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Vers des «  usines à bébés  »  ?

Les maternités et les centres d’Ivg sont dans le collimateur. L’AP-HP parle de transferts, le personnel de fermetures. Deux exemples  : Saint-Antoine et Tenon.

A la maternité de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, où sont effectués chaque année 2 400 accouchements, 650 Ivg et 11 000 consultations d’urgences gynécologiques, «  la direction envisage de fermer, d’ici à 2015, le secteur gynécologique et l’unité pour les bébés prématurés  », assure Régine Linard, de la Cgt. Pour l’AP-HP, il s’agirait de transférer des activités dans des structures proches. Pour les syndicats, cela aboutira à la fermeture de la maternité et à la réduction de l’offre de soins.
En effet, les maternités voisines – Trousseau (XIIe), Tenon (XXe) et la Pitié-Salpêtrière (XIIIe) – ne pourront pas assumer les urgences gynécologiques, le Planning familial et les Ivg. D’autant qu’à Tenon le centre Ivg a déjà fermé, tandis que la maternité est en travaux pour désamiantage. Les syndicats craignent que les maternités aujourd’hui complémentaires de Tenon, Saint-Antoine et Trousseau ne soient regroupées dans ce dernier hôpital. Le projet est-il d’aller vers les «  usines à bébés  »  ?
C’est déjà le cas à Port-Royal, qui doit réaliser 6 000 accouchements par an malgré une réduction de ses effectifs. La pression s’accentue sur les autres maternités  : celle des Bluets (hors AP-HP), qui est passée de 1 900 à 2 840 accouchements, s’est vu fixer un objectif de 3 000 accouchements.

À Saint-Antoine, la maternité est grignotée

« Avant d’être responsable syndicale, j’étais infirmière en pneumologie, maintenant je soigne les collègues  », plaisante Régine Linard. Chacun l’arrête. Comme cette aide-puéricultrice qui va signer son troisième Cdd et s’interroge sur la pérennité de son emploi.
Dans le local syndical, c’est sur le manque chronique de personnel que portent les discussions. Dernièrement, en chirurgie, une infirmière a dû prendre en charge 20 patients. Elle a alerté, et quelqu’un d’autre est arrivé en renfort, mais trois heures plus tard.
Ici, on est mobilisés contre les menaces qui pèsent sur la maternité. Elle accueille des grossesses à risque et est donc classée en niveau 2. Elle est complémentaire de celle de Tenon (niveau 2) et de celle de Trousseau (niveau 3).
La maternité est grignotée de l’intérieur. Sur les cinq étages qui lui étaient dévolus à l’origine, le second (16 lits de gynécologie) a été transféré à la gériatrie, puis 7 lits du troisième étage sont devenus lits de gériatrie aiguë.

Les départs non remplacés servent à asphyxier puis fermer un service  : avec un seul chirurgien gynécologue, le bloc chirurgie voit son activité décroître et devrait accueillir le 1er février la chirurgie digestive, aux interventions plus longues. «  Et le jour où le bloc sera occupé mais où il faudra pratiquer une césarienne en salle de travail  ?  » s’inquiète une infirmière.
Les projets de fermeture sont d’autant plus incompréhensibles que la maternité est saturée  : il faut trois mois d’attente pour être prise en charge par une sage-femme. Et trop souvent les femmes sont envoyées ailleurs au moment d’accoucher.

Témoignage : Seul pour vingt-deux patientes à Tenon

« Quand je suis arrivé à Tenon, il y a onze ans, nous étions une équipe  : trois infirmiers, une aide-soignante, la surveillante. Puis on s’est retrouvés à quatre, et maintenant il y a moi et l’aide-soignante, qui est de temps en temps appelée dans d’autres services. Au total un poste et demi. Quand la surveillante est tombée malade, elle n’a pas été remplacée.  »
Olivier Barbieux, infirmier au service des grossesses à haut risque de la maternité de l’hôpital Tenon, se retrouve fréquemment seul avec vingt-deux patientes. Elles sont là pour problèmes de tension, de diabète, pour un décollement du placenta, ou un retard de croissance du bébé, toutes situations pouvant entraîner la mort de celui-ci.
«  De plus en plus, je passe mon temps à faire des choix, à me demander où est la priorité, avec le risque de me tromper. D’autant que dans ce service nous avons des protocoles de soins, des examens particuliers.  »

Olivier a le sentiment de travailler constamment en urgence  : «  Quand tu as quelqu’un qui te parle, plus le téléphone qui sonne et trois sonnettes qui retentissent, comment rester concentré  ? C’est là que commence la maltraitance.  »
Sans surveillante dans le service, les tâches administratives s’ajoutent à la charge de travail  : «  On passe de plus en plus de temps dans les papiers ou devant l’ordinateur, la feuille de soins pour la traçabilité, le tri des déchets, la banque du sang. A la fin de la journée, j’espère toujours ne rien avoir oublié.  »

Pour pallier le manque d’effectifs, l’administration n’a eu recours qu’à de mauvaises solutions  : «  Les infirmières espagnoles qui sont reparties, les heures supplémentaires qui épuisent et entraînent les arrêts de maladie, et enfin l’intérim, dont tout le monde se plaint. Il faut reprendre des tas de choses derrière les intérimaires. Forcément, ce travail, ces gestes, la connaissance du fonctionnement du service ne s’apprennent pas en trois jours. J’ai mis un temps fou à apprendre et j’apprends encore.  »

En même temps, dans certains services, la rotation des patients s’accélère  : «  en chirurgie, il y a quelques années, on comptait 22 lits et 22 malades. Aujourd’hui, de plus en plus souvent trois malades défilent sur le même lit en vingt-quatre heures. Avec moins de personnel, toutes les tâches sont démultipliées. Ce n’est plus l’hôpital, c’est l’usine et le travail à la chaîne.  »

 

-  [01.03.10]   Maïté Pinero

L’accès à l’Ivg menacé
Avec les projets de fermeture et de regroupement des maternités de l’AP-HP, ce sont les centres d’orthogénie qui disparaissent. Depuis mai 2009, trois services ont déjà fermé à Paris  : ceux des hôpitaux Tenon (XXe), Broussais (XIVe) et Jean-Rostand (Ivry-sur-Seine).
On ferme des centres alors qu’il en manque, et les femmes sont obligées de venir grossir les listes d’attente d’autres hôpitaux déjà surchargés. Actuellement, une femme qui veut interrompre sa grossesse à Paris doit attendre deux à trois semaines. La Haute Autorité de santé recommande un délai d’accès à l’Ivg de cinq jours.
Les contraintes budgétaires vont-elles réussir ce que les commandos anti-Ivg n’ont pas réussi à faire  ?

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