« Quand on hémodialyse un enfant, on perd de l’argent »
Email | Imprimer
| Le forum de l'article
Pr Michel Bensman, chef du service de néphrologie pédiatrique.
Des trois pôles lourds de l’AP-HP en pédiatrie universitaire, il est question de n’en faire plus que deux. Qu’en pensez-vous ?
Trousseau est l’un des trois pôles lourds en pédiatrie universitaire de l’Ile-de-France, avec de nombreuses spécialités. Il a fallu trente ans pour le construire. On peut le détruire en trente mois.
Quelles réorganisations seraient-elles nécessaires ?
Aucun médecin hospitalier ne réclame le statu quo. Mais la réorganisation telle qu’elle s’effectue n’est rien d’autre que la casse de l’hôpital public.
On vient de fermer l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, où il y avait un grand service de neurologie pédiatrique. Il comptait 30 lits et a été regroupé avec celui qui existait déjà à Trousseau.
En tout, nous avons désormais 12 lits de neurologie pédiatrique. Le regroupement n’est rien d’autre que la fermeture du service du Pr Ponceau.
Que pensez-vous du discours qui demande à l’hôpital d’être rentable ?
On ne peut pas entrer dans la même logique que celle du Club Méd ou de Peugeot Citroën. Le taylorisme à l’hôpital, c’est la mort de l’hôpital.
On peut faire tous les regroupements que l’on veut, pour s’occuper d’enfants qui ont des problèmes rénaux lourds il faudra toujours 1 infirmière pour 6 malades. Quand on hémodialyse un enfant, impossible de le brancher sur une machine et d’attendre que cela se passe. Il faut du personnel pour l’entourer. Cela coûte plus cher que dans le cas d’un adulte qui coopérera. Dans les deux cas la tarification est la même.
Quand on hémodialyse un enfant on perd de l’argent. Pour équilibrer son budget, un service de néphrologie pédiatrique ne doit donc pas pratiquer d’hémodialyse.
[01.03.10]
Maïté Pinero