux. Ces surdiagnostics biaisent un peu nos résultats, prévient le Dr Boutron-Ruault. En revanche, il est démontré très nettement que les petits consommateurs, ceux qui ne mangent pas tous les jours des végétaux, ont un surrisque de cancer. "
Grâce à leurs différents composés (fibres, minéraux, polyphénols, vitamines), les fruits et les légumes seraient capables d’agir sur des mécanismes anti-inflammatoires et anti-oxydants, y compris quand le cancer est déjà déclaré. Des études indiquent, en effet, que les patients atteints d’une tumeur grave consommant régulièrement des fruits et des légumes s’en sortent mieux que les autres. Autre avantage : les gros consommateurs sont, en général, moins portés sur les sucres artificiels. Bien qu’aucun lien direct n’ait été clairement établi entre le sucre et le cancer, l’épuisement du pancréas – dû à l’hyperproduction d’insuline ou à la résistance à l’insuline comme dans le diabète – pourrait être associé à un surrisque de cancer de la prostate, du sein, du côlon et du rectum. Des cancers moins fréquents par ailleurs chez les végétariens que chez les amateurs de viande.
[02.01.12]
Brigitte Bègue
Activité physique : l’alliée indispensable
Il ne suffit pas de manger équilibré, il faut bouger. De nombreuses études l’attestent : l’activité physique réduit le risque d’avoir un cancer du côlon, du sein ou de l’endomètre de 18 à 29 %. Une enquête de l’Inserm auprès de femmes de 40 à 65 ans a même constaté une diminution de 40 % du risque de cancer du sein chez celles qui comptabilisent cinq heures d’activité soutenue par semaine. L’effet est valable aussi sur les récidives et le taux de mortalité, même chez les femmes ayant des antécédents familiaux. Il serait dû à une concentration moins importante dans l’organisme de certaines hormones, notamment les œstrogènes, pouvant favoriser la croissance et la prolifération de cellules cancéreuses. Le sport facilite également le transit intestinal et réduit ainsi le temps d’exposition de l’intestin à certains cancérigènes, il stimule l’immunité et prévient les kilos en trop. Or, on sait que le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque de cancers. L’Institut national du cancer (Inca) préconise de faire trente minutes d’activité physique modérée par jour (type marche rapide) 5 fois par semaine ou vingt minutes d’activité intense (type jogging) 3 fois par semaine… Au choix.
Les aliments protecteurs
Les poissons, les fruits et légumes secs (pruneaux, noix, amandes, pois chiches…), l’huile d’olive, les fruits et légumes frais, en sachant que les rouges (pastèque, grenade, framboises, tomates, etc.) contiennent du lycopène, un puissant antioxydant. Il vaut mieux consommer des surgelés que des produits frais qui ont traîné plusieurs jours sur les étals ou dans votre frigo. Sont également à privilégier les céréales complètes (épeautre, sésame, quinoa…) et les aliments riches en oméga 3 (huile de colza, de noix, de lin, saumon, maquereau, sardine, anchois...).
Les aliments agresseurs
Les graisses saturées (charcuterie, viande rouge, beurre, margarine, fromage, etc.), qui appartiennent à la famille des oméga 6 comme les huiles végétales, les graisses trans et l’huile de palme (pâtisseries et plats tout préparés, frites, pâtes à tarte toutes faites, chips, nuggets…), les sucreries industrielles, le sel, l’alcool. Un à deux verres de vin par jour protège les hommes des maladies cardio-vasculaires, au-delà, le risque de cancer est augmenté. Pour les femmes, abstinence totale : l’alcool, combiné aux hormones, pourrait accroître le risque de développer un cancer du sein.
Les aliments controversés
Les produits laitiers protègent du cancer colo-rectal, mais, en excès, ils pourraient favoriser le cancer de la prostate. L’hypothèse est que la vitamine D, qui agit sur certains récepteurs diminuant la cancérisation, ne fait plus ce travail quand l’organisme reçoit trop de calcium. Se limiter à 2 produits laitiers par jour (1 yaourt + 1 morceau de fromage de la taille d’une portion de cantine) semble raisonnable. Par ailleurs, l’action anticancer du curcuma, du thé vert, de l’ail et autres condiments ou épices n’est pas prouvée scientifiquement. Selon l’Anses, "si on a pu observer une action in vitro du curcuma sur une cellule isolée, rien n’indique un effet probant sur un organisme dans son entier, et encore moins sur l’homme ".
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